La Tribune de la presse et La Presse canadienne dénoncent le comportement de Courchesne

Québec — Le comportement agressif de la ministre de la Famille, Michelle Courchesne, envers une journaliste de la Presse canadienne a eu des suites: tant l'agence de presse, au nom de la journaliste visée, Jocelyne Richer, que la Tribune de la presse, au nom de l'ensemble des correspondants parlementaires, ont envoyé une lettre de protestation au cabinet du premier ministre Jean Charest.

Mardi après-midi, la ministre, courroucée, a fait irruption dans les bureaux de la Presse canadienne pour se plaindre avec virulence du contenu d'un article, signé par Mme Richer, que venait tout juste de diffuser la Presse canadienne. Michelle Courchesne a vilipendé la scribe pour avoir repris des propos qu'elle avait proférés plus tôt dans la journée lors d'une conférence de presse. «Je suis encore très déçue du Parti québécois qui, au lieu de prodiguer ses encouragements, fait encore une chicane de guenille, une chicane de drapeau», a-t-elle dit, des propos qui ont aussi été repris par Le Devoir. Mme Courchesne cherchait à dénoncer la position de la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui s'était indignée de l'absence du drapeau québécois aux Jeux olympiques à Pékin.

Véhémente, la ministre a soutenu qu'elle avait fait un «lapsus» alors qu'elle faisait allusion à l'expression «chiffon rouge» que Bernard Landry, alors premier ministre, avait utilisée pour désigner le drapeau du Canada. Outre un autre journaliste de la Presse canadienne, l'auteur de ces lignes a été témoin d'une partie de la scène.

Pour l'heure, la Presse canadienne et la Tribune de la presse n'ont pas rendu publique leur lettre. On attend le retour de vacances du porte-parole du premier ministre, Hugo D'Amours, qui doit y répondre. «La lettre reste confidentielle jusqu'à nouvel ordre. Mais nous pouvons dire que l'exécutif de la Tribune, choqué par le geste commis par la ministre, a fait les représentations nécessaires pour que ce type de situation ne se reproduise pas», a indiqué hier le président de la Tribune de la presse et journaliste au Devoir, Antoine Robitaille.

À la souvenance du journaliste à la retraite du Toronto Star, Robert McKenzie, qui a été correspondant parlementaire à Québec pendant plus de 40 ans, aucun ministre ne s'est jamais permis d'enguirlander un journaliste dans les bureaux d'un média de la Tribune. En revanche, certains députés, ministres et même premiers ministres n'ont pas hésité à prendre le téléphone pour exprimer leurs doléances.

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3 commentaires
  • Rodrigue Guimont - Inscrite 15 août 2008 09 h 28

    Un lapsus dites-vous?

    C'est d'autant plus regrettable que Madame dit avoir fait un lapsus. Or en psychologie élémentaire, même sous le coup d'une émotion, d'un stress ou d'un quelconque désordre émotionnel on ne dit pas n'importe quoi : un lapsus est toujours significatif d'une tendance inconsciente. Dans un cas comme dans l'autre le drapeau québécois demeure une «guenille» pour la ministre.

    Que Madame Courchesne aille enguirlander la journaliste de la Presse Canadienne pour des propos qu'elle a elle-même tenus en dit long sur son instabilité émotive.

  • Fleurette Riverin - Inscrite 15 août 2008 10 h 13

    L'information- spectacle pratiquée par certains journalistes

    Disons d'abord que la ministre Courchesne est une ministre très occupée, qui n'a même pas pu prendre des vacances bien méritées car elle avait à régler le dossier des CPE et trouver 18 000 nouvelles places en garderie, entre autres. C'est une femme passionnée par son travail, énergique et efficace et très polie de surcroît et toujours à l'écoute pour trouver des solutions aux nombreux problèmes qu'elle a à affronter dans ses divers ministères.

    Certains journalistes sont reconnus pour leur arrogance, surtout envers les ministres libéraux, arrogance que je constate souvent dans leur ton incisif et dans leurs questions en mitraille à la limite de la politesse. Il est permis de croire que la ministre Courchesne n'a pas aimé la façon dont la journaliste a mené l'entrevue ou l'a rapportée et que, fatiguée et n'ayant pas de temps à perdre avec les sottises dites par Pauline Marois sur la place du drapeau du Québec aux Olympiques, les mots aient pu dépasser sa pensée. Moi je crois que, si elle a un peu sauté les plombs, c'est qu'elle a dû se sentir poussée à bout ou traitée inéquitablement, car ce n'est pas dans les habitudes de cette ministre reconnue pour sa courtoisie.

    D'autre part, je ne suis pas étonnée de cette "dénonciation" faite par Antoine Robitaille, celui-là même qui vient de coiffer un de ses articles sur Gérard Bouchard d'un titre accrocheur peut-être, mais trompeur pour les lecteurs, ce dont plusieurs commentaires de lecteurs outrés dans le Devoir ont fait état. Il aurait intérêt à relire ces commentaires sur lui-même, et on peut se demander pourquoi il n'a pas été rappelé à l'ordre pour ce manque d'éthique journalistique. L'arrogance de certains journalistes est devenue incommensurable.

    Vous admettez vous-même que ce n'est pas nouveau que des élus de la classe politique protestent contre le traitement journalistique que l'on leur a fait subir et "que certains députés, ministres, et même premiers ministres n'ont pas hésité à prendre le téléphone pour exprimer leurs doléances." La ministre Courchesne les a exprimées en personne, c'est la seule différence et elle avait le droit de le faire, c'est même plus courageux que de passer par le téléphone. Allez-vous enfin cesser de vous prendre, vous les journalistes, pour des dieux de l'Olympe qui n'ont jamais droit à aucun reproche et peuvent tout se permettre? Heureusement qu'il y a encore des journalistes d'une très grande rigueur mais je trouve que leur nombre va hélas! en diminuant.

    J'estime que la ministre avait le droit de faire des reproches à la journaliste si celle-ci était allée trop loin ou avait abusé du pouvoir de la presse qui, à mon avis, est beaucoup trop élargie et devrait être soumis à une éthique journalistique plus rigoureuse qui interdirait l'information-spectacle et de rapporter les ragots dans un journal dit sérieux, et interdirait de triturer les faits pour les arranger à la sauce partisane de certains journalistes qui se spécialisent dans les potins plutôt que dans l'information réelle à laquelle le public a droit. Je paye pour pour qu'on me rapporte une information intelligente et non des ragots de cuisine.

  • Maurice Monette - Inscrit 15 août 2008 10 h 39

    Pour calmer la ministre...

    Il y aurait lieu de rappeler à la ministre qui semble s'être "enflée la tête" un peu, voire beaucoup avec les responsabilités qui lui ont échues, le bref ADAGE suivant:
    "La vérité choque...! ". Alors, il lui aurait mieux vallu de ne pas répliquer, plutôt que de donner l'impression d'avoir été "piquée au vif" car, cette manière d'agir peut laisser entrevoir un certain malaise et des déductions néfastes à ce qu'elle veut implanter peuvent contrecarrer ses plans...

    C'est juste un constat venant d'un observateur apolitique !

    Merci de votre ATTENTION & c'est le métier qui rentre...!

    Votre Ami, SAGE, lui,
    MAURICE MONETTE
    Biologiste #939
    Grande Rivière