Analyse - Division chez les Verts du Québec?

Réchauffement climatique dans les hautes sphères du Parti vert du Québec (PVQ). Après avoir conduit sa formation politique à des sommets de popularité lors du dernier scrutin provincial, en mars dernier, le chef des Verts, Scott McKay, amorce désormais un nouveau combat. En jeu? Son propre siège menacé depuis quelques jours par le déclenchement d'une course à la direction qui annonce déjà quelques divisions au sein des troupes. Des divisions alimentées non pas par le contenu du programme électoral, mais plutôt par l'image et le charisme de celui qui devra le porter.

«J'espère être plus vibrant, plus inspirant», lance Guy Rainville, candidat vert de la circonscription de Deux-Montagnes qui, le 29 mars, prochain souhaite devenir le nouveau chef du PVQ. Un vote par correspondance du 10 au 24 mars prochain va décider de son avenir, et ce, quelques jours avant le congrès annuel du parti à Trois-Rivières. Un congrès où l'actuel chef compte bien sûr triompher.

«Cette course va être l'occasion pour les membres de reconnaître la progression phénoménale que nous avons vécue depuis mon arrivée en 2006, lance McKay. Comme nous n'avons pas de vote de confiance prévu dans nos statuts et règlements, c'est par ce vote que je m'attends à ce que l'on confirme que le PVQ s'en va dans la bonne direction.»

L'homme plastronne un peu. Avec raison, estiment d'ailleurs ses partisans. Il y a près d'un an, en effet, lors de la dernière élection générale, les Verts ont en effet, sous sa houlette, récolté 3,85 % des suffrages, soit un peu plus que Québec solidaire. Un sommet historique atteint avec handicap: le PVQ a présenté 108 candidats dans les 125 circonscriptions, contre 123 pour le parti de gauche du duo Françoise David/Amir Khadir. Notons également qu'en 2003, un petit groupe de 37 candidats verts à peine avait permis d'amasser 0,44 % des votes exprimés.

Pis, depuis son accession à la tête de la formation politique, l'ancien conseiller municipal montréalais et consultant en traitements des eaux a multiplié les entrevues et conférences de presse avec en trame de fond un objectif maintes fois répété: démontrer que son parti est complet et n'est pas uniquement centré sur l'environnement, malgré sa couleur.

M. McKay a d'ailleurs cherché à en faire la démonstration aux électeurs en parlant, entre autres, durant la campagne d'une taxe sur la publicité afin de financer la culture ou encore en militant pour une réforme du mode de scrutin électoral. Au début du mois, il s'est également prononcé contre le moratoire proposé par une coalition opposée à la réforme de l'éducation et contre l'ingérence politique dans le système d'éducation.

Or, malgré ce changement de ton chez les Verts du Québec qui s'inspirent de plus en plus, par leur approche discursive, des groupes politiques écologistes européens motivés autant par la revendication que le goût de gouverner, le chef ne fait visiblement pas le bonheur de tous les membres. Et ce n'est pas pour des raisons idéologiques, indique-t-on dans les coulisses de la formation politique.

Un style qui dérange

Selon quelques militants actifs, l'image du chef actuel mais aussi son approche «trop politicienne» axée sur la dualité et le conflit seraient à l'origine de cette remise en question de son leadership cristallisée aujourd'hui par la décision de Guy Rainville de forcer une course à la chefferie. Cinquante membres l'ont appuyé dans sa démarche, comme le veulent les règles de fonctionnement du parti.

Mais le spécialiste en géothermie et ancien vendeur d'assurances — «assurances invalidité», souligne-t-il — ne veut toutefois pas entrer dans la confrontation. «Je considère ma candidature comme porteuse d'espoir, plutôt que de désespoir», résume M. Rainville qui, depuis 2004, transporte dans les écoles l'art de manger cru à travers un programme baptisé Germe La Vie. Les jeunes y sont encouragés à faire pousser des fèves pour se nourrir.

«J'ai l'intention de faire de la politique autrement. Si je deviens chef, je ferai un travail différent. Plus efficace», ajoute-t-il.

Selon lui, le temps serait en effet venu de «développer le parti autour de ce qu'il a de moins connu», soit le contenu économique, culturel, éducatif et même santé du programme électoral. «Aujourd'hui, nous sommes perçus comme un groupe environnementaliste seulement, mais ce n'est pas le cas, dit-il. Nous sommes la composante d'un mouvement mondial avec un programme complet et crédible. Et il faut en parler.»

Sans aucun doute, les deux candidats à la direction sont sur la même longueur d'onde. Pour le fond, dit on dans les deux camps, mais pas pour la forme. Et c'est certainement ce qui dérange un peu Scott McKay. «Je ne remets pas en question la bonne foi de M. Rainville, lance-t-il. Il fait ce que les statuts et règlements de notre parti lui permettent de faire. C'est l'expression de la démocratie et des différents points de vue. C'est bien. Mais on ne perçoit pas d'enjeux idéologiques patents. Cela ressemble donc à une course déclenchée par quelqu'un qui veut devenir calife à la place du calife.»

Le geste est d'ailleurs regrettable, selon lui, puisqu'il risque de créer au bout du compte des divisions à un moment où le PVQ n'en aurait pas vraiment besoin. En effet, dans les prochaines semaines, Québec doit annoncer la tenue d'une élection partielle dans Bourget. Le gouvernement Charest a jusqu'au 15 avril pour le faire, le tout pour un scrutin fixé dans un cadre temporel qui ne peut dépasser le 19 mai. Scott McKay s'y présente avec un objectif sans équivoque: «envoyer à l'Assemblée nationale le chef des Verts, dit-il. Dans cette perspective, tous les membres du parti devrait chercher à travailler dans ce sens, plutôt que de chercher à se diviser.»

Cette peur de la division, Paul-André Martineau, président de la formation politique, essaye toutefois de ne pas trop y croire. Il estime plutôt que cette course est finalement le fait d'une «vitalité qui prévaut au sein du parti» depuis son renouveau, en mai 2006, qui s'accompagne d'une importante croissance de son effectif. De 300 en 2006, le PVQ est arrivé aujourd'hui à 2000 membres. «Et leurs valeurs sont assez solides, je crois, pour faire en sorte qu'ils ne décident pas de quitter le bateau, peu importe les résultats du vote» et donc l'issue de cette course à la direction, résume-t-il.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 12 février 2008 15 h 11

    Deux partis complets

    Le parti Vert du Québec et Québec solidaire affirment tous les deux être des partis complets touchant l'ensemble des dossiers politiques. Pourquoi deux partis alors ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario