Charest mise sur le Nord

Sitôt le conseil général du Parti libéral terminé, Jean Charest s’est rendu hier dans Jean-Talon, à Québec, où le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc (à gauche), tente de se faire élire à l’occasion de l’élection partielle d’au
Photo: Clément Allard Sitôt le conseil général du Parti libéral terminé, Jean Charest s’est rendu hier dans Jean-Talon, à Québec, où le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc (à gauche), tente de se faire élire à l’occasion de l’élection partielle d’au

Québec — «Repousser les limites de notre dernière grande frontière du nord»: telle est l'ambition à long terme que Jean Charest a présentée avec force visuel tout en restant dans les grandes lignes, au terme du conseil général du Parti libéral du Québec, à Lévis, hier.
Derrière lui, pendant son discours, était projetée une sorte de Moulin à images. Tournaient en boucle, sur trois immenses écrans, des clichés spectaculaires de barrages hydroélectriques, d'exploitation minière, du Québec vu par «Google Maps», des cartes, etc. Des grands moyens comme en période électorale. En point de presse, d'ailleurs, le premier ministre a refusé d'exclure qu'il déclencherait les élections cet automne, même s'il a fait remarquer que son horaire était très chargé.

Le «Plan Nord» est le quatrième pan d'une «vision» que le premier ministre prétend avoir pour le Québec, celle d'un «nouvel espace économique», laquelle comprend une entente sur la main-d'oeuvre avec la France, un accord entre le Canada et l'Europe et des ententes avec l'Ontario. Souvent mentionnée dans les discours du premier ministre récemment, l'ouverture du Nord —le territoire septentrional au 49e parallèle— n'avait jamais fait l'objet d'une présentation. Le premier ministre s'est toutefois borné à expliquer pourquoi le Nord était «un joyau au potentiel immense», mais n'a pas donné d'échéance, de montants d'investissement, ni de priorité précise dans les projets à venir. Tout au plus quelques avenues de ce qui pourrait être développé davantage: notamment l'hydroélectricité, la forêt, mais surtout le secteur minier, dopé par la croissance des pays émergents et la reconstruction des infrastructures publiques. Le Nord contient «nickel, zinc, cuivre, platine, or, argent, fer, titane, et même diamant», selon l'énumération de M. Charest.

Ce «territoire deux fois grand comme la France», «c'est chez nous, c'est au Québec. Non seulement c'est chez nous, mais c'est en nous», a-t-il insisté, comme pour bien montrer qu'il sollicitait un mythe fondateur national. Le Québec s'est beaucoup construit dans sa relation avec le Nord, a-t-il souligné: la ruée vers l'or en Abitibi, l'ingénierie québécoise, la Baie James. «C'est à nous, c'est notre avenir», a-t-il ajouté, après avoir fait une pause théâtrale pour contempler l'immense carte derrière lui.

Le Nord, 70 % du territoire québécois, comprend une portion du Labrador que le Québec a toujours revendiquée, a précisé le premier ministre lors du point de presse. «C'est une position traditionnelle que tous les gouvernements ont réitérée. Il y a une ligne de frontière sur laquelle il n'y a pas d'entente depuis très longtemps et, quand l'occasion se présente, je réitère cette position-là au nom du gouvernement», a-t-il indiqué.

Au reste, «avec les changements climatiques, il faut repenser notre vision du Nord», a-t-il déclaré en parlant du passage du nord-ouest, qui s'ouvrira toute l'année en raison de la fonte des glaces. Dans ce nouveau contexte géopolitique, le premier ministre estime qu'occuper le territoire est un devoir.

Et les habitants du territoire, les Premières Nations et les Inuits? Le premier ministre a dit que le gouvernement du Québec serait très attentif à leur égard et que le projet leur profiterait, notamment aux jeunes. Deux anciens ministres provenant de deux partis différents, Pierre Corbeil et Michel Létourneau (ancien député péquiste d'Ungava), ont déjà entamé des consultations auprès d'une trentaine de communautés. Un comité interministériel présidé par Benoît Pelletier et dans lequel Julie Boulet (Transport et Ressources naturelles) a une place importante a entamé des travaux. Le premier ministre n'exclut pas une grande rencontre, «pas nécessairement un sommet», mais un moment où «on se donnera une vision commune». Le développement du Nord se ferait d'ailleurs en conformité avec les principes du développement durable. Le Plan Nord sera «concerté, ordonné et respectueux de l'environnement», a-t-il promis.

