Les députés devront se contenter de leur indemnité de transition actuelle

Québec - Le moment semble mal choisi, à la veille d'un rendez-vous électoral, de revoir à la hausse l'indemnité de départ offerte aux députés qui ne réussiront pas à se faire réélire ou choisiront de tirer un trait sur leur carrière politique.

L'idée qui circulait parmi certains députés de l'Assemblée nationale semble donc avoir été tuée dans l'oeuf, hier, et c'est la vice-première ministre qui a mis un terme aux discussions.

«Je pense que les députés travaillent fort. Il y a actuellement des discussions qui ont cours sur ces questions. Je suis aussi députée et je peux vous dire que je suis en désaccord à ce qu'on double les indemnités des députés», a dit Pauline Marois, qui juge suffisants les avantages offerts présentement aux députés en cas de défaite ou de retraite.

Un sous-comité parlementaire chargé d'examiner les conditions de travail des députés et présidé par le député péquiste de Marguerite-D'Youville, François Beaulne, demande aux caucus des différents partis représentés à l'Assemblée nationale d'examiner la pertinence de faire passer de 12 à 24 mois l'allocation versée aux députés défaits, de manière à leur laisser le temps nécessaire pour réorienter leur carrière.

Le député péquiste de Johnson, Claude Boucher, fait partie de ceux qui — comme Mme Marois — jugent que c'est une mauvaise idée, qui arrive au mauvais moment. «Quand t'as fait le tour de ton comté, comme je l'ai fait cet automne, alors que j'ai rencontré 600 personnes au cours de 23 rencontres, tu comprends que les gens ne sont pas favorables à cette proposition-là. Ce que nous avons actuellement est raisonnable. C'est pas le moment opportun du tout pour amener une telle mesure, à la veille d'une élection. Je vais m'opposer à ça au caucus», a-t-il annoncé.

Les caucus péquiste et libéral ne se sont pas encore prononcés officiellement sur la question, contrairement à celui de l'Action démocratique, composé de cinq députés. La députée adéquiste de Berthier, Marie Grégoire, a révélé que son parti n'était pas favorable à ce projet et qu'il s'y opposerait. «Ce n'est pas le moment de changer les règles du jeu, à la veille d'une élection», a-t-elle dit.

Une initiative libérale

C'est le député libéral de Papineau, Norman MacMillan, qui avait lancé cette idée, au sein du sous-comité. Il a fait valoir, lors d'un point de presse, que son geste était motivé par le fait que quatre de ses ex-collègues s'étaient retrouvés au chômage forcé, lors du scrutin de 1994, et n'avaient toujours pas trouvé d'emploi deux ans après leur défaite. «Ces gars-là, ça faisait huit ans qu'ils étaient à l'Assemblée nationale», a-t-il dit, précisant que seulement une trentaine des 125 députés — les plus anciens, ayant cumulé trois mandats ou plus — pourraient avoir accès à deux ans de salaire en vertu des changements envisagés. Les autres auraient droit à deux mois de salaire par année de service. Ainsi, un député ayant été élu en 1994 pourrait recevoir une allocation équivalant à 16 mois de salaire, au lieu des 12 mois prévus actuellement.

Comme le caucus de l'ADQ se montre réfractaire d'emblée à cette idée, tout indique qu'elle s'éteindra avant même d'avoir été examinée sérieusement par les élus des autres partis, a convenu M. MacMillan.

Un député de l'Assemblée nationale reçoit un salaire annuel de 77 000 $ et, s'il est promu ministre, il voit son salaire grimper à 135 000 $. Les élus ne sont pas admissibles à l'assurance-emploi.