Un premier député souverainiste ferait le saut avec l'ADQ - Pierre Brien discute de son avenir politique avec Mario Dumont

Ottawa — Le député bloquiste Pierre Brien réfléchit bel et bien à son avenir sur la scène fédérale, mais refuse toujours de confirmer qu'il songe faire le saut dans l'arène provinciale sous la bannière de l'Action démocratique, et ce, même s'il a rencontré le chef adéquiste pendant plus d'une heure hier pour en discuter.

Mario Dumont et lui se sont en effet vus hier matin. «Il y a eu une rencontre d'environ une heure, et il y a de l'intérêt de part et d'autre. Mais on ne peut rien confirmer ou annoncer pour le moment», a déclaré au Devoir, l'attaché de presse de M. Dumont, Jean-Luc Benoît. Il a ajouté que l'organisation adéquiste et M. Brien avaient déjà eu quelques contacts en vue d'une candidature dans la région de l'Abitibi. L'ADQ attend d'ailleurs une réponse au cours «des prochaines semaines», a précisé M. Benoît.

En soirée, alors que l'ADQ inaugurait ses nouveaux bureaux dans le Vieux-Montréal, le ton était déjà plus affirmatif. M. Dumont a d'ailleurs salué les connaissances de M. Brien en matière économique. Il a également affirmé que le député bloquiste n'aurait pas à renoncer à ses convictions souverainistes pour faire le saut à l'ADQ. «Les gens qui adhèrent à l'ADQ, ceux qui vont avoir la passion pour être candidats à l'ADQ lors des prochaines élections, ne seront pas des gens dont l'obsession sera d'ordre constitutionnel. [...] C'est sûrement compatible, comme pour quelques centaines de milliers de citoyens au Québec qui sont nationalistes, qui ont une vision de l'affirmation du Québec.» Quelques minutes plus tôt, devant des militants adéquistes, M. Dumont s'est félicité d'avoir sorti le Québec de ses ornières constitutionnelles au cours de 2002.

M. Brien, lui, a préféré éviter les médias. Il a refusé d'accorder des entrevues et s'est contenté d'émettre un communiqué de quelques lignes. «La semaine dernière, j'ai rencontré le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et je lui ai fait part de ma réflexion, une réflexion qui d'ailleurs n'est pas encore terminée», s'est-t-il borné à déclarer.

Au bureau de Gilles Duceppe, on disait n'avoir aucun commentaire à faire. «Nous attendons qu'il ait terminé sa réflexion», s'est contenté de dire le porte-parole Philippe Gagnon.

S'il partait, ce serait un dur coup pour le Bloc, car M. Brien est considéré, à 32 ans et après neuf ans passés à Ottawa, comme un des députés-vedettes de la formation. Il serait aussi le troisième bloquiste en moins d'un an à quitter Ottawa pour tenter sa chance à Québec. Les députés Stéphan Tremblay et Michel Bellehumeur s'y sont essayés, mais seul M. Tremblay y est parvenu. Le Bloc a toutefois réussi à faire élire leurs successeurs lors des élections partielles du 9 décembre dernier dans Lac-Saint-Jean-Saguenay et Berthier-Montcalm.

Pressenti par le Parti québécois pour prendre la relève du député péquiste François Gendron, dans la circonscription provinciale d'Abitibi-Ouest, M. Brien est courtisé depuis quelque temps par l'ADQ. Cet automne, le vice-président du parti, Éric Duhaime, et un ancien adjoint parlementaire du député, Martin Bergeron, sont allés en Abitibi-Témiscamingue pour vérifier s'il était possible de recruter M. Brien et pour tester la réaction sur le terrain.

De la vingtaine de rencontres avec des représentants de l'élite locale, M. Duhaime est revenu avec un bilan encourageant. «La réception a été extrêmement positive», dit-il, y compris parmi des souverainistes et d'anciens adversaires politiques du député.

Le flirt de M. Brien avec l'ADQ pourrait, à première vue, surprendre puisque le Bloc est davantage identifié à la gauche du spectre politique. Pierre Brien est toutefois un député qualifié de conservateur au sein du Bloc et M. Duhaime, qui a travaillé au Bloc avant de rejoindre l'Alliance canadienne et enfin l'ADQ, l'avait constaté. Le passage de M. Brien à l'ADQ serait, selon lui, un «cheminement normal». M. Duhaime se disait confiant hier.

Le député bloquiste Paul Crête, qui ignore ce que fera son collègue, a aussi confié au Devoir que M. Brien et lui ont souvent eu l'occasion de constater leurs différences de vue sur des dossiers touchant, entre autres, la redistribution de la richesse.

Ils se sont d'ailleurs amusés, à l'occasion, à dire qu'ensemble, ils pourraient écrire un livre qui illustrerait la diversité d'opinions des bloquistes. «Pierre aurait écrit la partie expliquant pourquoi la droite a raison et moi, celle expliquant pourquoi la gauche, elle, a raison. Nous sommes, dans le fond, deux exemples de l'arc-en-ciel qu'est le Bloc québécois avec un lien commun qui est la souveraineté», de raconter M. Crête. Cette conviction souverainiste lui fait d'ailleurs dire que M. Brien vivrait une sérieuse désillusion s'il rejoignait l'ADQ, surtout après le discours fait par Mario Dumont à Toronto.

M. Crête, quant à lui, ne songe pas à faire le saut sur la scène provinciale, peu importe les rumeurs qui circulent à intervalles réguliers à son sujet.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque