Approvisionnement énergétique - Rabaska rendra le Québec plus dépendant de l'étranger, selon des écologistes

Contrairement à ce que prétendent Québec et ses promoteurs, le projet Rabaska, comme celui de Gros-Cacouna, va fragiliser davantage l'approvisionnement énergétique du Québec en augmentant sa dépendance envers des pays étrangers instables ou susceptibles d'interrompre leurs livraisons pour des raisons politiques, selon ce qu'ont soutenu hier les porte-parole du collectif Stop aux méthaniers.

Au cours d'une conférence de presse tenue à Montréal, ils ont annoncé pouvoir compter sur le renfort de Me Julius Gray pour faire toute la lumière sur ce dossier et, éventuellement, faire invalider les décrets et autorisations accordées par Québec.

Pour Daniel Breton, contrairement au pétrole utilisé dans l'est du Canada, qui provient à 90 % de l'extérieur du pays, comme l'indiquait une étude de l'Université de l'Alberta publiée hier par Le Devoir, le Québec peut compter depuis des années sur l'approvisionnement en gaz naturel de l'Ouest canadien par pipeline.

Mais, soutiennent les écologistes du collectif, l'Ouest a de plus en plus besoin de ce gaz naturel pour extraire à meilleur prix le pétrole de ses sables bitumineux ou pour le vendre directement aux États-Unis. C'est pourquoi, faute de riposte musclée devant l'inaction d'Ottawa, le Québec laisse les promoteurs se tourner vers des approvisionnements en gaz venant notamment de Russie, un pays qui n'a pas hésité, l'hiver dernier, à interrompre ses livraisons à des pays voisins. Ce que Québec présente comme un raffermissement de ses approvisionnements va en fait, soutiennent les écologistes, augmenter sa dépendance envers l'étranger.

En réalité, expliquait Daniel Breton au Devoir, c'est probablement parce que Québec n'ose pas affronter Ottawa et exiger des garanties d'approvisionnement reposant sur les ressources canadiennes, qui primeraient les besoins des États-Unis, qu'il ouvre aussi facilement la porte à des projets comme ceux de Cacouna et de Rabaska.

Quant à Me Gray, il ne se joint pas au collectif pour déposer demain matin des requêtes en nullité visant les décrets accordés par Québec aux deux projets d'importation de gaz.

Globalement, dit-il, il faut créer devant les tribunaux une jurisprudence en environnement aussi novatrice que celle établie par les tribunaux dans les dossiers de droits civils, comme dans le dossier des gais, des droits religieux, des femmes, etc. Il entend dans un premier temps forcer Québec à divulguer toutes les informations dont dispose le gouvernement, que Québec cache encore au public et aux journalistes en utilisant la loi d'accès aux documents publics pour ne pas rendre publics les avis de ses ministères pendant une dizaine d'années. Le Parti québécois et l'ADQ ont réclamé la divulgation de tous les documents sur lesquels Québec s'est appuyé pour approuver les deux projets de port méthanier.

Le Soleil et Radio-Canada ont révélé ces derniers jours que, sur les 10 ministères consultés, ceux de la Culture et de l'Agriculture n'auraient rien produit pour étayer les décrets d'autorisation. Quatre ministères refusent encore de rendre publics leurs avis, dont celui du ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard. Santé Québec a aussi refusé de le faire après avoir jugé le projet «inacceptable sous sa forme actuelle». Mais l'auteur de ce jugement, Guy Sansfaçon, responsable de la santé environnementale, se ravisait en deux paragraphes le 18 septembre dernier sans préciser les raisons de non nouveau jugement de valeur. La lettre a été divulguée par le cabinet du ministre de la Santé et Services sociaux, Philippe Couillard, qui l'a remise aux différents médias, comme Le Devoir, à qui il avait pourtant refusé de dévoiler ce document réclamé l'automne dernier en vertu de la loi autorisant la soustraction des documents gouvernementaux à tout examen public.

Le ministère de la Sécurité publique refuse encore de divulguer son avis, alors que son titulaire, Jacques Chagnon, s'inquiétait à l'époque des risques qu'il faisait courir à la navigation fluviale. Quant au ministère de la Justice, il n'a pas été consulté avant que les poursuites des agriculteurs et de la municipalité de Beaumont ne frappent le projet.

Ces omissions n'ont pas empêché le ministre Béchard d'affirmer que «tous les ministères du gouvernement ont émis des avis favorables» au projet Rabaska.

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