Mario Dumont obtient un vote de confiance massif malgré l'affaire du salaire

Mario Dumont s’adressant aux membres de l’ADQ lors du congrès de la fin de semaine à Laval.
Photo: La Presse canadienne (photo) Mario Dumont s’adressant aux membres de l’ADQ lors du congrès de la fin de semaine à Laval.

Laval — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a clôturé hier le VIIe congrès de son parti en annonçant que les débats de la fin de semaine sur la natalité et l'immigration prendront le chemin d'une politique de la population qui inclura également des mesures pour assurer le retour au bercail des Québécois partis travailler à l'étranger. Mais cela n'a pas suffi à dissiper la confusion autour de la prime de 50 000 $ qu'il reçoit de son parti en plus de sa rémunération de parlementaire.

C'est un Mario Dumont visiblement irrité qui a rencontré les journalistes après son discours. Des questions sur l'entente qu'il a élaborée le printemps dernier avec le directeur général de l'ADQ, et qui a été révélée il y a quelques jours, ont été soulevées encore une fois, éclipsant les enjeux discutés avec discipline par les quelque 1000 adéquistes réunis à Laval. Le chef adéquiste a eu beau recevoir un appui massif de 94,8 % des militants lors du vote de confiance d'hier, il a traîné comme un boulet ce salaire supplémentaire dans les coulisses du congrès.

«Ç'a été fait comme ç'a été fait. Le directeur général a fait son travail. Il a informé les personnes autorisées. Il semble que dans deux partis politiques, on ait procédé de la même manière. [...]Le seul parti qui vous cache quelque chose, c'est le Parti québécois qui devait rendre publics les comptes de dépenses de Mme Marois», a répliqué Mario Dumont.

Quelques heures plus tôt, M. Dumont affirmait dans une entrevue télévisée que cette prime salariale avait été décidée par l'exécutif national de l'ADQ. Or, la veille, le président du parti à cette époque, le député Gilles Taillon, ainsi qu'un des membres de l'exécutif national, le député Richard Merlini, soutenaient ne pas avoir participé à cette décision. M. Taillon a précisé avoir été mis au courant alors que son collègue Merlini l'a appris par les médias.

Pour ajouter à la confusion, le président du caucus, le député Pierre Gingras, a affirmé samedi que le salaire versé à M. Dumont servait également à sa conjointe, Marie-Claude Barrette, qui participe aux activités de représentation de l'ADQ. Le chef adéquiste a fermement nié que sa conjointe touchait quoi que ce soit.

La prime de 50 000 $ est imposable et couvre toutes les dépenses que Mario Dumont fait au nom de l'ADQ; il n'a plus à présenter de factures pour se faire rembourser. L'actuel président de l'ADQ, Tom Pentefountas, a affirmé qu'il n'y avait aucun secret dans cette décision bien que les militants n'en aient pas été informés.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, touche lui aussi un salaire annuel versé par son parti. Dans son cas, il atteint 75 000 $. Le PQ en avait fait de même avec son précédent chef, André Boisclair, avant que celui-ci ne soit élu; il recevait l'équivalent d'un salaire annuel de 100 000 $. Selon le jurisconsulte de l'Assemblée nationale, Claude Bisson, il «serait souhaitable» que les élus révèlent «toutes leurs sources de revenus».

Politique de la population

Sur le plancher du congrès, le salaire du chef adéquiste n'a pas ébranlé la ferveur des militants. Alain Longval de l'association de l'ADQ dans la circonscription de Groulx, est venu dire au micro que ce salaire supplémentaire était grandement mérité, déclenchant une ovation.

De toute façon, les militants ne manquaient pas de matière à discussion. Une cinquantaine de propositions leur étaient soumises. Après en avoir débattu en atelier, ils se sont prononcés en faveur d'un rehaussement de la natalité en y consacrant 3 % du produit intérieur brut (PIB), soit quelque trois milliards de dollars par année. Les militants adéquistes ont également adopté une proposition sur des changements à apporter à la grille de sélection des immigrants, favorisant ceux qui combleraient facilement les besoins de main-d'oeuvre plutôt que ceux qui parlent le français.

Ces thèmes ont été repris par Mario Dumont dans son discours de fin de congrès livré sans notes, entouré de son équipe de députés. Selon Mario Dumont, il faut contrer l'improvisation et le «jovialisme irresponsable» avec lesquels les questions de démographie ont été abordées jusqu'à maintenant.

S'avançant dans la foule, le chef adéquiste a expliqué qu'il offrirait une politique de la population lors des prochaines élections, qui s'articulera autour de trois axes: l'augmentation du nombre d'enfants, l'immigration responsable et des mesures pour inciter les personnes qui ont quitté le Québec pour travailler à revenir ici. «Trois ingrédients cohérents pour assurer l'avenir du Québec, l'avenir économique et l'avenir identitaire de notre Québec», a lancé M. Dumont.

