Bouchard-Taylor: déjà dans l'après-rapport

Québec — Alors que la polémique au sujet du rapport Bouchard-Taylor — non encore déposé — se poursuivait hier, le Parti québécois et l'ADQ songent à profiter de sa publication, demain, pour relancer le débat sur l'adoption d'une constitution québécoise. Si le rapport en est «riche», a déclaré Mario Dumont hier, il doit servir «de base à l'élaboration d'une constitution québécoise, laquelle contient des prémisses de l'expression de valeurs communes du Québec». Le chef adéquiste rappelait ainsi ce qui faisait partie de sa plateforme électorale et qu'il a affirmé à de multiples reprises depuis la mise sur pied de la commission en février 2007.

Un tel document fondateur pourrait aider à distinguer ce qui relève de «l'ouverture» et ce qui constitue de «l'aplaventrisme», différence sur laquelle M. Dumont a insisté hier en conférence de presse. Après avoir affirmé que les Québécois étaient «extrêmement ouverts», il a souligné qu'il faut être «capable de tracer la ligne» entre les deux attitudes.

«Quand on renonce à des valeurs de société comme l'égalité entre les hommes et les femmes, qui sont des valeurs de béton, là, ce n'est plus de l'ouverture, c'est de l'aplaventrisme», a-t-il illustré. Il a soutenu que, «si un exercice comme la commission Bouchard-Taylor devait avoir une utilité, après une année de travaux et cinq millions en dépenses», ce serait celle d'avoir aidé les Québécois à «tracer cette ligne-là, entre autres, lorsque vient le temps d'appliquer des notions d'accommodement dans les institutions publiques puis celles qui accueillent du public, dont le réseau de santé, le réseau d'éducation».

Selon ce qui a filtré des versions préliminaires, le rapport Bouchard-Taylor abordera de long en large la question des valeurs québécoises. Selon des extraits divulgués sur le site Internet du quotidien The Gazette hier, certains passages désignent l'idée d'adopter un texte fondateur.

n «Plusieurs idéaux manifestent aujourd'hui une grande emprise sur les esprits, relativement, par exemple, à la démocratie, à l'égalité, à la fameuse "ouverture sur le monde" ou à la protection de l'environnement. En outre, durant la dernière année, on n'a jamais autant entendu parler, au Québec, des valeurs "non négociables" que sont la langue française, la laïcité, l'égalité homme-femme et la solidarité.» (partie 1, page 18)

n «Enfin, on a beaucoup dit, çà et là, que les Québécois avaient suffisamment réfléchi et discuté sur les concepts et les modèles, et qu'il était pressant désormais de "passer à l'action". Nos travaux nous ont profondément convaincus de la justesse de ce propos, même s'il nous a paru nécessaire de reformuler dans ce rapport les normes, les repères et les grandes directions suivant lesquelles l'action doit s'engager et se poursuivre.» (partie 1, p. 40)

Le projet péquiste

Du côté du Parti québécois, on compte demander l'appui de l'ADQ pour presser le gouvernement d'étudier le projet de loi 196. Ce projet de loi, qui constitue un texte constitutionnel, a été déposé le 18 octobre dernier par le député de Mercier et constitutionnaliste Daniel Turp et a notamment pour objet «d'inscrire dans une constitution québécoise les valeurs fondamentales du Québec». Son article 1 en propose la liste suivante:

«1. Le Québec

[...] est une société libre et démocratique;

[...] est un État de droit.

[...] est une terre où les personnes sont libres et égales en dignité et en droits.

[...] assure la promotion et la protection de la langue française et de la culture québécoise.

[...] contribue au maintien de la paix et de la sécurité internationales.

[...] favorise le progrès social, le développement économique et la diversité culturelle dans le monde.

[...] agit selon les principes du développement humain et du développement durable.»

Toutefois, même si le PQ et l'ADQ devaient s'entendre sur le projet de loi 196 ou tout autre texte, certains obstacles législatifs se dresseraient à court terme devant eux. Le gouvernement a beau être minoritaire, c'est lui qui «appelle» les projets de loi. Techniquement, les deux groupes d'opposition pourraient bien forcer l'adoption du principe d'un projet de loi à l'occasion d'une «motion du mercredi». Or la dernière motion du mercredi avant l'ajournement sera débattue aujourd'hui, puisque ce mécanisme existe seulement en «session régulière». La session dite «intensive» commence mardi prochain et durera jusqu'à l'ajournement de la fin de juin.

Daniel Turp estime que, «s'il était cohérent», le gouvernement libéral lui-même accepterait de discuter de l'adoption d'une constitution. Il rappelle que le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, a déjà déclaré en entrevue au Soleil, en avril 2007, que l'idée d'un texte fondateur est «quelque chose qui doit être examiné, qui est porteur». M. Pelletier avait aussi déclaré: «À mon avis, le Québec est mûr pour une démarche où on s'assoit et on essaie de redéfinir les fondements du Québec, de mieux les comprendre, de mieux les identifier.»

