Montréal Mode - Le gouvernement a fermé les yeux sur les problèmes, accusent les libéraux

Québec - Québec a été informé à plusieurs reprises des problèmes de gestion chez Montréal Mode mais n'a jamais enquêté là-dessus avant cette semaine, ont avancé hier des députés du Parti libéral du Québec.

Ils ont fait valoir que deux notes de service de fonctionnaires, transmises en septembre 1999 et en février 2000, avaient informé l'ex-ministre de l'Industrie et du Commerce, Guy Julien, de problèmes dans l'administration des affaires courantes chez Montréal Mode. L'une de ces notes évoque d'ailleurs «l'apparence de conflit d'intérêts structurel à Montréal Mode».

Les libéraux ont fait valoir que ces deux notes de service avaient été portées à la connaissance de M. Julien avant que celui-ci ne rencontre le couturier Jean-Claude Poitras, le 27 juin 2000. Mais M. Julien a invoqué le contenu de ces notes pour affirmer que sa rencontre avec M. Poitras ne lui avait pas permis de conclure à autre chose qu'à des problèmes de communication, de clarification de mandat de Montréal Mode et de relations d'affaires.

«Comment l'ex-ministre de l'Industrie et du Commerce peut-il se réfugier, dans ses réponses, dans des notes qui sont antérieures à la réunion? a demandé le député Pierre Paradis. Qu'est-ce qui s'est passé à la réunion, quel suivi y avez-vous donné? Il y a plus de 30 millions de l'argent des contribuables, des fonds publics, qui ont été gaspillés parce que le gouvernement n'est pas intervenu, vous avez une responsabilité.»

Guy Julien a répliqué que «la rencontre qu['il a] eue avec M. Poitras portait sur un problème de relations d'affaires avec Montréal Mode». «C'est ça le problème qu'il m'a soumis, a-t-il ajouté. Je ne peux pas dire autre chose que ça. C'est ça qui s'est passé.» En ce qui a trait au fait que les notes de fonctionnaires soient antérieures à sa rencontre, M. Julien a déclaré: «J'étais déjà sensibilisé à la problématique, c'est ça que ça veut dire. Mais ça change quoi aux faits?»

Les libéraux ont ensuite rappelé que, quelques semaines après la rencontre de M. Julien avec le couturier québécois, soit en juillet 2000, des articles de l'hebdomadaire Les Affaires ont fait état d'un certain nombre de pratiques douteuses ayant cours chez Montréal Mode. La firme de vérificateurs externes Richter et associés a d'ailleurs refusé de signer les états financiers de la société, cette année-là, en raison de pièces manquantes.

Or le premier ministre Bernard Landry — qui était à l'époque ministre des Finances — aurait à son tour eu une rencontre sur le sujet de Montréal Mode, en septembre 2000, affirme l'opposition libérale. M. Landry était absent de l'Assemblée nationale hier, il n'a donc pas été possible de savoir avec qui il se serait entretenu et quels sujets auraient été abordés.

La libérale Monique Gagnon-Tremblay a demandé à la ministre des Finances, Pauline Marois, si elle avait l'intention de demander à la vérificatrice générale de questionner le gouvernement sur ses propres agissements, plaidant que «deux ans se sont écoulés avant qu'on agisse».

Mme Marois a paru irritée, lançant que Mme Gagnon-Tremblay «tire des conclusions avant que l'enquête ait eu lieu, risquant ainsi de salir des réputations et des personnes qui ont pu agir en toute bonne foi dans le cadre des responsabilités et des fonctions qu'elles assumaient».