Vision libérale et conservatrice

Jean Charest a décrit cette «vision» comme étant en continuité avec celle de premiers ministre libéraux qui l'ont précédé. «Comme les libéraux qui nous ont précédés, nous avons pensé autrement pour transformer les défis en nouvelles occasions de croissance et de développement.»

Cela a d'ailleurs été un des thèmes récurrents de la fin de semaine, qui s'est entamée vendredi par un grand cocktail pour souligner le 50e anniversaire de l'arrivée de Jean Lesage à la tête du parti. Une des résolutions adoptées propose de rebaptiser la Centrale Beauharnois en Barrage Adélard-Godbout. «De Godbout, qui a créé Hydro-Québec, à Lesage qui a fait la Révolution tranquille et la nationalisation de l'hydroélectricité, à Bourassa qui a fait la Baie James, notre parti a su forger l'avenir», a déclaré Jean Charest. En point de presse, il invoqué une autre référence, conservatrice celle-là, le programme «Roads to the North» de John Diefenbaker, premier ministre de 1957 à 1963.

Élections

En abordant le projet de barrage hydro-électrique d'Eastmain1a-Ruper, M. Charest a souligné que sa mise en service était prévue pour 2012. «Ça reste entre nous là, mais je prévois y être», a-t-il confié à ses militants, suscitant chez eux des applaudissements nourris. En effet, le premier ministre, qui disait en avril qu'il n'y aurait pas d'élection en 2008 et sans doute pas en 2009, n'a pas écarté la possibilité de déclencher un scrutin cet automne, ce que la loi lui permet. Il souligne que son horaire est toutefois rempli, notamment par une mission du conseil de la fédération en Chine et un sommet Québec-New York.

Le Conseil général de la fin de semaine a fourni au chef libéral une plateforme contenant des résolutions nationalistes, notamment des «aspirations constitutionnelles» qui sont passées comme une lettre à la poste: le PLQ réclame en particulier la reconnaissance la «spécificité du Québec» dans la Constitution. Il souhaite aussi que le Québec nomme des membres du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et que ces derniers aient un droit de veto sur les décisions prises au Québec.

Les oppositions sceptiques

Du côté de l'opposition, on a accueilli les grandes lignes du Plan Nord avec scepticisme. La chef péquiste, Pauline Marois, a ressorti la Politique de développement du Nord-du-Québec que le gouvernement Landry avait lancée en 2001. Selon elle, le gouvernement libéral, en arrivant au pouvoir en 2003, a renoncé à l'appliquer. S'il l'avait fait, «on serait plus avancés aujourd'hui» a commenté Mme Marois aux côtés de sa candidate dans Jean-Talon (scrutin qui a lieu aujourd'hui), Françoise Mercure.

L'ADQ a dit appuyer l'adoption d'un Plan Nord par le gouvernement. «Mais ce qu'on souhaite, c'est que ça ne soit pas juste un spectacle», a commenté le leader Sébastien Proulx, en remplacement de Mario Dumont, qui revient de vacances aujourd'hui.
18 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 29 septembre 2008 05 h 51

    Ce que les médias me disent de monsieur Bolduc.

    Me semble un peu baveux, comme un adolescent dans la cour de récréation du secondaire qui, pour prendre sa place, cherche à tasser le monde dans son chemin. Dit d'une autre manière, il semble avoir un air de Ti-Jean sans peur qui veut donner l'impression d'avoir un pif. C'est à long terme, cependant, qu'on saura si le pif est bon. Son assurance est-elle factice? Une chose est certaine, à son attitude on dirait qu'il n'a pas de temps à perdre.

    Quant à moi, je préfère ceux qui avancent à pas feutrés, mais solides. Ces gens qui prennent juste la place qu'il faut au fil des expériences acquises. À sa façon, monsieur Bolduc semble un magicien qui peut au besoin jeter de la poudre aux yeux, peut-être justement pour tasser ceux qui le dérangent. Au début, l'espoir fait vivre, les médias vont le regarder se colleter avec les difficultés qui incombent à sa tâche. Vont-ils avoir le goût d'aller plus loin que les fiançailles?

    Ai-je besoin d'ajouter que tout ce que je dis de monsieur Bolduc est suggestif de ma part... J'espère que ce monsieur a le sens de l'humour?

