La reine et ses malades

Les CLSC québécois serviront de modèle dans l'implantation d'institutions de santé au Proche-Orient. C'est dans ce contexte que les employés du CLSC Côte-des-Neiges ont déroulé le tapis rouge hier pour la reine Noor de Jordanie, veuve du roi Hussein décédé en 1999, venue constater de visu les services qui y sont offerts.

Invitée par le gouvernement du Québec, la reine Noor désirait se familiariser avec le réseau des CLSC, où se côtoient soins de santé et services communautaires. Des institutions semblables ont été implantées en Jordanie, en Palestine et en Israël.


Vêtue d'un ensemble bleu poudre, la reine a eu droit à tous les égards quand elle s'est présentée hier après-midi au CLSC Côte-des-Neiges, en compagnie de David Levine, ministre délégué à la Santé. Respectant un horaire serré, elle s'est entretenue quelques minutes en privé avec le ministre avant de rencontrer la direction et les employés du CLSC, de même qu'un groupe d'enfants de diverses origines ethniques au Centre de stimulation précoce.


Mais n'approche pas la reine qui veut, d'autant plus qu'un représentant du ministère des Relations internationales, qui n'entendait pas à rire avec le protocole, a gardé les journalistes à distance tout au long de la visite. Sa majesté a finalement refusé de répondre aux questions des représentants de la presse, se bornant à prononcer une brève déclaration. Elle a vanté le réseau des CLSC au Québec, «un modèle unique au Canada et peut-être dans le monde».


«Le modèle des CLSC sera une inspiration pour nous, a-t-elle indiqué. Et je suis persuadée qu'il permettra de mieux contribuer à soulager les souffrances des peuples du Moyen-Orient.»


Malgré les ratés que connaît le réseau de la santé au Québec, David Levine croit que l'expertise de 30 ans que détient le Québec en matière de soins de santé et de services communautaires peut être profitable à d'autres pays. La collaboration entre le Québec et les institutions de santé au Proche-Orient s'inscrit d'ailleurs comme un projet à long terme, ajoute-t-il.





Contrer la violence
et le fanatisme


Dans le cadre de sa visite de trois jours au Québec, la reine Noor a prononcé jeudi soir une allocution à l'université McGill.


Deux ovations avant même d'avoir prononcé un seul mot, deux autres après son discours, cela donne une idée du pedigree de la conférencière. Un brin cérémonieux, l'accueil réservé jeudi par l'auditoire de l'université McGill à la reine Noor n'en était pas moins amical, puisque la visiteuse se retrouve ici en pays de connaissance.


C'est l'institution montréalaise qui a aidé l'Université de Jordanie à mettre sur pied son école de service social. Depuis deux ans, McGill a accueilli une vingtaine de stagiaires du Proche-Orient dans cette discipline. La reine avait alors assisté au lancement du programme.


Le fait que les perspectives de paix dans la région se sont sérieusement obscurcies depuis cette époque a donné jeudi l'occasion à Mme Noor Hussein de dire, de marteler même, qu'il faut d'abord et avant tout s'attaquer aux racines de la violence et du fanatisme.


«Les menaces à la sécurité n'émanent pas seulement des guerres mais également des injustices politiques et économiques, ainsi que des violations des droits fondamentaux, de la colère et du désespoir qu'elles engendrent», a-t-elle dit.


La mondialisation a paradoxalement créé un monde plus fragmenté où les divisions entre les ethnies et les groupes religieux alimentent des conflits «entre les forces de la démocratie, de l'égalité et de la tolérance et celles de l'intolérance, de la violence et de l'intimidation», a-t-elle également soutenu.


La conférencière a vanté le travail des stagiaires israéliens, palestiniens et jordaniens qui, après avoir suivi des cours de deuxième cycle à McGill et acquis de l'expérience dans des ONG montréalaises, sont retournés travailler dans des centres communautaires au Proche-Orient, notamment à Amman (Jordanie), à Jérusalem, à Naplouse (Palestine) et à Beersheba (Israël).


La plupart de ces stagiaires ont fait le voyage depuis le Proche-Orient pour participer hier à une conférence à Montréal.


La reine Noor s'occupe d'un grand nombre d'organismes, dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'environnement et de l'urbanisme, entre autres. À travers le monde, elle jouit d'une réputation de sérieux. Malgré sa grande élégance et bien qu'elle ne fasse pas ses cinquante ans, elle orne assez rarement les pages des magazines «people», contrairement à d'autres têtes couronnées.


Née aux États-Unis au sein d'une famille d'origine arabe, elle détient un diplôme en architecture et en urbanisme de l'université Princeton. Elle a épousé le défunt roi Hussein de Jordanie en 1978. Ce dernier était considéré comme un modéré et un «démocrate» au Proche-Orient, à la tête d'une monarchie (constitutionnelle depuis 1989) qui a signé la paix avec Israël en 1994. Il n'en reste pas moins que, tout récemment, une ancienne députée au Parlement jordanien a été condamnée à un an et demi de prison simplement pour avoir critiqué publiquement la politique extérieure de son pays.