CHUM - Bolduc met le poing sur la table

Yves Bolduc
Photo: Yves Bolduc

Sortant de son mutisme, le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a mis le poing sur la table, hier, accusant les médecins spécialistes, qui remettent encore en question le choix de l'emplacement du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), de tromper la population en alimentant la confusion.

«La question que je vais poser aux médecins: le voulez-vous, le nouveau CHUM? Le ministre le veut, le gouvernement le veut», a lancé au cours d'un point de presse le

Dr Yves Bolduc, qui a pris la relève de Philippe Couillard le 25 juin dernier et qui doit se faire élire dans la circonscription de Jean-Talon à la faveur d'une élection partielle le

29 septembre prochain.

«Pourquoi toujours essayer de retarder un projet qui a déjà été évalué au niveau clinique et qui a déjà été évalué par les experts? Il y a eu des millions de dollars déjà de dépensés dans ce dossier», a rappelé M. Bolduc. Reconsidérer le choix du site, «c'est impossible», a-t-il dit. Recommencer le processus, «ça serait tromper la population». L'unique scénario sur lequel le gouvernement et le CHUM travaillent, c'est un seul site au 1000 Saint-Denis, accueillant toutes les spécialités de l'actuel CHUM, soit 35 en tout.

Yves Bolduc croit que les médecins spécialistes cherchent à le mettre à l'épreuve en tant que nouveau ministre. «Oui, c'est possible qu'on m'essaie. Ça, je le comprends tout à fait; je commence en politique.»

«La position du gouvernement est simple: c'est moi le ministre de la Santé du Québec, c'est avec moi qu'on va traiter, c'est moi qui va m'occuper du CHUM», a-t-il déclaré, sans doute piqué par le fait que le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, envisage de demander au premier ministre Jean Charest de s'occuper du dossier.

En point de presse en fin de matinée hier, le Dr Barrette a soutenu que le tiers de ses 770 membres actuellement au CHUM ne pourront pratiquer dans le futur hôpital et que des spécialités entières devront rester en quasi-totalité à Notre-Dame ou y être déplacées. Le Dr Barrette a mentionné l'ophtalmologie, l'endocrinologie, la rhumatologie et la psychiatrie comme spécialités candidates à la pratique hors CHUM.

Des affirmations qu'a réfutées le ministre. «Il y a beaucoup de confusion», a dit Yves Bolduc. Le ministre s'étonne de voir la FMSQ revenir sur des éléments que les médecins spécialistes connaissaient depuis belle lurette, soit la transformation de l'Hôpital Notre-Dame en un hôpital communautaire. Un certain nombre de spécialistes du CHUM actuel s'y retrouveront. Mais tout se fera graduellement, par attrition, notamment, a-t-on indiqué. Le projet du CHUM, un hôpital universitaire de troisième ligne avec toutes les spécialités, est «dans son dernier droit», a-t-il soutenu, réitérant qu'il était ouvert à améliorer le projet sur le plan clinique. Le ministre rencontre aujourd'hui le conseil d'administration du CHUM. Trois points sont à l'ordre du jour, a-t-il précisé : la direction générale, les communications avec la population et les professionnels du CHUM, et les améliorations à apporter au projet. Un programme chargé.

Des coûts qui frôlent les 4 milliards

Yves Bolduc n'a pas exclu, hier, que les coûts associés aux trois centres hospitaliers universitaires — le CHUM, Sainte-Justine et le Centre universitaire de santé de McGill (CUSM) — atteignent les 4 milliards. «Je pense que ça doit être rendu autour de 3,7, 3,8 [milliards], a évoqué le ministre, alléguant la hausse des coûts de construction. En juillet 2007, les coûts avaient été évalués à 3,6 milliards. «Dans un projet de 3 à 4 milliards, on peut parler de quelque centaines de millions de différence», a-t-il fait valoir.

Quant à l'échéancier, il demeure le même que celui modifié en cours de route, soit 2013 (plutôt que 2010 à l'origine). Mais un 2013 étiré au maximum. «Est-ce qu'on peut s'entendre : ça peut être décembre 2013? C'est encore une date qui est respectable », a avancé le ministre.

Hier, la FMSQ a exigé une rencontre avec la direction du CHUM afin de lui présenter les commentaires de ses membres sur le Plan fonctionnel et technique (PFT) dit final du futur CHUM. Ce document doit être déposé demain aux chefs de département. Il précisera entre autres le nombre et la superficie des espaces destinés aux différentes fonctions hospitalières et d'enseignement, tel le nombre de lits, de salles de cours, de bureaux de consultation externe, de salles d'opération, etc. Ce PFT précisera de plus l'éventail des spécialités qui seront présentes dans le futur CHUM. «Nous serons en mesure de formuler des demandes précises d'amélioration du PFT préparé par la direction d'ici au plus trois semaines. D'aucune façon, une telle intervention ne peut avoir pour effet de retarder le projet», a affirmé le Dr Barrette.

C'est par ailleurs en grande partie le dépôt, il y a quelques semaines, d'un Plan fonctionnel et technique (PFT) préliminaire, comprenant des espaces, des équipements et des activités insuffisantes, aux yeux des spécialistes, qui a amené la FMSQ à monter aux barricades.

Le président de la FMSQ a aussi rappelé que ses membres tenaient à ce que le futur hôpital ne se limite pas à offrir des soins hyper spécialisés, privant ainsi les futurs médecins du contact avec l'ensemble des volets de leur profession. Selon le Dr Barrette, les informations dont il dispose en provenance de plusieurs sources à l'interne font craindre que cette condition ne sera pas respectée si le PFT n'est pas bonifié. Des médecins du CHUM ont confirmé ces appréhensions lors de l'assemblée qui a réuni plu de 200 membres de la FMSQ actifs au CHUM mardi soir.

Après avoir obtenu l'engagement du ministre Bolduc de tenir compte des suggestions de la FMSQ, son président est très conscient qu'il doit à tout prix en convaincre la direction du CHUM, grande responsable du fameux Plan fonctionnel et technique. En cas de refus d'une telle rencontre ou d'échec des négociations avec la direction du CHUM, la FMSQ entend porter sa croisade auprès du premier ministre Jean Charest.

En plus de la demande de rendez-vous de la FMSQ, les autorités du CHUM devront décider si elles acceptent la demande de mise au point formulée hier par Guy Brochu, le président du Syndicat des professionnels en soins de santé du CHUM. «Des informations contradictoires circulent sur le projet. Nous voulons avoir l'heure juste pour la transmettre à nos membres», a-t-il expliqué. Ce syndicat regroupe les 2800 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes à l'emploi du CHUM.

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