Pas de publication immédiate

Par ailleurs, c'est en vain que les deux groupes d'opposition ont continué de réclamer la divulgation immédiate du rapport. Mario Dumont a qualifié cette situation de fuites de «ridicule» et a dit souhaiter qu'on mette fin au «strip-tease». En Chambre, il s'est inquiété de ce qu'on trouve dans les portions d'une version préliminaire du rapport disponibles sur le site Internet de The Gazette. On y qualifie les «Canadiens français» de «frileux», on soutient que leur réaction à la question des accommodements raisonnables fut «démesurée», qu'une crise sur le sujet, «il n'y en a jamais eu finalement» et que le «Québec pluraliste a perdu du terrain». La chef péquiste, Pauline Marois, a demandé si «ces orientations sont bel et bien contenues dans le rapport Bouchard-Taylor» et a soutenu que le silence du gouvernement accréditait «ce qui circule au sujet des Québécois» et que cela «risque de semer la zizanie».

Le gouvernement a refusé d'obtempérer. «Dans moins de deux dodos, M. le président, on va savoir si Elvis Gratton se cache dans le rapport. Attendons 48 heures», a répondu le leader libéral Jean-Marc Fournier. Ce dernier — qui répondait aux questions en l'absence de Jean Charest, qui rentrait hier de France — raillait les propos de Pauline Marois de lundi, selon qui l'évolution du vocabulaire, apparemment suggéré dans le rapport, pour désigner les Québécois francophones rappelait les contorsions du personnage de Pierre Falardeau pour se définir.

Lecture partisane de The Gazette?

Par ailleurs, à Montréal hier matin, lors du dévoilement de la programmation de la journée de la Fête nationale, le 24 juin, des personnalités se sont interrogées sur la «lecture partielle et partisane» du résumé présenté depuis ce week-end par le quotidien The Gazette. Le journal n'a en sa possession que trois chapitres (un quart du total) du rapport, et ceux-ci ne comprennent pas les recommandations.

«Un rapport, c'est une auberge espagnole où chacun trouve ce qu'il veut. The Gazette a retenu qu'il fallait apprendre l'anglais et s'ouvrir davantage. Il n'y a pas de surprise là-dedans», a soutenu Bizz, du trio des Loco Locass.

«Il est possible que, dans une certaine mesure, nous ayons été piégés par la Gazette», a déclaré Jean Dorion, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et président du Comité de la Fête nationale. Ce dernier s'est toutefois insurgé contre l'idée de changer la manière de désigner les Québécois francophones, voyant le retour du «Canadien français» comme une façon de ré-ethniciser leur identité. Toutefois, les extraits du rapport divulgués sur Internet ne permettent pas de vérifier si le changement d'appellation fait l'objet d'une recommandation formelle.

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Avec la collaboration de Stéphane Baillargeon

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22 commentaires
  • Gilles Delisle - Inscrit 21 mai 2008 06 h 44

    Qui est responsable de cette fuite?

    J'aimerais bien savoir qui sont les responsables de cette fuite, dans un journal anglophone qui n'a jamais apprécié les francophones dans ses éditions, dans un journal qui a précisément trois chapitres à se mettre sous la dent, et ce, à quelques jours de la sortie du rapport. C'est comme si tout cela avait été réglé au quart de tour! De toute façon, ce rapport doit annoncer clairement la laicité de ce pays avec toutes les recommadations concrètes qui s'y rattachent et ce, dans les sphères d'activité privées et publiques de ce pays. A défaut, ce rapport n'en mériterait même pas la lecture. Il faut pas oublier que ce rapport a été commandé à cause de l'incapacité et l'incompétence d'un gouvernement trop peureux de prendre les décisions essentielles et nécessaires concernant le retour en force de la religion au Québec depuis quelques années, comme les québécois l'avaient vécu depuis trois siècles.

  • jacques noel - Inscrit 21 mai 2008 07 h 00

    L'incroyable dérive identitaire

    C'est immanquable, à chaque fois que quelqu'un rentre dans la maison, au lieu de faire visiter, d'expliquer l'architecture et les fondations, pour finalement intégrer et assimiler la descendance comme chez tout peuple normalement constitué, on se cache sous la table pour réapparaître dans une pièce plus petite, sous un autre vocable. Comme si on était rien. Des deux de piques. Une tribu de croque-morts, de la neige jusqu'aux oreilles. Mortelle randonnée chez les Tremblay d'Amérique.

