Feu vert au CUSM, mais le CHUM attendra

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, renonce à mener de front la modernisation du CHUM et de son pendant de langue anglaise, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Du coup, il donne son aval à ce que le CUSM mette en branle son projet dans les prochaines semaines, a-t-il confirmé hier au Devoir.

«Je ne retarde plus McGill si le CHUM n'est pas prêt à cause de retards qui ne sont pas de notre responsabilité», a soutenu le ministre de la Santé.

Yves Bolduc pointe du côté de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) pour expliquer que les critiques et les changements réclamés depuis trois semaines risquent d'entraîner des délais. «On ne retardera pas McGill pour eux autres. [...] Pour le campus de la cour Glen, on est prêts à procéder», a-t-il ajouté.

Pour ce qui est de l'impact dans la population de voir le CUSM sortir de terre avant le CHUM, le ministre Bolduc ne s'en inquiète guère. Le fossé entre les communautés francophone et anglophone ne semble pas être pris en considération par le ministre, qui se définit comme un homme d'action. «Les gens doivent comprendre que ce n'est pas la faute de McGill si le CHUM retarde. McGill n'a pas à payer pour ça», a affirmé le ministre.

Le projet d'un grand hôpital universitaire francophone est né en 1999, alors que le premier ministre de l'époque, Lucien Bouchard, constatait l'échec de la fusion des trois hôpitaux (Saint-Luc, Notre-Dame et Hôtel-Dieu) qui forment l'actuel CHUM. McGill avait déjà soumis un projet de mégahôpital à la fine pointe de la technologie, financé en grande partie par des fondations. Même en période d'austérité financière, M. Bouchard estimait que le gouvernement investirait jusqu'à 1,5 milliard de dollars dans le CHUM.

Près de dix ans plus tard, le projet ne s'est toujours pas concrétisé. Le ministre Bolduc a toutefois donné l'assurance que l'ouverture se fera en décembre 2013, et ce, même si le processus d'appel de proposition devant aboutir avant Noël pour le CHUM devait être freiné par une révision du programme fonctionnel et technique. Le ministre n'a pas expliqué comment la chose est possible, puisqu'il faut compter au moins une année de négociations, une fois le partenaire privé choisi, et trois autres années pour la construction de l'édifice.

Chose certaine, le ministre croit que les sorties répétées de la FMSQ, qui dit ne plus croire au projet du CHUM au centre-ville tel qu'il est proposé aux médecins spécialistes, créent une certaine confusion dans la population. «Je ne suis pas sûr que l'information qui est donnée à la population est exacte. On se sert d'arguments pour défendre un dossier, qui ne visent pas nécessairement à répondre aux besoins de la population», a soutenu Yves Bolduc, qui estime que la rémunération des médecins est un enjeu dans le débat actuel, puisque la FMSQ ne veut pas voir le volume de soins diminuer pour ses membres qui sont payés à l'acte.

La FMSQ a demandé que Québec prenne un temps d'arrêt afin de procéder à des changements sur le plan clinique du futur hôpital, ce à quoi le ministre Bolduc s'était pourtant dit ouvert en début de la semaine. Hier, ce dernier laissait plutôt entendre qu'il faut cesser d'y aller à reculons en remettant tout en question, comme le fait la FMSQ. De «petites améliorations» seront toutefois ajoutées au programme fonctionnel et technique.

Or, ce programme, qui est une configuration des services offerts dans le futur CHUM, devait être présenté hier à la table des chef de départements de l'hôpital. Cela a été reporté à la fin de la semaine prochaine, soit deux jours avant qu'il ne soit déposé officiellement au ministère de la Santé pour approbation.

À la FMSQ, Gaétan Barrette n'a pas caché son irritation. «Autant dire que c'est un fait accompli. Pour faire des changements, il faut avoir entre les mains le document que l'on veut changer», a-t-il laissé tomber.

Pour ce qui est de la pérennité du CHUM, une préoccupation exprimée par le Dr Barrette, le ministre Bolduc l'a rejetée du revers de la main. Selon lui, le projet du CHUM pourra répondre aux besoins de la clientèle pour les 25 prochaines années. «Je pense que l'expansion va être possible, mais je ne peux pas le confirmer. On est en exploration là-dessus», s'est-il borné à dire.

Le ministre de la Santé avait convoqué hier le président du conseil d'administration du CHUM, Patrick Molinari, afin de discuter de trois dossiers délicats: la succession à la direction générale du CHUM, les communications internes et externes ainsi que le projet du CHUM.

Les deux hommes ont convenu qu'il fallait combler le plus rapidement possible le poste afin «de stabiliser l'établissement». Pour ce qui est de l'information transmise à la population, le ministre juge qu'elle est déficiente et dit avoir donné la «consigne» que cela change. Ironiquement, le CHUM refusait toujours hier de répondre à quelque question que ce soit. M. Molinari n'était pas disponible pour commenter la situation.

Quant au projet, le ministre a réaffirmé sa volonté de ne pas rouvrir le débat sur l'emplacement, tout comme il est hors de question de revoir le nombre de lits. Lundi dernier, la porte-parole du ministre affirmait que cela pourrait faire partie des changements envisagés.

À voir en vidéo