Dumont engage Charest à se jeter dans le débat constitutionnel

Québec — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, juge que la Constitution canadienne est mûre pour être rouverte prochainement et accuse le premier ministre Jean Charest de regarder le train passer.

«La Constitution est sur le point d'être rouverte», a affirmé Mario Dumont lors d'une conférence de presse portant sur la rencontre entre le premier ministre Stephen Harper et ses homologues provinciaux, demain à Ottawa.

«Les conditions d'une réouverture de l'enjeu constitutionnel sont toutes là, puis le gouvernement du Québec est assis dans le dernier banc de l'autobus plutôt que d'être assis dans des positions de leadership», a lancé le chef de l'opposition officielle d'un ton accusateur.

Selon M. Dumont, la nécessité d'entamer une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles provient de la volonté de Stephen Harper de réformer le Sénat, de reconnaître le Québec comme nation dans la Constitution et d'encadrer le pouvoir fédéral de dépenser.

Le chef adéquiste a fait référence à une entrevue de fin d'année dans laquelle M. Harper a exprimé le souhait d'enchâsser dans la Constitution la résolution, adoptée à la Chambre des communes, qui reconnaît que les Québécois forment une nation . Dès que «le terrain sera fertile», avait précisé M. Harper.

«Comme Québécois, c'est une ouverture dont on doit se réjouir», estime M. Dumont. Or «ça replace Jean Charest dans sa traditionnelle position épouvantable où le gouvernement fédéral en offre plus que le gouvernement du Québec en demande». Rappelons qu'en 1996, Mario Dumont avait proposé un moratoire d'une décennie sur tout débat constitutionnel ou linguistique.

Des attentes élevées

En ce qui a trait au dîner qui réunira demain les premiers ministres au 24, promenade Sussex, Mario Dumont a rappelé que M. Charest avait exigé à l'automne la tenue d'une conférence fédérale-provinciale sur la force du dollar et qu'il n'a obtenu qu'«un souper». Le chef adéquiste, qui souhaite l'abolition du Conseil de la fédération, préconise la tenue de conférences fédérales-provinciales statutaires et annuelles dont les ordres du jour seraient fixés conjointement.

Quoi qu'il en soit, M. Dumont a souligné que ses attentes sont «extrêmement élevées» à propos de cette rencontre, la première à survenir entre Stephen Harper et ses homologues provinciaux depuis l'élection des conservateurs, il y a presque deux ans.

Cette rencontre devrait exclusivement porter sur les enjeux d'ordre économique, a avancé M. Dumont. Dans un premier temps, Stephen Harper annoncera aujourd'hui une aide particulière à l'industrie forestière, et le chiffre de 500 millions a circulé. Le chef adéquiste estime que le Québec doit obtenir le tiers de cette somme, ce qui correspond à la proportion d'emplois dans l'industrie forestière au Québec par rapport à l'ensemble canadien. Puis, à l'occasion du prochain budget fédéral, M. Harper doit apporter une aide substantielle au secteur manufacturier éprouvé par la force du dollar canadien et investir encore davantage dans les infrastructures, principalement en transports en commun, a fait valoir M. Dumont.

En outre, Mario Dumont estime que Jean Charest doit cesser d'affirmer que le déséquilibre fiscal est entièrement réglé. Ainsi, le chef adéquiste a insisté pour que le Québec réclame un rehaussement du financement fédéral de l'éducation post-secondaire, soit une somme de 500 millions.

Un exercice à la sauvette

À Ottawa, le chef libéral Stéphane Dion estime que rien de bien substantiel ne pourra émerger de cette rencontre des premiers ministres. Il a reproché à M. Harper de tenir un exercice à la sauvette. Il l'a accusé d'avoir bien peu de considération pour le fonctionnement de la fédération canadienne.

Le chef libéral estime donc que le premier ministre Harper aurait dû travailler avec ses homologues de l'Ontario et du Québec pour mettre sur pied un plan d'aide destiné au secteur manufacturier. M. Dion a aussi reproché à M. Harper de ne pas avoir collaboré avec les provinces qui ont déjà lancé des plans d'aide pour l'industrie forestière.

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Avec la Presse canadienne