L'industrie forestière fait retirer une publicité d'Hydro

Le bouleau de la publicité d’Hydro-Québec, s’affaissant lentement.
Photo: Le bouleau de la publicité d’Hydro-Québec, s’affaissant lentement.

Québec — Hydro-Québec a cédé à des pressions politiques en retirant une publicité télévisuelle qui a déplu à l'industrie forestière.

À saveur environnementale, cette publicité cherche à convaincre les clients d'Hydro-Québec d'abandonner les factures papier pour adopter la facturation par Internet, et ce, dans le but de préserver la forêt.

D'une durée de 30 secondes, la publicité, réalisée par la firme Lg2, montre un homme qui déchire des factures, assis à sa table devant sa fenêtre. Par la fenêtre qui donne sur une rivière, qui ressemble à la rivière Richelieu, on voit un arbre — un bouleau — tomber lentement. Une voix hors champ conclut: «Contribuez à sauver des arbres. Adhérez à la facture Internet d'Hydro-Québec sur notre site dès maintenant.»

Le 23 septembre dernier, le sous-ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Normand Bergeron, a communiqué avec Hydro-Québec pour lui mentionner que cette publicité indisposait la ministre Julie Boulet et des parlementaires. M. Bergeron n'a jamais visionné la publicité en cause. Le jour même, Hydro-Québec retirait sa publicité.

Ce jour-là siégeait la Commission de l'économie et du travail, qui tenait des consultations particulières sur l'occupation du territoire forestier. «Lors de cette commission parlementaire, les trois partis ont indiqué que l'image qu'on donnait dans cette publicité, que c'était un péché d'abattre un arbre, ce n'était pas très sain», a livré hier, au Devoir, le sous-ministre Normand Bergeron. «Ce n'était pas un bon message dans le cadre du nouveau régime forestier.» M. Bergeron accompagnait la ministre lors de cette commission.

C'est un représentant de l'industrie forestière, Dany Senay, de Billots Sélect Mégantic, un spécialiste de l'aménagement forestier, qui a attaché le grelot. «On a été mobilisés autour de la publicité d'Hydro-Québec, qui montrait qu'abattre un arbre, c'est criminel», a dit M. Senay devant les parlementaires.

Le préfet de la MRC du Granit, Maurice Bernier, qui était aux côtés de M. Senay, a renchéri: «Dans notre milieu, chez nous, couper un arbre, c'est presque vu comme un crime, alors que notre devise c'est: "Ce n'est pas les arbres que l'on veut protéger, c'est la forêt", a déploré M. Bernier. Les jeunes qui sont à l'école aujourd'hui, [...] et qui se font rebattre les oreilles à la journée longue avec le fait qu'il faut cesser de couper des arbres, bien, ils ne sont pas très intéressés à aller suivre un cours en foresterie.»

«La ministre acquiesçait à ces propos», a signalé hier le sous-ministre. Deux autres parlementaires présents, l'adéquiste Claude Roy, de Montmagny-L'Islet, et le péquiste Marjolain Dufour, de René-Lévesque, ont aussi critiqué la publicité d'Hydro-Québec.

L'industrie forestière avait déjà dénoncé cette publicité. Le 16 septembre dernier, Hydro-Québec a reçu une lettre d'une compagnie forestière qui se plaignait du message publicitaire.

Le 24 septembre, Guy Chevrette, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec, envoyait, de son côté, une lettre au sous-ministre. Il se plaignait non seulement de la publicité télévisuelle d'Hydro-Québec, mais aussi de la mention imprimée sur les enveloppes de la société d'État: «Adhérez à la facture Internet et sauvez des arbres.» Dans sa lettre, M. Chevrette écrit: «Je ne crois pas qu'il soit de bonne guerre de s'attaquer ainsi à la légitimité du système de gestion des forêts du Québec qui relève de votre ministère.»

«On dirait qu'ils [Hydro-Québec] ont fait exprès pour caler davantage l'industrie», a affirmé au Devoir Guy Chevrette.