    JM

  • Yv Bonnier Viger - Abonné 29 septembre 2008 06 h 16

    Le Nord appartient aux Cris, aux Inuits et aux Naskapis

    Si les propos de Jean Charest que l'on rapporte ici sont bien les siens, nous avons un sérieux problème. En effet, il aurait dit «Ce «territoire deux fois grand comme la France», «c'est chez nous, c'est au Québec. Non seulement c'est chez nous, mais c'est en nous», a-t-il insisté, comme pour bien montrer qu'il sollicitait un mythe fondateur national. Le Québec s'est beaucoup construit dans sa relation avec le Nord, a-t-il souligné: la ruée vers l'or en Abitibi, l'ingénierie québécoise, la Baie James. «C'est à nous, c'est notre avenir», a-t-il ajouté, après avoir fait une pause théâtrale pour contempler l'immense carte derrière lui.»

    Le problème est que ce vaste, riche et beau territoire est habité depuis plusieurs millénaires par les Cris, les Naskapis et les Inuits. C'est leur territoire. Pressés par l'invasion blanche dans les années 70, ils ont acceptés de partager ce territoire. Les textes légaux diront qu'ils y ont renoncé. Comment peut-on honnêtement croire qu'un peuple puisse renoncer à son territoire ! Dans les conditions des années '70, les Cris, Naskapis et Inuits n'avaient pas le choix de signer l'Entente de la Baie James et du Nord du Québec. Toute cette paperasse n'enlève rien au fait que ces peuples avec des cultures, des langues et des visions du monde différentes occupaient et occupent toujours le territoire et s'y développent. Si le Nord est à nous, ce nous est d'abord Cri, Naskapis et Inuit.
    Il faut plutôt envisager le développement du Nord comme une alliance entre les peuples qui habitent le Québec. Il nous faut repenser la culture, l'économie et le politique et leur développement non seulement en termes francophone ou anglophone mais aussi en termes autochtones.

    Concrètement, si j'étais à la place du Premier Ministre, je me garderais de trop grandes déclarations avant que de m'asseoir avec les dirigeants des Premières Nations et des Inuits pour convenir d'une nouvelle gouvernance qui reconnaisse d'abord l'autodétermination des peuples (autochtones mais aussi québécois) et la nécessaire alliance entre eux sur le territoire du Québec.

    Yv Bonnier Viger
    yv@sympatico.ca

  • Paul Lafrance - Inscrit 29 septembre 2008 06 h 26

    Le Grand Nord

    Je préfère entendre le plan Charest que de voir des fleurs de lys partout et d'entendre les paroles creuses de Pauline Marois. Si j'avais 20ans, je serais enthousiasmé par ce projet. J'espère que les jeunes y verront là l'occasion de se préparer une carrière stimulante, et non pas une occasion d'écouter les éteignoirs qui ne tarderont pas à se manifester.
    Paul Lafrance
    Québec

  • jpthoma1 - Inscrit 29 septembre 2008 07 h 12

    Bravo pour cette stratégie.

    Étant moi-même habitant d'une région-ressources, ça fait longtemps que j'attendais un tel discours.

    Il ne faut aucun doute que le développement du Nord du Québec passe par le développement durable de ses immenses ressources naturelles.

    Ce développement permettra aux peuples qui habitent ces territoires, qu'ils soient autochtones ou allochtones, de cesser de dépendre des gouvernements pour survivre et de pouvoir enfin laisser entrevoir à leurs enfants un avenir positif et surtout de se créer une richesse collective comparable au reste de la province (ce qui veut aussi dire des services comparables.

    Évidemment, il y aura sûrement quelques artistes ou écolos pour venir nous dire le contraire, mais contrairement à eux, nous on désire voir disparaitre les subventions gouvernementales pour pouvoir vivre de nos propres richesses naturelles et de nos talents de développeurs.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 septembre 2008 08 h 02

    Le fin renard d'élection, M. Charest "premier" provincial

    M. Charest, un fin renard, qui a retrouvé le NORD dans son deuxième mandat minoritaire après l'avoir un peu perdu au début.

    Mauvaise nouvelle pour ses 2 oppositions si l'entreprise est menée rondement et, s'il obtient la permission des indiens et des esquimaux qui considèrent que tout le terrain du nord leur appartient, ce qui nous ferait oublier un peu le flip flop du flop Libéral très provincial du CHUM, trou et indécision sans fond.