    C'est ainsi qu'on est passé de la Nouvelle-France (le plus grand pays du monde au 18e siècle) au Canada, au Canada français, au Québec, au Québec francophone ; de Français à Canadiens, à Canadiens français, à Québécois, à Québécois francophones pour aboutir dans le hangar à l'iconoclaste "Québécois francophones de vieille souche". A cinq mots, ce n'est plus une identité, c'est du Elvis Gratton. Un acte de contrition. Une peau de chagrin. Un refus d'être.

    Après avoir endormi l'élite à gogo avec "la nouvelle réalité montréalaise et l'ouverture sur le monde", on nous a imposé ce ridicule "Québécois francophones de vieille souche" pendant que notre label "Québécois" s'est retrouvé distillé parmi tous ceux qui habitent le territoire. Comme si c'était raciste d'avoir un nom ! Comme si les Sikhs de Glasgow et les Jamaïcains d'Édimbourg étaient Écossais. Et les Écossais, réfugiés sous la table du pub, le kilt sous le bras : "Écossais gaéliques de vieille souche" !

    Le Québec se relève d'une incroyable dérive de 25 années où il a intégré, inconsciemment, tout le discours culpabilisant de la Gazette et de CTV des années 80. On lui a tellement martelé que "le Québec aux Québécois" était un chant nazi qu'il a fini par le croire ! Et il a tellement capoté avec le nettoyage ethnique en Bosnie et au Kosovo, qu'il a fini par croire que Hochelaga rimait avec Srebrenica.

    Pendant le dernier quart de siècle, on a caché l'identité nationale comme si c'était une tare honteuse, pour épouser le nationalisme civique, un cul-de-sac qui mène dans le mur puisqu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de retour d'ascenseur. Les "eux" qui ont quitté la misère du sud pour le paradis canadien de la Charte Trudeau ne se joindront jamais au "nous" québécois alors qu'ils sont comme des poissons dans l'eau dans le WE canadian, un peuple sans identité nationale. Un bar ouvert où on ne force pas trop la consommation de la Canadian...

    Les immigrants ne se joignent pas plus aux Basques ou aux Catalans. On naît québécois comme on naît basque ou catalan : on ne le devient pas ! Prétendre le contraire c'est parler la langue de bois, prendre des vessies pour des lanternes.

  • jean claude pomerleau - Inscrit 21 mai 2008 07 h 21

    Une thérapie au lieu d'une Constitution; la faute à Dumont.

    La seul solution pour baliser la problématique des accommodement déraisonnable, une Constitution (http://www.vigile.net/Entre-le-nous-et-le-mou). Ce qui a été fait, une thérapie de groupe pour Elvis Gratton (http://www.vigile.net/La-therapie-de-groupe-d-Elvi La faute à Dumont qui en est mort:http://www.vigile.net/ADQ-Novembre-le-mois-des-mor que ce Rapport B et T permetra à Super Mario de sortir de son tombeau et réparer l'erreur historique qu'il a commis en Octobre 2007 en refusant de doter le Québec de sa propre Constitution. Il a ici une chance de se reprendre, à lui de la prendre avant que l'on referme le couvercle sur son tombeau.

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 21 mai 2008 08 h 17

    Une valise et de l'argent oubliés dans un taxi

    Il y a plusieurs semaines, n'avons-nous pas entendu une nouvelle à l'effet que Gérard Bouchard avait oublié dans un taxi une valise qui aurait contenu une somme d'argent et des documents?

    Il me semble que nous n'avons pas su ce qu'est devenu cette affaire...

  • Zach Gebello - Inscrit 21 mai 2008 08 h 33

    Sont-Ils fous !?

    Le rapport de ce deux mégalos comme base de constitution ?!!

    Vous n'avez pas encore lu ?

    http://www.canada.com/montrealgazette/pdf/mg_repor

    http://www.canada.com/montrealgazette/pdf/mg_repor

    http://www.canada.com/montrealgazette/pdf/mg_repor

    C'est carrément un plan de soviétisation du Québec !

    Ces deux mégalomanes y proposent de mobiliser les journalistes et médias (VOUS!) dans l'éducation idéologique de la majorité "francophone québécoise canadienne française" ! Les journalistes seraient à leur service pour faire la propagande de ce qu'ils croient que nous devrions penser de nous-mêmes et de ce que nous devrions penser des autres !

    Un "politbureau" dont "camarades" Taylor & Bouchard seraient les têtes suprêmes !

    Que The Gazette, les anglais, ont décidé de mettre ce plan diabolique de manipulation sociale au grand jour, c'est à dire nous en "avertir" est tout de même étonnant !

    Il n'y aura pas moyen de savoir si celui de jeudi est l'original.

    Celui qu'a fourni The Gazette n'était certainement pas destiné au grand public ! C'est impossible ! Il s'addresse carrément au gouvernement et c'est un plan de contrôle social complet comme chez les soviétique. De la dictature.

    Il ne fait aucun doute que Charest n'aurait jamais rendu celà public et surtout pas en lui donnant son accord !