Le nouvel élément de cette idée de politique de la population est toutefois le retour au bercail que veut voir s'effectuer l'ADQ. Le faible taux de croissance économique du Québec comparativement aux autres provinces canadiennes ne serait pas étranger au fait que des milliers de Québécois, médecins, informaticiens ou jeunes des régions sans travail, ont choisi d'aller travailler ailleurs, croit M. Dumont. L'ADQ veut insuffler un changement.

Ce fut d'ailleurs le maître mot de ce congrès: le changement nécessaire, le changement possible. Au PQ, les «forces de l'immobilisme» sont trop importantes pour que le parti de Pauline Marois puisse offrir un véritable changement, a plaidé Mario Dumont. De la même façon, les libéraux de Jean Charest, qui avait pourtant promis de grands changements, se sont essoufflés et sont maintenant dépourvus de l'impulsion nécessaire, a dit constater M. Dumont.

Ce dernier s'est livré à une grande séance de motivation de ses troupes, rappelant l'importance d'une bonne organisation sur le terrain, d'une présence parlementaire qui «donne une voix à ceux qui n'en avaient pas» et du travail de recrutement de candidats essentiel pour agrandir le giron adéquiste aux 84 autres circonscriptions.

Quatorze ans après avoir participé à la fondation de l'ADQ au même endroit, Mario Dumont, a soutenu que le parti était maintenant bien enraciné au Québec.
14 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 17 mars 2008 01 h 50

    des mesures natalistes et un gèle de l'immigration?

    Jamais dans 100 ans, du moins pas avec le PQ ou le PLQ au pouvoir, le PQ est n'importe quoi sauf un parti nationaliste, même pas souverainiste.

    Non, on aime mieux regarder le Québec se dissoudre dans le monde et que nos enfants se fassent élever par l'État, ça, c'est mieux

  • jacques noel - Inscrit 17 mars 2008 07 h 58

    45,000 immigrants, c'était déjà trop

    L'ADQ veut geler l'immigration à 45,000 par année. C'est déjà énorme pour un Québec qui compte 300,000 chomeurs (dont 50,000 immigrants) et 240,000 assistés sociaux aptes au travail (dont 60,000 immigrants)

    En 2006, les Américains ont accueilli 1,200,000 immigrants, soit un nouvel arrivant pour 245 habitants.

    La France accueille un immigrant pour 387 hab
    Le New Hamsphire, un immigrant pour 434 hab
    Le Vermont, un immigrant pour 670 hab
    La Maine, un immigrant pour 758 hab.
    A 45,000 immigrants, le Québec accueille un nouvel arrivant pour 172 habitants, un nouvel arrivant par quelque 125 Québécois, alias les Francophones, alias les Canadiens français, alias les nous-autres, alias les pure-laine, alias les ce-que-ns-sommes, alias les sans-noms. C'est 5 fois ce que les Américains du Maine acceptent!!!! Pourtant c'est bien nous le peuple en péril?

    Mais chez Gesca comme au PLQ, on sait très bien que sur 5 nouveaux arrivants, 4 voteront pour le bon parti dans 3 ans. Le PLQ et le PLC ont atteint des planchers historiques dans le Québec français, leur seul planche de salut est l'immigration. Le jour où Mario et Pauline attaqueront la question sur le fond de l'histoire, à savoir qui profite le plus de ce déferlement d'immigrants alors que rien dans la démographie et l'économie ne le justifie, on va avoir enfin un vrai débat sur l'immigration. En attendant on ne fait que tourner autour du pot.

  • Claude Stordeur - Inscrit 17 mars 2008 08 h 39

    1+0=1

    En premier cette histoire de rénumération nous démontre l'unicité des instances décisionnelles de ce parti, toute décision importante vient du CHEF, toute décision secondaire doit passé par le chef avant d'être publique.
    Quand à ses plus de 90% de vote de confiance, nommé moi quelqu'un dans ce parti qui peut remplacer Dumont sans éclater le parti?
    En fait ce sont mille délégués trier sur le grill qui sont venu mettre un vote automatique dans l'urne de Dumont, les votes contre sont des erreurs d'écriture.
    Un vote a 75% serait pour moi normal, à plus de 90% comme Charest ou Dumont, nous sommes en régime soviétique ou chinois...

  • Gilles Bousquet - Inscrit 17 mars 2008 09 h 41

    @ M. Jacques Noel

    Entièrement d'accord avec vous M. Noel.

    Faudrait bien que le PQ s'en rende compte un peu avant qu'il ne soit trop tard mais je crois qu'il peur d'être taxé de xénophobie et de racisme par les Libéraux très provinciaux.

    M. Charest pense que le PLQ va être sauvé par l'immigration et M. Dion pense la même chose pour le PLC.

  • Sylvain Auclair - Abonné 17 mars 2008 10 h 16

    Pourquoi un vote de confiance?

    Comment l'ADQEMD pourrait-elle changer de chef, alors que le nom de ce dernier fait partie du nom officiel du parti?