CHUM: Bolduc prêt à réviser le projet clinique

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ouvre la porte à des changements substantiels du projet clinique du futur CHUM et à une hausse du budget consacré à sa construction. Le choix de l'emplacement demeure toutefois non négociable, a fait savoir son cabinet au terme d'une rencontre avec le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Cette rencontre se tenait à la demande du ministre à la suite des critiques virulentes formulées il y a deux semaines par le Dr Barrette sur plusieurs aspects du projet du futur CHUM, notamment son emplacement ainsi que la réduction appréhendée de sa taille et de l'éventail de ses activités cliniques, d'enseignement et de recherche.

«Le Dr Barrette avait des modifications à suggérer. Certaines d'entre elles pourraient être intégrées au projet clinique dans le but de l'améliorer, telle l'augmentation du nombre de lits et de salles d'opération. Le ministre transmettra ces suggestions aux responsables du futur CHUM», a indiqué la porte-parole du ministre Bolduc, Marie-Ève Bédard.

Pour une première fois depuis son arrivée en poste, le ministre a même laissé entrevoir que le plafond de 1,5 milliard de dollars fixé par le Conseil du trésor pourrait être dépassé. «Pas question de sacrifier la qualité», a dit Mme Bédard, tout en s'empressant de noter que des changements ne signifiaient pas obligatoirement des hausses de coûts.

Elle s'est toutefois faite beaucoup plus évasive sur les modifications qui pourraient être apportées au projet clinique au chapitre des spécialités médicales représentées dans le futur hôpital. Interrogée sur les négociations en cours entre la direction du CHUM en vue de la prise en charge par le groupe Sedna des services d'ophtalmologie, Mme Bédard a d'une part indiqué que le «projet actuel prévoit que ces services seront offerts au complet à l'intérieur du CHUM», tout en ajoutant que cette orientation pourrait être modifiée si l'«on en arrivait à la conclusion qu'il est possible de garantir l'accès et la qualité de ces soins en dehors de l'établissement».

Mme Bédard s'est également gardée de commenter le projet de réduction d'une large partie des services actuels de psychiatrie du CHUM dans le futur hôpital, tel que le révélait Le Devoir hier. «Le projet clinique du futur CHUM n'est toujours pas arrêté. Il faudra encore au moins six mois pour le peaufiner. Tous les enjeux sont actuellement examinés sous l'angle de l'accès et de la qualité», a-t-elle dit.

La porte-parole ministérielle a aussi évité de préciser si tous les services du futur CHUM seraient dispensés dans un même complexe ou dans plusieurs édifices du centre-ville, propriété publique ou privée. Elle a plutôt rappelé que «la qualité et l'accès aux soins pour les patients seraient des critères déterminants des choix dans ce projet».

Réactions

À l'issue de sa rencontre avec le ministre, le Dr Gaétan Barrette s'est pour sa part montré peu loquace, préférant réserver le compte rendu détaillé de ses échanges aux membres de sa Fédération, les médecins spécialistes du CHUM, qu'il rencontre aujourd'hui pour faire le point. Le président de la FMSQ a toutefois fait savoir qu'il avait «constaté avec étonnement le faible niveau de connaissance du Dr Bolduc du projet clinique du CHUM». Il a aussi ajouté qu'en conclusion de leurs discussions de deux heures, «le Dr Bolduc s'était engagé à réfléchir au projet clinique, incluant tous ses aspects, y compris le site».

Cet entretien avec le ministre n'a cependant pas fait disparaître la conviction du Dr Barrette que, si rien ne change, «le futur CHUM sera multisite et qu'une opération de réduction de son envergure est en cours», a-t-il également déclaré. En plus de prendre en exemple les projets de clinique privée en santé du chanteur Garou, de clinique d'ophtalmologie du Groupe Sedna ainsi que l'éclatement entre le futur CHUM et Notre-Dame des services de psychiatrie, le Dr Barrette a rappelé que le projet était passé de 1000, à 850 puis à 700 lits au cours de ses différentes versions.

Cette conviction d'une opération de réduction du CHUM est partagée par le député Bernard Drainville, porte-parole du Parti québécois en matière de santé. «On croirait assister au spectacle d'une effeuilleuse. Chaque jour, le CHUM perd un morceau», a-t-il ironisé. En plus des révélations des derniers jours, M. Drainville a rappelé que, lors de sa comparution devant la Commission de l'administration publique, en avril dernier, l'ex-DG du CHUM, le Dr Denis Roy, avait évoqué la possibilité que les locaux administratifs du CHUM soient construits à l'extérieur du complexe. Le Dr Roy avait également parlé d'un scénario de réduction des salles de radiologie. «On a l'impression qu'on est en train de vider le CHUM de sa substance. Et après, on va essayer de nous faire avaler qu'il n'y a pas de dépassement de coûts. Dans les faits, même si la facture finale était de 1,5 milliard, nous sommes déjà devant un dépassement des coûts puisque des pans importants du CHUM auront été amputés», a-t-il dit.

Du côté de l'Action démocratique du Québec (ADQ), on s'inquiète devant ce qui semble être devenu un cafouillis. «Sous toutes sortes de formes, il y a des morceaux du CHUM qui pourraient être dispersés à différents endroits. Ça traduit la faiblesse du projet, et le choix du site est discutable», a déclaré le député Éric Caire, critique en matière de santé.

Au bureau de Clermont Gignac, directeur exécutif responsable de la coordination des projets du CHUM et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), on continue toujours de travailler en fonction des balises budgétaires fixées par Québec, soit 1,518 milliard de dollars pour le CHUM et 1,579 milliard pour le CUSM.

Hier, on y expliquait que l'étape de planification actuelle préalable au lancement des appels de propositions pour le choix d'un partenaire privé entraîne nécessairement des changements. «On doit revoir les projets en fonction des cibles budgétaires. [...] Il y a des décisions à prendre qui doivent ensuite être entérinées par l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et le ministère», a précisé la porte-parole, Julie Masse.

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