Protection du mont Royal - Corriger les erreur du passé

Lorsque la Ville de Montréal a donné au mont Royal le titre de «site du patrimoine» en 1987, des applaudissements ont retenti. Mais point d'ovation. Ceux qui refusaient alors de lancer des fleurs à l'administration municipale voyaient juste: ces dernières années, les projets controversés ont été nombreux. En entrevue au Devoir, la présidente de la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ), Louise Brunelle-Lavoie, a indiqué que le défi de son organisme sera précisément de corriger les erreurs qui ont permis aux promoteurs de grignoter toujours un peu plus ce site merveilleux.

«Le bilan qui est fait aujourd'hui de la décision de 1987 n'est pas très rose», a reconnu d'emblée la présidente de la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ), Louise Brunelle-Lavoie. Peut-on parler d'échec? «Je pense que ça n'a pas réglé tous les problèmes», a-t-elle répondu de manière euphémique. Cela ne l'empêche toutefois pas d'affirmer qu'«il est certain que ça prend autre chose aujourd'hui».





Des dérogations multiples


Et Mme Brunelle-Lavoie est loin d'être la seule à penser ainsi. Bien des gens ont déchanté en voyant l'administration montréalaise récompenser la voracité des promoteurs au cours des années 90 en accordant dérogation après dérogation. Pensons tout simplement aux tours d'habitation sur les propriétés du monastère du Précieux-Sang, à la ferme sous les Noyers, à l'église First Church of Christ Scientist, à l'îlot Trafalgar-Gleneagles, etc. Et ce, sans compter les disparitions successives qu'a connues la montagne, de la forêt de chênes rouges centenaires au Hunt Club en passant par le bois qui a laissé place au nouveau bâtiment des HEC.


C'est pourquoi, à la mi-mars, la ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, a donné le mandat à la CBCQ d'«émettre un avis sur les mesures de sauvegarde nécessaires à la préservation du mont Royal et, plus particulièrement, sur le périmètre à couvrir, les valeurs à préserver et les modes de gestion du territoire visé».


Plusieurs étapes mèneront au dépôt d'un rapport final à la fin du mois de juin. L'avant-dernière étape s'est d'ailleurs amorcée hier, au marché Bonsecours, avec les audiences publiques. Celles-ci se termineront vendredi après qu'une trentaine de groupes et de personnes auront présenté leurs mémoires devant les membres de la commission.





La recherche d'un consensus


«C'est un très grand défi que d'essayer de trouver un consensus, a reconnu Mme Brunelle-Lavoie. Ma grande préoccupation, c'est d'en arriver à trouver ce qui peut rassembler et réunir tout ce monde-là. En un premier temps, il faut justement s'entendre sur les valeurs qu'on souhaite protéger. Le problème, c'est qu'il est question d'un territoire avec une multitude d'intervenants, avec de nombreux propriétaires, avec une diversité de fonctions et aussi une diversité d'intérêts.»


En ce sens, Mme Brunelle-Lavoie a cité la superficie que propose l'organisme Les Amis de la Montagne, sur laquelle les fonctionnaires provinciaux se sont sérieusement penchés pendant plusieurs mois, révélait Le Devoir en septembre dernier. Grosso modo, ce périmètre s'étirerait de l'autoroute Décarie à l'ouest à la rue Saint-Urbain à l'est, et de la rue Sherbrooke au sud à la rue Van Horne au nord.


La proposition des Amis de la Montagne, présentée une fois de plus hier lors des audiences publiques, est le scénario le plus sérieux actuellement à l'étude. Certes, le tracé de près de neuf kilomètres carrés est ambitieux — 12 000 propriétaires seraient impliqués —, mais l'organisme suggère de moduler l'intervention selon la proximité à la montagne: le noyau vert, la ceinture institutionnelle et civique ainsi que la couronne urbaine habitée.





Un nouveau statut


«Tout le monde est d'accord avec ça», a affirmé la présidente, qui ne cache pas son intérêt pour la proposition. Et en ce qui a trait au statut, Mme Brunelle-Lavoie n'exclut rien. «Notre mandat est de faire en sorte que les dossiers n'arrivent plus à la pièce sur le bureau de la ministre. Il faut donc que l'on trouve une façon plus globale de régler la chose. Est-ce qu'on devrait donner un statut national au site? Est-ce qu'il y a moyen de trouver autre chose pour assurer la conservation des espaces verts? Est-ce en proposant un autre genre de statut? Est-ce en monnayant une entente plus spécifique avec la Ville de Montréal? Il faut voir comment on peut protéger ça.»


C'est en ce sens que la présidente et ses commissaires écouteront, toute la semaine, les intervenants pour retourner ensuite s'enfermer à Québec, où ils réaliseront un rapport très attendu, lequel sera rendu public d'ici la fin du mois de juin.