Au secours des manufacturiers

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a discuté quelques instants avec la présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau.
Photo: Jacques Nadeau La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a discuté quelques instants avec la présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau.

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a promis hier dans son budget toute une série de mesures fiscales visant à aider un secteur manufacturier éprouvé et à améliorer la productivité de l'ensemble des entreprises québécoises.

Le gouvernement commence par abolir immédiatement la taxe sur le capital pour les entreprises du secteur manufacturier. Il crée aussi un nouveau crédit d'impôt pour encourager l'ensemble des compagnies à investir dans l'achat de matériel de fabrication et de transformation. Il ajoute un autre crédit d'impôt à l'intention des entreprises des nouvelles technologies pour les encourager dans de nouvelle activités innovantes.

«Ce budget crée un environnement fiscal qui n'a jamais été aussi favorable à l'investissement et à l'amélioration de la productivité», a déclaré la ministre. «Pourquoi devenir plus productif? Pour mieux soigner, pour mieux éduquer, pour mieux soutenir les démunis, et pour avoir de meilleurs salaires et de meilleurs revenus», a-t-elle ajouté dans son discours du budget.

Honnie par les entreprises et la plupart des experts, la taxe sur le capital était déjà censée avoir totalement disparu d'ici la fin 2010. Finalement, elle disparaîtra immédiatement pour les entreprises du secteur manufacturier alors que les autres devront attendre. Durement affectée par l'envolée du dollar canadien, la flambée des prix de l'énergie et la concurrence chinoise, les manufacturiers n'avaient jusqu'à présent eu droit qu'à un crédit fiscal maximal de 15 % qui se limitait aux nouveaux investissements, alors que la taxe s'applique à l'ensemble des actifs des entreprises. Le coût de la mesure est évalué à 30 millions cette année et 50 millions l'an prochain.

Le nouveau crédit d'impôt s'appliquant à l'achat d'équipement de production et de transformation sera offert à l'ensemble des entreprises. Il s'élèvera à 20 %, 30 %, et même 40 % dans les régions-ressources en fonction de leur degré d'éloignement et viendra y remplacer trois autres crédits d'impôt qui s'appliquaient, ceux-là, plutôt à la masse salariale et qui auront complètement disparu à la fin 2010. Le changement vers la nouvelle forme de crédit de taxe ne devrait pas coûter plus cher au gouvernement, alors que le crédit de 5 % à la grandeur du Québec viendra avec une facture annuelle de 110 millions.

Un crédit d'impôt remboursable de 30 % sera également offert aux entreprises des nouvelles technologies de l'information pour les salaires versés dans des emplois liés à des «activités innovantes», telles que les services-conseils et la conception d'outils de commerce électronique. Réservé jusqu'à présent aux entreprises de Montréal et Québec, ce genre de mesure sera étendu à tout le Québec et coûtera au gouvernement 200 millions annuellement.

D'autres mesures ont également été annoncées, comme le prolongement de dispositions permettant aux entreprises manufacturières d'amortir leurs investissements de façon accélérée, ainsi que des dépenses de 150 millions en cinq ans pour la formation professionnelle et des programmes d'aide aux secteurs agricole et minier.

«Pour percer les marchés étrangers, le Québec doit absolument améliorer sa productivité», a expliqué Monique Jérôme-Forget au moment de présenter son budget. Elle a dit s'être plusieurs fois inspirée des recommandations du groupe de travail sur l'aide aux régions-ressources présidé par Robert Gagné, ainsi que de ceux d'un autre groupe de travail, présidé par l'économiste Pierre Fortin, qui a déposé hier son rapport sur l'importance de l'investissement et de la productivité pour le Québec.

Elle s'est félicité du fait que le Québec est aujourd'hui devenu l'un des endroits au monde où l'investissement des entreprises est le moins taxé. Selon le ministère des Finances, le taux effectif marginal d'imposition sur ces investissements n'est plus que de 16,2 % au Québec, comparativement à 16,6 % en Alberta, 30,7 % en Ontario, 34,4 % aux États-Unis et 21, 8 % en moyenne dans les pays de l'OCDE.

Petits pas

Les nouvelles mesures présentées hier par le gouvernement Charest à l'intention des entreprises sont évaluées à un total de plus de 450 millions. Le porte-parole du Parti québécois en matière de finances, François Legault, les a jugées bien insuffisantes. L'appréciation du dollar canadien par rapport à la devise américaine représente à elle seule un boulet pour les exportateurs québécois équivalent à 6 milliards, a-t-il dit.

Les principaux intéressés se sont montrés plus positifs. «On est content. On est très content. On à l'impression que cette fois, on nous a vraiment écoutés», a déclaré Jean-Luc Trahan, président-directeur général des Manufacturiers et exportateurs du Québec. «C'est un budget proactif, alors qu'on aurait pu craindre une attitude beaucoup plus attentiste dans le contexte de ralentissement économique.»

Le gouvernement Charest aurait justement dû en profiter pour y aller encore plus franchement sur la voie des baisses d'impôt, selon le Conseil du patronat du Québec. «L'investissement privé au Québec est en panne. Une telle situation aurait exigé des allégements et des incitatifs fiscaux plus énergiques pour l'ensemble des entreprises du Québec», a déclaré son président, Michel Kelly-Gagnon.

Du côté de la FTQ, on appuie le budget. «Le gouvernement vise les bonnes cibles, malgré le peu de moyens disponibles», a commenté son président, Michel Arsenault, par voie de communiqué.

«Je crois que ce message envoie le bon signal», a analysé Clément Gignac, économiste en chef et stratège à la Financière Banque Nationale. Autrefois, on aurait chercher à donner des subventions à gauche et à droite, a-t-il poursuivi. Aujourd'hui le gouvernement laisse les entreprises établir elles-mêmes leurs stratégies d'affaires et trouver leurs partenaires financiers. Les mesures fiscales ne sont là que pour leur faciliter la tâche.

Son homologue au Mouvement Desjardins, François Dupuis, pense lui aussi que Monique Jérôme-Forget a produit un bon budget dans les circonstances. «Le gouvernement n'avait pas les ressources nécessaires pour faire quoi que ce soit de tellement plus spectaculaire, a commenté l'économiste. Il me semble qu'on a au moins le mérite de s'être engagé dans un virage structurant. Ce n'est pas parfait et beaucoup de choses restent à faire pour améliorer la performance de l'économie québécoise, mais on avance à petits pas.»
1 commentaire
  • ghislaine fortin - Inscrite 14 mars 2008 10 h 08

    La quête...

    Durant des siècles, on a assisté à la quête du St-Graal....

    Dans notre siècle, on assiste à la quête: où taxer....

    Je vous propose une nouvelle quête: la recherche de l'efficacité pour chaque dollar dépensé.

    Le nombre de chefs dépassent celui des indiens...: Des commissions, des études, des comités, des sondages, des consultations, etc.

    Faisons tous notre petit bout de chemin: c'est de notre responsabilité et l'exemple doit aussi venir de haut.

    Désolant pour la génération montante!