La CSN veut des «capitaux syndiqués»

Les quelque 2000 délégués de la CSN réunis au Congrès à Québec ont convenu de doter la Centrale d'une politique sur l'investissement et le placement socialement responsables. «Si on syndique les travailleurs, on peut aussi syndiquer leurs capitaux», lance Daniel Simard de Bâtirentes, un régime de retraite mis sur pied à l'initiative de la CSN.

Cette préoccupation est assez nouvelle pour les syndicats. «Jusqu'à présent, on ne s'était intéressés qu'à capitaliser des retraites» explique Daniel Simard. Cette initiative de la centrale est accueillie favorablement par Gaétan Châteauneuf, qui siège au comité de la caisse de retraite des employés de la STM: «Dans le milieu syndical, on se tient loin du capital. On manque d'expertise là-dedans. C'est bien que la CSN s'en occupe».


En plus d'élaborer sa propre politique d'investissement responsable pour le Fondaction et Bâtirentes, la CSN entend soutenir les différents délégués syndicaux qui siègent à leurs caisses de retraite. «On va outiller nos syndicats pour qu'ils prennent des décisions éclairées sur la façon d'investir» , explique Michel Lessard, trésorier de la centrale. La centrale fera aussi la promotion de l'investissement responsable à la Caisse de dépôt et placement du Québec, où elle siège. Le syndicat cherche ainsi à s'assurer que les compagnies où investissent les caisses de retraite se conforment aux normes internationales sur le travail et soient respectueuses de l'environnement. L'investissement responsable peut s'exprimer selon deux stratégies. Dans un premier temps, il est possible d'exclure certaines compagnies au comportement «irresponsable» du portefeuille. L'autre stratégie consiste à sélectionner les titres du portefeuille sur une base strictement financière et exercer des pressions par la suite pour que les compagnies modifient leurs comportements. «Cette deuxième stratégie est plus facile à appliquer dans un contexte de caisse de retraite, puisqu'elle ne change pas la composition du portefeuille», estime François Rebello du Groupe Investissement. Les caisses de retraite peuvent donc exercer leurs droits de vote et tenter d'influencer les compagnies lors des assemblées d'actionnaires.


Par exemple, une campagne des syndicats australiens contre la compagnie Rio Tinto, qui refusait de reconnaître le syndicat, a permis de reccueillir 20 % d'appui à une proposition en faveur de la reconnaissance du droit d'association. La compagnie a par la suite accepté de retourner à la table de négociation avec le syndicat.


De telles propositions d'actionnaires recueillent un nombre grandissant d'appuis. La semaine dernière, près de 37 % des actionnaires de La Baie ont voté en faveur d'une proposition pour que les sous-traitants respectent les normes internationales sur le travail. La même proposition avait récolté 15,3 % d'appuis en 2000. La compagnie canadienne est accusée de faire affaire avec des sous-traitants qui exploitent les travailleurs dans des ateliers de misère («sweatshop») en Amérique du Sud et en Afrique. La compagnie pétrolière Unocal, qui exploite un gisement en Birmanie, a aussi fait face à la grogne de ses actionnaires lors de son assemblée du 20 mai dernier. Les droits des travaileurs seraient bafoués dans ses installations en Birmanie, un pays où sévit le travail forcé. Les actionnaires ont voté à 31 % pour l'élaboration d'un Code de conduite quant au respect des normes de l'Organisation internationale du travail.


La compagnie a laissé entendre depuis qu'elle serait disposée à se retirer de ses activités en Birmanie. Une autre pétrolière, la compagnie Exxon Mobil fera face à ses actionnaires aujourd'hui au Texas. Ces derniers se prononceront sur une proposition visant à favoriser l'investissement dans les énergies renouvelables.


En se penchant sur la question, la CSN emboîte le pas à la FTQ qui a institué cette année un code de conduite sur le respect des normes internationales pour ses investissements internationaux. Le Fonds adoptera en juin une politique sur l'exercice des droits de vote. La FTQ prépare également un document pour soutenir ses syndicats qui siègent aux comités de retraite pour l'élaboration d'une telle politique dans leurs propres régimes.