Courchesne s'assurera que l'école mette aussi l'accent sur les connaissances

Les connaissances devraient entrer par la grande porte dans les programmes de formation du primaire et du secondaire en septembre 2009. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, entend définir les connaissances qui devront être acquises à chacune des étapes d'une année scolaire et s'assurer que les bulletins en rendent compte.

C'est ce qui ressort des propos tenus hier par Mme Courchesne lors de l'étude des crédits budgétaires de son ministère en commission parlementaire. Des comités formés d'enseignants, de conseillers pédagogiques et de spécialistes de la didactique de chacune des matières seront mis sur pied pour scruter à la loupe chacun des programmes. On établira ainsi une «hiérarchie des savoirs» devant être acquis pour chaque période d'une année scolaire.

«On ne changera pas les contenus des programmes. On va les ordonnancer. On va donner des indications suffisamment précises et établir cette hiérarchisation à partir des programmes existants», a expliqué la ministre au terme de la séance de la commission parlementaire.

Cette version plus précise des programmes devrait être disponible en juin 2009, afin d'être utilisée à la rentrée suivante. La nouvelle version des programmes de français sera cependant prête à être appliquée dès septembre prochain, puisque le travail est enclenché depuis le dévoilement du plan d'action sur le français en février dernier.

Depuis l'implantation de la réforme, il y a de cela 10 ans, les programmes mettent l'accent surtout sur le développement des compétences, les savoirs ou connaissances (telles les règles de grammaire ou encore les tables d'opérations mathématiques) n'y sont mentionnés, en vrac, qu'à titre indicatif. On préconise par ailleurs l'évaluation des compétences et non celle des connaissances en tant que telles, présumant que les compétences impliquent nécessairement l'utilisation des connaissances.

Cette philosophie, réitérée récemment dans un avis du Conseil supérieur de l'éducation, est décriée vivement par les syndicats d'enseignants. La ministre leur a donné raison hier, qualifiant l'avis du CSE de document «flou» qui ne l'a «pas convaincue». Elle a promis de travailler avec les syndicats d'enseignants pour mieux rendre compte de l'acquisition des connaissances des enfants.

«Le Renouveau [pédagogique] laissait une pleine latitude aux enseignants. On s'aperçoit que les enseignantes, dont certaines très jeunes qui sortent des universités, n'ont pas cette capacité. Elles sont dans le doute et ont besoin de soutien», a indiqué Mme Courchesne.

Elle estime «souhaitable» qu'on fasse état de l'acquisition des connaissances dans le bulletin et qu'une évaluation annuelle des connaissances soit effectuée, alors que cet exercice n'est pour l'heure prescrit qu'à la fin d'un cycle de deux ans.

«Il faut que ce soit clair dans les bulletins, que le parent sache où en est l'évaluation des connaissances de son enfant. Mais il faut aussi qu'il sache si son enfant est capable d'intégrer les connaissances dans les compétences. Je ne veux pas revenir à un bulletin de 10 pages, le défi sera de conserver cela clair, précis, limpide», a indiqué Mme Courchesne.

«On n'a plus le droit à l'improvisation ou à l'erreur. C'est colossal comme travail, mais je n'en démords pas», a affirmé Mme Courchesne, en réponse à une des multiples questions des députés de l'opposition.

Réactions

Les correctifs annoncés à la réforme plaisent aux syndicats d'enseignants, certains y retrouvant jusqu'au vocabulaire précis de leurs demandes. «Quand nous demandions de réformer la réforme, pour continuer à l'appliquer dans ce qu'elle a de méritoire, nous mettions au jeu des solutions crédibles. Nous avons l'impression que la ministre prend beaucoup de ces éléments», s'est réjouie la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier. Elle croit que l'étape la plus difficile sera de lier l'apprentissage des connaissances à l'évaluation, pour l'heure centrée sur les compétences.

La Fédération autonome de l'enseignement, membre de la coalition Stoppons la réforme, salue elle aussi l'annonce de la ministre et espère également qu'elle ne s'arrêtera pas en cours de route. «C'est très intéressant. Mais il faut que cela se poursuive, il faut nous permettre localement d'en rendre compte dans le bulletin pour que cela ait un certain sens», a affirmé le responsable des communications de la FAE, Yves Parenteau.
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 16 avril 2008 08 h 11

    Retour en arrière

    Il n'a pas lieu de s'étonner de la réaction favorable de Johanne Fortier et d'Yves Parenteau. Il tombe sur le sens qu'une pédagogie axée sur l'acquisition et l'évaluation des connaissances, en français tout particulièrement, est de loin plus facile à appliquer que celle de la réforme. Au lieu d'applaudir à ce retour en arrière, ces deux personnages « politiques » devraient plutôt exiger que les universités ajustent leur formation et leur perfectionnement à une pédagogie axée sur l'acquisition des compétences, entre autres en en donnant l'exemple aux candidats et candidates à l'enseignement, et que le ministère prenne le temps d'implanter la nouvelle (au fond plutôt ancienne) façon de faire apprendre.
    Comprendre isolément des notions grammaticales ou syntaxiques n'assure pas leur transfert dans l'acte d'écrire, non plus que l'obtention de bonnes notes en dictée.
    Ceux et celles qui ont réussi avec une pédagogique traditionnelle semblent avoir oublié qu'ils et elles constituaient l'exception à la règle. Mais le temps n'est plus à l'égalité des chances en éducation. Pauvre Québec !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Stéphan Gauvin - Inscrit 16 avril 2008 08 h 39

    C'est quand même drôle...

    Ceux qui ont décidé de reformer l'éducation ont reçu une éducation du système que les religieux avaient mis en place. Après avoir reçu une excellente éducation, par idéologie ont décidé de changer de système. Un système qui n'a pas encore prouvé que ça marche mieux que l'ancien, un système que personne ne voulait et qui est encore en situation d'échec. Ils est grand temps que les parents se lèvent et s'implique pour l'avenir de leurs enfants, en foutant à la porte ceux qui sont à l'origine de cet échec lamentable de société.