Chez Hydro-Québec, on s'est montré surpris de cette polémique. «La publicité a été retirée parce qu'il a été porté à notre intention qu'elle pouvait être mal interprétée, que ça pouvait être interprété comme condamnant l'abattage d'arbres alors que ce n'était pas notre intention», a indiqué hier la porte-parole d'Hydro-Québec, Marie Archambault. La diffusion de cette publicité grand public avait débuté le 1er septembre et devait prendre fin à la fin du mois, a-t-elle précisé. Hydro-Québec a remplacé cette publicité par des messages sur les économies d'énergie. Aucune partie des 475 000 $ qu'a coûté le placement de cette annonce n'a été perdue, a assuré la porte-parole.

Pour sa part, le député Claude Roy a rappelé hier que l'industrie forestière et Hydro-Québec relèvent du même ministère, celui des Ressources naturelles et de la Faune. «C'est la grande incohérence dans ça, estime le député adéquiste. D'un côté, on va chercher la ressource en eau pour en faire de l'électricité et de l'autre côté, Hydro-Québec se permet de détruire l'industrie forestière qui, à l'heure actuelle, est en crise.»
38 commentaires
  • Normand Desjardins - Inscrit 1 octobre 2008 02 h 16

    Quand la rectitude politique exagère...

    Tout le monde sait qu'un arbre debout vaut plus pour l'humanité et son environnement qu'un arbre à terre. L'abattage inutile - gaspillage de papier - d'un arbre est un symbole fort qu'on doit pouvoir utiliser pour éduquer la population sur le gaspillage des ressources forestières. Est-ce que l'industrie des mines et du pétrole va interdire les publicités sur le recyclage des canettes et des bouteilles???

    Est-ce que les écologistes ont demandé à ce qu'on retire les publicités de scie à chaîne de la compagnie Huskvarna? Non... ils sont moins "à cheval" que les lobbys de l'industrie forestière.

    Une honte de plus pour la foresterie québécoise.

  • Keven Renière - Inscrit 1 octobre 2008 02 h 34

    Une bande d'égoiste

    Bien sûr, Hydro-Québec nuit à l'industrie forestière. Bien sûr, cette annonce est de très mauvais goût.

    Est-ce qu'il y a des gens ici qui ne la trouve pas ironique ? Comment peut-on réprimander un geste pour sauver une ressource naturelle ? Parce que l'industrie forestière va mal ? Ce n'est pas la faute à ce genre de publicité qu'elle va mal et ce n'est pas parce qu'on va commencer à y faire attention qu'elle va aller encore plus mal, loin de là.

    Je crois que le problème se situe bien plus à un palier de gens à cravate qui pensent qu'à eux qu'au niveau d'une société d'État qui essaie de faire un peu plus et dont les annonces sont quand même conscientisantes.

    Et cher député adéquiste, comparer la ressource en eau à la ressource forestière, dans le cadre d'une utilisation d'hydroélectricité, ça c'est de l'incohérence. Même si le placement d'une centrale hydroélectrique détruit un écosystème, ce que l'exploitation forestière en générale fait, après son implantation la ressource est propre et extrêmement renouvelable.

  • Daniel Beaudry - Abonné 1 octobre 2008 06 h 35

    Plus bête que ça ...

    Il y a un meilleur usage de la fibre ligneuse que le papier. Faut-il continuer à brûler le plus de pétrole possible pour sauvegarder les intérêts de l'industrie pétrolière.
    Pensons plus loin que le bout de notre nez !
    Daniel Beaudry

  • Jean Laporte - Inscrit 1 octobre 2008 07 h 05

    gaspillage...

    Le message d'Hydro-Québec est limpide.Il est néfaste de gaspiller du papier inutilement et ainsi abattre des arbres qui devraient en toute logique demeurer en terre. Il est révoltant que ce message soit retiré et honte à ceux qui on participé à son retrait.

  • Geneviève Caron - Abonnée 1 octobre 2008 07 h 43

    Temps perdu

    Une autre preuve, s'il en fallait une, que les salariés du peuple que sont les politiciens adorent s'occuper des "problêmes" de leurs amis, mais sont moins intéressés (ou incapbles?) de s'attaquer aux véritables défis de notre société... Un nouveau summum de superficialité.