Structures routières - Québec déroule les milliards

Comme aux États: les ponts et viaducs du réseau routier québécois devraient subir d'ici 15 ans un véritable lifting qui leur permettra de soutenir une comparaison avec les «meilleurs États américains», souhaite le gouvernement Charest. Qui plus est, cela se fera sans péage, du moins dans l'immédiat.

C'est la promesse qu'a faite hier la ministre des Transports, Julie Boulet, en présentant la réponse du gouvernement au rapport de la commission Johnson. En 2022, Québec veut ainsi avoir 80 % de ses structures en «bon état» (contre 53 % à l'heure actuelle) et 83 % de ses chaussées bien déroulées.

Pour y parvenir, le gouvernement propose une réforme en profondeur de toute la manière de gérer et d'entretenir le réseau routier québécois et ses structures.

Le vaste programme présenté hier matin prévoit donc un plan de redressement du réseau routier, la création d'une agence indépendante du ministère des Transports (MTQ) qui assurera l'entretien et la remise en état des structures, des modifications majeures des pratiques en matière de gestion des structures et l'établissement d'un réseau d'information qui permettra aux citoyens et aux ingénieurs de suivre à la trace l'état de santé des structures sur lesquelles ils circulent quotidiennement.

«Nous voulons faire du renouvellement des infrastructures routières du Québec une priorité nationale», a lancé Mme Boulet. Elle répondait ainsi à une des demandes faites la veille par Pierre Marc Johnson dans son rapport d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde. Plus largement, la ministre estime que le gouvernement donne suite à toutes les recommandations de la commission d'enquête portant sur la gestion des structures.

Financement

Au cours des quatre prochaines années, le gouvernement investira 11,6 milliards dans ce chantier de rénovation. Cette somme fait partie de l'enveloppe de 30 milliards d'investissement dans les infrastructures de la province. Le plan quinquennal 2007-12 a été dévoilé la semaine dernière par le premier ministre Charest.

De ce montant, 3,5 milliards seront consacrés à la conservation des structures (29 %) et 2,9 milliards à celle des chaussées (25 %). Un peu plus de 1,7 milliard ira à l'amélioration fonctionnelle du réseau (sécurité générale, configuration à refaire, élargissement de voie), alors que quelque deux milliards seront réservés pour le développement de grands projets (nouvelles routes). Le reste (1,2 milliard) n'a pas encore été ventilé, mais il concerne notamment la préparation interne et l'encadrement des projets.

Concrètement, le gouvernement pensait investir l'an prochain 444 millions pour entretenir les structures de son réseau: l'enveloppe sera gonflée à 670 millions. Elle augmentera chaque année pour atteindre plus d'un milliard en 2011: c'est deux fois plus que ce que M. Johnson demandait avant-hier.

Beaucoup d'argent, donc. Mais, foi de Julie Boulet, ces dollars ne seront pas obtenus en imposant des péages. «C'est du financement traditionnel», a-t-elle assuré en parlant des 11,6 milliards. Elle a toutefois rappelé que sa collègue des Finances étudie actuellement cette question: la participation du privé et des utilisateurs au financement de ces chantiers n'est donc pas exclue à long terme.

Nouvelle agence

Le gouvernement a aussi accepté l'idée de sortir le MTQ — fortement écorché dans le rapport Johnson — de la gestion des structures du réseau. C'est l'agence qu'entend créer Québec qui s'occupera dorénavant de tout ce secteur, avec la mission précise «d'assurer la remise en état des structures et d'en assurer la pérennité».

Spécialisée, «elle veillera à l'inspection, à l'entretien et au remplacement, en plus de gérer la construction des structures», a indiqué la ministre Boulet. Le MTQ conservera pour sa part la responsabilité du réseau routier.

Indépendante du gouvernement, l'agence (dont les premiers employés proviendront du ministère) aura la responsabilité de quelque 9400 structures. Cela comprend les 5000 dont s'occupait déjà le ministère et 4400 qui étaient depuis 1993 sous la responsabilité des petites municipalités de moins de 100 000 habitants.

Le gouvernement a décidé de mettre fin à ce système, qui n'a jamais fonctionné et qui était décrié par tout le monde municipal (voir autre texte).

