Îlot Voyageur: la nouvelle gare d'autobus pourrait demeurer vide

La nouvelle gare d’autobus risque de demeurer un édifice fantôme, avec au-dessus la structure des résidences étudiantes dont l’avenir demeure incertain. Au sud de l’îlot Voyageur, on aperçoit l’actuel terminus d’autobus, qui devait faire
Photo: Jacques Nadeau La nouvelle gare d’autobus risque de demeurer un édifice fantôme, avec au-dessus la structure des résidences étudiantes dont l’avenir demeure incertain. Au sud de l’îlot Voyageur, on aperçoit l’actuel terminus d’autobus, qui devait faire

Sans lien direct avec le métro, la nouvelle gare d'autobus de l'îlot Voyageur n'a aucun attrait pour les administrateurs de l'actuel terminus, qui remettent en question son déménagement, a appris Le Devoir.

Si le projet immobilier de l'îlot Voyageur n'est pas complété comme le souhaite l'Université du Québec à Montréal (UQAM), la nouvelle gare d'autobus risque donc de demeurer un édifice fantôme. «C'est sûr que déménager dans une gare qui n'est pas connectée au métro, ça ne nous intéresse pas», a affirmé hier Jean Wilson, vice-président des opérations de la Station centrale d'autobus de Montréal.

Cette entreprise est locataire de l'édifice appartenant au promoteur immobilier Busac. Bon an, mal an, ce sont trois millions de voyageurs qui transitent par ce terminus. Une bonne part de ces passagers arrivent ou sortent par la station de métro Berri-UQAM.

La Station centrale d'autobus de Montréal devait déménager ses pénates l'été dernier dans ses nouveaux locaux. La mise en service devait suivre une période de rodage. Mais les révélations sur l'ampleur du dérapage financier de l'UQAM relevant en partie de l'îlot Voyageur ont forcé l'arrêt du projet. «On attend après l'UQAM pour savoir où ils s'en vont et ce qu'ils vont faire avec le projet. C'est pas nous qui avons le problème. [...] Ça se passe entre Busac et l'UQAM. On n'a pas grand contrôle là-dessus. On est juste la victime de tout ça pour l'instant», a fait valoir Jean Wilson.

Selon le plan original, la Station centrale d'autobus changeait d'adresse, après quoi les travaux de démolition de l'actuel terminus auraient fait de la place pour une tour à bureaux et une nouvelle faculté pour l'UQAM. De façon simultanée, un nouveau couloir reliant la station de métro Berri-UQAM et la nouvelle gare d'autobus aurait été construit.

Le président de Busac, Michel Couillard, reconnaît que le terminus d'autobus doit être relié au réseau souterrain de métro pour être viable. Mais, selon lui, il ne s'agit que d'un retard dans la relocalisation des services d'autobus. «Il y avait certaines conditions préalables qui devaient être remplies: des commerces et le lien du métro, qui est une condition essentielle. [...] Il va falloir trouver une solution pour remplir les conditions ou les modifier si on ne veut pas les remplir», a indiqué M. Couillard.

Mais il y a un hic. La solution doit passer par des pourparlers entre Busac et l'UQAM, tous deux partenaires dans le projet immobilier de l'îlot Voyageur. Or les négociations sont au point mort, selon Busac. «Il n'y a pas trop de négociations qui avancent présentement», a confirmé Michel Couillard.

Hier, à l'UQAM, on se bornait à invoquer l'entente de confidentialité avec Busac pour ne faire aucun commentaire. Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, on s'est limité à dire qu'«on suit de très près l'évolution du dossier».

Chose certaine, l'UQAM tente de faire modifier les termes du contrat la liant à Busac. L'université a fait appel à Lucien Bouchard comme négociateur, qui peine vraisemblablement à remplir son mandat. La direction de l'UQAM ne cache plus depuis le printemps dernier sa volonté de remettre en question la construction de la tour à bureaux et les résidences étudiantes de l'îlot Voyageur.

Ce projet devait compter cinq constructions. Deux d'entre elles sont financées par l'UQAM: 600 places de stationnement souterrain (complétées) et des résidences étudiantes dont il n'existe que le squelette. Les trois autres composantes de l'îlot Voyageur sont la responsabilité de Busac: une tour à bureaux, un pavillon universitaire et le terminus d'autobus (complété).

L'ensemble devait s'autofinancer, mais dans les faits il y a eu une surévaluation des revenus et une sous-évaluation des coûts. Le montage financier a été fait par Busac. L'emprunt de 269 millions était entièrement garanti par l'UQAM. En fait, il y a eu une émission d'actions de 269 millions pour soutenir le projet de l'îlot Voyageur en avril 2006. Aussitôt, le ministère des Finances du Québec a acheté l'ensemble des actions afin d'éviter les perturbations sur les marchés financiers et, surtout, de protéger la capacité d'emprunt du gouvernement.

L'îlot Voyageur a grevé le budget de fonctionnement de l'UQAM, qui était déjà aux prises avec un problème financier de 100 millions de dollars lié à l'autre projet immobilier, le Complexe des sciences. Globalement, l'endettement de l'UQAM dû à ses projets immobiliers s'accroît rapidement et atteindra près de 500 millions en 2012.

Pour tenter de résorber le problème, la ministre de l'Éducation a annoncé en août dernier que le gouvernement assumera l'impact financier de l'îlot Voyageur. Mais d'ici là, Busac et l'UQAM doivent s'entendre afin de permettre au gouvernement de trouver un nouveau promoteur qui reprendrait le projet en main.
3 commentaires
  • Valdor Lagacé-Gallant - Inscrit 30 janvier 2008 08 h 17

    Ça va mal, donc ça va bien !

    Nous vivons à l'époque des voleurs. Des grands voleurs.

    Nous réalisons que nos structures s'affaissent et que leurs dirigeants nous démontrent leurs incompétences.

    Les politiciens s'en mêlant, on se retrouve avec de la corruption et des retours d'ascenseurs pleins de cravatés et de blousées contrôlés à distance.

    Ça va mal,on ne peut le nier.

    Ça va bien, parce que nous sommes conscients que ça va mal.

    L'Homme,ce dieu incarné,insconscient de sa grandeur,est bien ancré dans ses habitudes.

    Valdor Lagacé-Gallant

  • Claude Stordeur - Inscrit 31 janvier 2008 09 h 57

    Encore une inepsie du système

    Laisser cet investissement sans le compléter au plus vite est une farce de gens qui ne sont encore une fois pas imputable. Tout comme cet administrateur de l'UQAM, les sous ministres qui ne complète pas ce plan au plus vite, jette tout les fonds déjà investi par la fenêtre... Notre argent, pas celui de leur paye, cas ne trainerait pas certain...

  • Guy Fafard - Inscrit 1 février 2008 10 h 17

    Un pseudo-administrateur

    Mots clés: "Busac, Îlot Voyageur, Construction, Université, Montréal".

    Un bon administrateur doit évaluer les revenus / dépenses pour établir la période de repaiement sur l'investissement. L'erreur étant humaine, il peut se tromper d'une année à trois années, c'est est acceptable (si la période initiale est basée sur idéalement cinq ans). Quand le constructeur oblitère le projet d'un raccordements intermodals aussi importants que celui requis entre le Métro et le terminus d'autobus, celà détruit toute l'estimation et remet la base du projet en question. L'incompétence n'est plus à démontrer.