Courchesne lance une réflexion sur la démocratie scolaire

Le taux de participation aux élections scolaires n’a été que de 7,7 %.
Photo: Pascal Ratthé Le taux de participation aux élections scolaires n’a été que de 7,7 %.

Au lendemain des élections scolaires qui ont encore une fois été boudées par les électeurs, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a annoncé un chantier de réflexion sur la démocratie scolaire. L'initiative n'impressionne guère l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui presse le gouvernement d'abolir dès maintenant cette structure décisionnelle.

Seulement 7,7 % des électeurs se sont rendus aux urnes pour élire 413 des quelque 1305 commissaires scolaires, les autres ayant déjà été élus par acclamation faute d'opposition. En comparaison, le taux avait été de 8,4 % en 2003 et de 15,4 % en 1998.

Qu'à cela ne tienne, la ministre de l'Éducation ne se rend pas pour autant aux arguments de l'ADQ et entame plutôt un processus de réflexion pour «assurer la meilleure représentativité des élus scolaires». Le principe même d'élus scolaires n'est pas remis en cause, mais on refuse pour l'instant à son cabinet de préciser si l'on remet en question celui du suffrage universel. «On n'abolit pas un réseau de cette ampleur et de cette qualité parce que la participation aux élections diminue. Sachons pourquoi elle diminue et apportons les correctifs», a déclaré Mme Courchesne en entrevue à RDI. La ministre n'a pas expliqué outre mesure la façon dont sera menée cette réflexion, mais on sait d'ores et déjà que l'on interpellera plusieurs intervenants, dont ceux du monde municipal.

Le taux de participation de 7,7 % cache des réalités régionales très variées. Très faible dans les zones urbaines, la participation est cependant beaucoup plus forte en milieu rural. C'est dans la grande région de Montréal que les taux de participation ont été les plus bas, avec 3,9 % à la Commission scolaire de Montréal, et 3,4 % à celle de Marguerite-Bourgeoys. La palme du plus faible taux revient cependant à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (Saint-Jérôme), où seulement 3 % des électeurs se sont rendus aux urnes. Dans la région de Québec, les taux oscillaient entre 5 % et 7 %.

Le plus haut taux de participation a été constaté dans la région de Chaudière-Appalaches, où 38,7 % des citoyens ont élu leurs représentants à la Commission scolaire des Appalaches. Le taux de participation a également atteint les 33 % à la Commission scolaire de la Baie-James ainsi qu'à celle de Charlevoix. Notons par ailleurs qu'une commission scolaire a dû reporter le scrutin sur la Côte-Nord, en raison d'une panne d'électricité.

L'ADQ prône l'abolition

Partisan de l'abolition des commissions scolaires, le parti de Mario Dumont a réitéré hier sa volonté de mettre la hache dans cette structure décisionnelle. «La population a été claire: les gens jugent cette structure complètement désuète. Les résultat d'hier sont anémiques», a déclaré le porte-parole adéquiste en matière d'éducation, François Desrochers, sommant la ministre d'enclencher dès maintenant le processus d'abolition des commissions scolaires.

M. Desrochers a réfuté les récentes rumeurs voulant que son parti ait mis une croix sur sa volonté d'abolir ces structures: «C'était clair en campagne, c'est clair dans le programme et c'est clair dans le caucus.» Au contraire, il martèle que l'abolition des commissions scolaires générerait des économies qui pourraient être redistribuées directement aux écoles, alors que les municipalités prendraient en charge l'entretien des immeubles.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a quant à elle remis ses propositions en avant pour revaloriser la démocratie scolaire, présentée au printemps dernier sans qu'il y ait de suite de la part de Québec. Tenue des élections scolaires en même temps que les élections municipales, augmentation du salaire des commissaires, décentralisation de pouvoirs de Québec vers les commissions scolaires, reconnaissance d'équipes électorales permanentes, voilà autant de pistes qui pourraient, selon le président de la FCSQ, André Caron, redonner du lustre à la démocratie scolaire. Sans nommer l'ADQ directement, M. Caron met en garde contre «les solutions simplistes et réductrices qui, en bout de ligne, vont coûter plus cher aux contribuables et mettre en péril un des meilleurs systèmes d'éduction au monde».

Notons que le taux de participation s'est accru significativement dans les commissions scolaires anglophones, passant de 14,6 % en 2003 à 16,7 % hier. L'Association des commissions scolaires anglophones (ACSAQ) y voit les fruits d'une importante campagne d'information et le signe d'un grand attachement des anglophones au «seul palier de gouvernement qu'elle élit directement».