La création de l'agence de surveillance fait partie d'une refonte majeure des pratiques liées à la gestion des structures. «Nous voulons développer de nouvelles méthodes pour faire plus et mieux», a expliqué Julie Boulet. Ce qui veut notamment dire: intensifier le programme d'inspection des structures les plus déficientes, améliorer tout le processus de surveillance des chantiers, créer une sorte de dossier médical comprenant tout l'historique d'une structure et offrir aux patrouilleurs routiers une meilleure formation et l'accès en tout temps à un ingénieur.

Aussi, certaines pratiques techniques seront changées: plus question d'avoir du béton de qualité moyenne pour des ouvrages névralgiques. Et plus question non plus de simplement donner des contrats au plus bas soumissionnaire. On veut de la qualité partout.

Tout ceci dans le but de «redonner à la population confiance dans ses infrastructures et les institutions qui les gère», selon Mme Boulet. Une confiance passablement ébranlée, non seulement par l'effondrement du viaduc de la Concorde, mais aussi par la détérioration avancée de l'ensemble du réseau.
4 commentaires
  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 19 octobre 2007 23 h 08

    Sauve qui peut

    Madame Boulet l'a dit: pas de péages (trop dangereux électoralement?).

    Alors, d'ou viendra l'argent? Les investissements requis représenteront, une fois intégrés les dépassements de coûts habituels, plus d'une année de recette fiscale de la province. D'autre part on sait qu'il seront en grande partie absorbés par la remise en état des infrastructures existantes, et que nos routes nous coutent 60% plus cher qu'aux voisins ontariens. Leur rendement sera donc nécessairement marginal, les routes ça ne produit pas d'électricité, ça en consomme, et à part une manne temporaire pour les entrepreneurs de travaux public (et quelques juteux pots de vin), difficile donc de comprendre comment ce financement servira à améliorer sur le long terme la productivité de l'économie québécoise, déja léthargique.

    C'est de surcroit autant de moins qui sera disponible pour préparer notre industrie à affronter la concurrence internationale. Donc, on continuera à creuser le trou en chantant, de plus en plus profond la dette, de plus en plus faible la capacité à la financer.

    Ça regarde vraiment pas bien: contribuables québécois, il est minuit moins cinq, sauve qui peut!

  • Gilles Bousquet - Inscrit 20 octobre 2007 10 h 34

    Pas "dérouler"..."emprunter" les milliards

    Il n'est pas exact d'écrire que Québec déroule les milliards. Faudrait écrire que le Québec emprunte les milliards. Ce sont les intérêts sur la dette augmentée qui vont rouler à moins que M. Charest recule encore bip...bip...bip...attention en arrière, en cancellant la baisse d'impôt de 950 millions de beaux dollars canadiens, consentis aux riches Québécois, qui l'a aidé à gagner ses dernières élections.

    Il est maintenant plus payant de prêter de l'argent à notre gouvernement qu'à lui poser du ciment en prenant son temps.

  • Florence Pagé - Inscrite 20 octobre 2007 10 h 52

    Et tout le monde est content

    Des routes comme aux États. Voilà ce que les gens réclament et ce que le gouvernement lui cède. 11.6 milliards en 4 ans. Sans péage en plus! Et tout le monde se réjouit.

    Mais regarder le revers de la médaille. Le gourvernement Charest a dégelé les frais de scolarité cet automne et poursuivra ce dégel jusqu'à atteindre une augmentation de 30% des frais. Décidemment, ce que les gens veulent au Québec, c'est un système américain : de belles routes, une belle parure, mais sans mesure sociale. Du privé en santé, des frais de scolarité sans cesse à la hausse, mais de belles belles routes.

    Continuez de crier pour avoir votre beau bitume noir tout neuf, je vais aller voir ailleurs si les gens ont de meilleures valeurs.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 20 octobre 2007 15 h 26

    @ Florence Pagé

    Mme. Florence Pagé écrit : «Continuez de crier pour avoir votre beau bitume noir tout neuf, je vais aller voir ailleurs si les gens ont de meilleures valeurs.»

    Ce n'est pas la peine d'aller voir ailleurs, sauf dans quelques couvents qui demeurent encore. De plus, pour aller voir, faudra passer sur le beau bitume noir tout neuf de notre bon "gouwernement" avec lequel il tente de gagner ses prochaines élections.

    De nos jours, c'est l'argent qui est roi un peu partout sur la terre même aux États-Unis où la plus importante église prône la richesse comme valeur ultime de bénédiction du Seigneur. alors ils peuvent chanter PRAISE THE LORD, ALLELUIA !