Rapport de la vérificatrice générale du Québec - Le Québec gère ses forêts de manière imprudente

Québec - La vérificatrice générale, Doris Paradis, constate que le ministère des Ressources naturelles n'est pas en mesure d'assurer que la forêt du Québec n'est pas surexploitée. Le ministre François Gendron conteste ces conclusions tandis que l'opposition officielle réclame une enquête publique et la nomination d'un Inspecteur des forêts indépendant.

Le ministère des Ressources naturelles manque de prudence dans son évaluation de l'inventaire forestier, omet des hypothèses importantes dans sa détermination et fait ainsi courir le risque d'une surexploitation de la forêt québécoise.

C'est le constat sévère que fait la vérificatrice générale intérimaire du Québec, Doris Paradis, dans le tome 2 de son rapport à l'Assemblée nationale pour l'année 2000-01. Elle écrit que «le ministère n'est pas en mesure de déterminer s'il y a une surévaluation de la possibilité forestière et, ce qui peut en découler, s'il y a surrécolte des bois de la forêt publique».

La vérificatrice rappelle qu'en 1997, l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec invitait l'ensemble des acteurs concernés «à faire preuve de prudence» lors de l'établissement des calculs de la possibilité forestière (CPF). Or cinq ans plus tard, même si le nouveau régime forestier destiné à régir l'exploitation durable des forêts est en place depuis 2001, «nous avons constaté que les derniers CPF n'ont pas toujours été établis de la sorte», signale la vérificatrice.

«Une telle surévaluation contribue, à court terme, au maintien [des] emplois, mais elle risque, à plus long terme, d'en causer la perte si la forêt est surrécoltée», prévient-elle.

Plusieurs éléments connus ne sont pas inclus dans les calculs, note la vérificatrice. Elle relève les perturbations naturelles, comme les feux, les insectes et les maladies, qui n'ont pas été prises en compte. Les calculs ne comprennent pas non plus l'ajustement de certaines hypothèses qui se sont avérées trop optimistes en matière de rendement des plantations, des éclaircies commerciales ou encore de la coupe de jardinage. La vérificatrice signale que le ministère ne tient pas compte également des aires protégées dans ses calculs.

En 1997, un rapport d'une firme d'experts constatait que les coupes illégales étaient généralisées dans l'ensemble du Québec, pour le bois de chauffage surtout. Les exploitants forestiers dépassent aussi les volumes qui leur sont alloués. En 2002, la vérificatrice constate qu'il y a toujours des coupes illégales de bois. De plus, des bénéficiaires de CAAF (contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier) coupent encore des volumes dépassant ce qui leur est octroyé. S'ils sont pris sur le fait, les industriels règlent encore à l'amiable les poursuites avec le ministère pour une fraction du montant réclamé.

D'abord à l'Assemblée nationale, puis en conférence de presse, le ministre des Ressources naturelles, François Gendron, a d'abord donné l'assurance que la forêt québécoise n'était pas surexploitée, tout en soulignant que les sciences forestières, «ce n'est pas une science exacte» et que «les certitudes absolues, moi, je n'en connais pas». De toute manière, en vertu du Régime forestier, les allocations de bois seront ajustées dans les plans d'aménagement en 2005, a-t-il avancé. Le ministre a soutenu que 85 % des recommandations de la vérificatrice étaient conformes au bilan forestier de 1998 du ministère.

Le critique de l'opposition officielle en matière d'énergie et de ressources naturelles, le député de Kamouraska-Témiscouata, Claude Béchard, a réclamé une enquête publique sur l'inventaire forestier du Québec. Il demande la nomination d'un Inspecteur des forêts, indépendant du ministère et de l'industrie, pour évaluer à la fois les possibilités forestières mais aussi les pratiques environnementales de l'industrie.