Couillard avait suggéré de hausser la TVQ

Québec — C'est Philippe Couillard lui-même qui a suggéré au groupe de travail présidé par Claude Castonguay d'étudier l'hypothèse de hausser de 1 % la taxe de vente du Québec (TVQ) pour constituer un fonds réservé à la santé même s'il trouve cette idée totalement inacceptable aujourd'hui.

La vice-présidente du groupe de travail, Joanne Marcotte, a fait cette révélation hier matin alors qu'elle participait à une émission radiophonique à Québec. «Je vais vous en conter une bonne. L'idée de la TVQ et de faire un fonds de stabilisation, savez-vous c'est quand la première fois qu'on en a entendu parler? C'est par Philippe Couillard lui-même, qui est venu nous rencontrer au début du projet», a livré Mme Marcotte.

Jointe hier, la vice-présidente, choisie par l'Action démocratique du Québec pour participer à ce groupe de travail, a précisé que cette rencontre avait eu lieu en juillet 2007, quand le ministre Couillard a rencontré les membres du groupe de travail pour la première fois, une semaine après que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, eut fait de même.

Au cabinet de M. Couillard, on a confirmé que le ministre avait évoqué cette idée lors de cette rencontre. «Mais on n'était pas là pour tenir le crayon», a expliqué l'attachée de presse Isabelle Merizzi. «Ç'a toujours été clair que la liberté était totale des deux côtés: libre d'écrire, libre de choisir.»

Au cours d'un point de presse hier, Mme Jérôme-Forget a même signalé que quelques semaines avant la publication du rapport, les deux ministres avaient demandé à M. Castonguay d'inclure un scénario où la hausse de la TVQ était fixée à 1 %. La version préliminaire du rapport n'envisageait qu'une augmentation de la TVQ de 0,5 %. Les ministres jugeaient que dans ce dernier scénario, la contribution des usagers — la franchise, selon l'expression employée dans le rapport — était trop forte pour être politiquement acceptable. «Avec une franchise aussi élevée, c'est clair que ça ne passait pas», a dit Mme Jérôme-Forget.

Mais M. Castonguay savait «depuis le jour numéro un que nous n'allions pas de l'avant avec la TVQ. Vous pouvez me croire: c'est moi qui lui ai dit», a relaté Mme Jérôme-Forget.

Au cours d'un point de presse après son allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Claude Castonguay a confirmé qu'il connaissait «les réticences» que Mme Jérôme-Forget et M. Couillard pouvaient avoir. «Mais on nous demandait [...] de faire rapport sur la question, et c'est ce que nous avons fait. Nous avons dit ce que nous pensions», a dit M. Castonguay. «Maintenant, le gouvernement demeure libre d'agir ou de ne pas agir. Mais moi, je n'étais pas là pour transmettre leurs vues. J'étais là pour analyser les problèmes de la manière la plus objective possible avec un collègue désigné par le Parti québécois et une autre collègue désignée par l'ADQ.»

La ministre des Finances a insisté hier pour souligner qu'il n'y avait aucune divergence de vues entre elle et M. Couillard au sujet du rapport dévoilé mardi. L'idée d'accroître la productivité du système public de santé, c'est ce qu'elle retient avant tout. «M. Couillard, c'est un grand allié de la ministre des Finances. Je vais vous confier un secret: c'est un de mes préférés», a-t-elle fait valoir. «On s'est beaucoup parlé avant la réaction [du gouvernement].»

Mais Joanne Marcotte n'en revient toujours pas. «Ce qui m'a renversée, c'est d'entendre M. Couillard en conférence de presse parler de la TVQ comme étant quelque chose d'absolument hors de question», a-t-elle confié. «Comment veux-tu ne pas être cynique envers notre classe politique dans ce temps-là?» Mme Marcotte a souligné que les fonctionnaires du ministère des Finances avaient insisté sur l'importance de retrouver dans le rapport la description de nouvelles sources de revenus. «C'est le coeur du mandat» du groupe de travail.

Réforme inévitable

De son côté, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a promis hier qu'il y aura une réforme du réseau de la santé au Québec, avec ou sans Philippe Couillard.

S'adressant aux membres de la Chambre de commerce et d'industrie de l'est de l'île de Montréal, le chef de l'opposition officielle s'est montré ulcéré par la vitesse à laquelle M. Couillard a rejeté les principales conclusions du rapport Castonguay.

«Le pilote automatique, le statu quo, n'est plus possible», a dit M. Dumont. «C'est un peu le vieux dilemme des péquistes et des libéraux. Les péquistes, c'est l'immobilisme par idéologie; les libéraux, c'est l'immobilisme par paresse», a-t-il ajouté.

Selon Mario Dumont, le rapport Castonguay est un bulletin d'échec pour les libéraux, qui avaient promis de résoudre les problèmes en santé et qui avaient demandé à la population de les juger sur leurs réalisations dans ce domaine.

Le leader adéquiste appuie la quasi-totalité des recommandations du rapport Castonguay, à l'exception de l'augmentation d'un point de pourcentage de la taxe de vente. M. Dumont est ainsi en faveur du décloisonnement de la pratique médicale, de l'instauration de frais modérateurs et d'un plus grand rôle pour le secteur privé.

«M. Couillard, ce que je l'entends dire, c'est qu'il manque de médecins et qu'il manque d'argent. Il y a des médecins qui seraient prêts à travailler plus et il le leur interdit, et il y a des gens qui seraient prêts à payer plus et il le leur interdit. J'appelle ça plaider sa propre turpitude», a dit le chef de l'ADQ.

«Ce que les gens du rapport Castonguay proposent, ce que nous on propose, c'est: vu qu'on manque de médecins, décloisonnons, permettons à nos médecins d'en faire le plus possible.»

M. Dumont reproche au ministre Couillard de perpétuer la fuite en avant de tous ses prédécesseurs, qui se manifeste par un constat d'échec, suivi de la création d'un groupe de travail, puis de la production d'un rapport recommandant des transformations majeures, le tout se concluant par un envoi sur les tablettes et le maintien du statu quo.

«Profondément déçue» de la réaction du gouvernement au rapport Castonguay sur la santé, Pauline Marois a refusé hier de dire ce qu'elle pense du document: c'est au gouvernement d'assumer les conclusions d'une commission qu'il a créée, a-t-elle plutôt martelé.

De passage à Montréal, la chef du Parti québécois a jugé «assez étonnant» que Québec «rejette tout du revers de la main. J'imagine que Philippe Couillard a une solution puisqu'il dit que ce n'est pas nécessaire d'ajouter beaucoup d'argent» dans le réseau, a indiqué Mme Marois.

L'ancienne ministre de la Santé (1998-2001) a souligné qu'il y a «des choses fort intéressantes et pertinentes» dans le rapport élaboré par les commissaires. Mais impossible de savoir quoi exactement: Mme Marois renvoie la question au gouvernement.

«Je ne me substituerai pas au gouvernement, a-t-elle dit. Le gouvernement est responsable d'avoir donné ce mandat. Il savait ce qu'il faisait. Après, il s'étonne d'avoir eu une réponse, et ils doivent la mettre aux poubelles. Il y a là un manque de sérieux et de responsabilité.»

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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté et de Louise-Maude Rioux Soucy

Avec la Presse canadienne

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