Dumont veut faire admettre la Catalogne dans la Francophonie

Paris — Au terme d'un séjour de 48 heures à Barcelone, Mario Dumont revient au Québec ce matin, déterminé à soutenir l'admission de la Catalogne comme observateur dans l'Organisation internationale de la Francophonie. «La Catalogne veut être observateur au prochain sommet de la Francophonie et j'entends bien faire mon possible pour qu'elle le devienne», dit le chef de l'opposition, qui a rencontré à Barcelone plusieurs personnalités du gouvernement de cette province autonome du nord-est de l'Espagne.

S'il n'en tenait qu'au chef de l'opposition, la Catalogne adhérerait ainsi à un club politique qui compte 55 membres et 13 observateurs, tous des pays souverains, à l'exception du Québec et du Nouveau-Brunswick, dont l'admission fut l'objet d'un laborieux compromis qui avait paralysé l'organisation pendant des années. Mais la reprise d'un tel débat ne fait pas peur à Mario Dumont. «Je vais aider la Catalogne à faire sa place», dit-il, déterminé.

Après un séjour mouvementé à Paris où il a failli ne pas être reçu par le premier ministre François Fillon, le séjour catalan de Mario Dumont a été nettement plus calme. Hier, il a rencontré Ernest Benach i Pascual, président du Parlement, Josep-Lluis Carod-Rovira, vice-président du gouvernement, et enfin Artur Mas i Gavarro, président de Convergencia i Unio, le parti autonomiste aujourd'hui dans l'opposition.

«Ce n'est pas un hasard si je suis venu en Catalogne, dit Mario Dumont. Les Catalans s'inspirent du Québec dans quelques domaines, mais nous avons aussi des leçons à tirer de ce qui se passe ici.» Le chef de l'opposition retient notamment de son voyage qu'«une autonomie forte peut aller de pair avec une économie forte». On sait que la Catalogne, reconnue symboliquement depuis peu comme nation dans la Constitution espagnole, est la région la plus prospère d'Espagne. «L'affirmation identitaire est aussi un facteur de confiance économique», dit Mario Dumont.

Le chef de l'opposition a notamment discuté avec ses interlocuteurs de la façon dont cette région, qui connaît une forte immigration, intègre ses nouveaux arrivants. Il a été particulièrement frappé par les défis que doit relever la langue catalane, qui a été en partie interdite sous la dictature de Franco. La Catalogne pratique aujourd'hui un bilinguisme quasi intégral, sauf à l'école.

Le chef de l'opposition ne se dit cependant pas inspiré par le choix des Catalans qui appliquent leur loi linguistique, équivalent de la loi 101, à tous les niveaux scolaires, de la maternelle jusqu'au lycée (cégep). Contrairement aux cégeps québécois, tous les lycées publics catalans sans exception ont en effet le catalan comme langue principale d'enseignement. «Nous avons une histoire différente et une minorité anglophone qui a des institutions historiques», dit Mario Dumont. En Catalogne, un habitant sur deux est originaire d'une autre province d'Espagne et a donc l'espagnol comme langue maternelle.

Il y a longtemps que l'Action démocratique du Québec dit s'inspirer de cette région autonome d'Espagne. Il y a deux ans, son ancien président, le politologue Guy Laforest, avait proposé ni plus ni moins que de «catalaniser» la politique québécoise. Ce dernier estime d'ailleurs toujours que «des initiatives plus modestes, comme l'approbation par le peuple catalan du statut d'autonomie de la Catalogne, d'abord en 1980 puis en 2005-2006, ont eu des résultats beaucoup plus positifs que les référendums péquistes de 1980 et 1995 sur le terrain de la liberté».

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Avec Antoine Robitaille à Québec

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