Immigration: le couperet tombe à Québec

En effet, les fonctionnaires du Trésor ont prévenu récemment leurs collègues du ministère de l'Immigration qu'ils devaient utiliser les freins d'urgence: trop d'embauches ont été faites au cours des derniers mois, notamment du côté des programmes de francisation.

Pour rétablir l'équilibre, il faut remercier des employés. Compte tenu du fait que la moitié de l'année financière est déjà passée, la commande a donc été de doubler l'effort.

Le ministère a procédé à 32 mises à pied d'employés occasionnels, dont 5 dans la haute direction, 9 dans le secteur de l'intégration et 18 en immigration (services de sélection et traitement des dossiers, par exemple). Vingt et une des 32 mises à pied concernent des contrats écourtés; les onze autres sont des contrats non renouvelés. Aucun poste permanent n'a été touché.

S'ajoute à ces pertes d'emplois l'application administrative du plan de réduction de la taille de l'État décrété en 2004 par le gouvernement libéral. Ainsi, 51 postes vacants n'ont pas été pourvus cette année, 22 départs à la retraite ont laissé autant de chaises vides et 9 employées en congé de maternité n'ont pas été remplacées.

Malgré ces compressions importantes en plein débat sur les accommodements raisonnables, l'immigration et l'identité québécoise, le cabinet de la ministre de l'Immigration, Yolande James, soutient qu'il n'y a que très peu d'impacts sur les services directs à la clientèle immigrante.

«Dans certains cas, il peut y avoir des réaménagements mineurs des horaires de prestation de services, donc les heures d'ouvertures de bureaux. Mais ce n'est vraiment pas significatif», a fait valoir l'attaché de presse de la ministre James, Bruno-Serge Boucher. Ce dernier ajoute que le ministère estime être capable d'absorber les compressions sans que les clients en souffrent.

Les informations obtenues par Le Devoir tendent plutôt à démontrer que les différents services (sélection, francisation et intégration) dont bénéficient les nouveaux arrivants sont dans le collimateur. Au sein du MICC, on craint que les délais pour rencontrer les immigrants ne soient allongés, ralentissant d'autant leur intégration.

Chose certaine, le choix du gouvernement libéral de hausser annuellement le nombre d'immigrants de 45 000 à 55 000 nécessitera des ressources supplémentaires au sein du MICC. Il en va de même pour le scénario qui est présentement à l'étude au Trésor et à l'Immigration concernant la gestion des fonds fédéraux destinés à l'intégration des immigrants.

Chaque année depuis 1992, le gouvernement fédéral verse au Québec, en vertu de l'Accord Canada-Québec sur l'immigration, une compensation financière qui atteindra 224 millions en 2007-2008 (selon Québec, il s'agit plutôt de 189 millions, ce qui s'explique par des différences sur la période de calcul).

Or, une large part de ces sommes n'est jamais utilisée pour l'intégration des immigrants et est donc retournée au Fonds consolidé du revenu du Québec, soit la grande tirelire de l'État. La situation, déjà connue, a pris une ampleur nouvelle récemment dans la foulée de la commission Bouchard-Taylor, mais également lors de la commission parlementaire où les niveaux d'immigration pour les prochaines années ont fait l'objet de discussions le mois dernier. Pour corriger le tir, le gouvernement analyse la possibilité de verser la totalité de l'enveloppe fédérale au ministère de l'Immigration qui redistribuerait à la Santé, à l'Éducation ainsi qu'à Emploi-Québec les fonds nécessaires pour couvrir les programmes destinés à l'intégration des immigrants. D'autres hypothèses de travail pourraient être envisagées.

Tous ces changements entraîneront une demande supplémentaire de ressources au sein du ministère de l'Immigration. Bruno-Serge Boucher en convient. «Le ministère fera face à des défis importants dans les prochaines années avec la hausse du nombre d'immigrants. Et ça prend du monde pour sélectionner du monde», a-t-il reconnu. Des discussions sont en cours avec le Trésor pour tenter d'inverser la tendance, a ajouté M. Boucher.

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