Rapport de la vérificatrice générale du Québec - La Caisse de dépôt a soustrait une de ses filiales à l'oeil de la vérificatrice

Québec - Après la construction du siège social de la Caisse de dépôt et placement du Québec et Montréal Mode, Cadim, une filiale immobilière du bas de laine des Québécois, inquiète la vérificatrice générale intérimaire, Doris Paradis.

La ministre des Finances, Pauline Marois, a donné à la vérificatrice générale un mandat de vérification en profondeur de Montréal Mode, une société dans laquelle la Caisse a perdu 30 millions, et de la construction du somptueux siège social de l'institution financière. Mais alors que la vérificatrice aura des pouvoirs étendus d'enquête dans ces deux cas, la Caisse lui a retiré l'été dernier son mandat de vérification de sa filiale Cadim, sans explication. Le vérificateur général du Québec s'acquittait de cette tâche depuis 20 ans.

«Ça m'inquiète, et c'est préoccupant de voir qu'une entreprise peut décider, après 20 ans, sans motif valable, de changer de vérificateur», a dit Mme Paradis au cours de la conférence de presse où elle dévoilait le tome 2 de son rapport à l'Assemblée nationale pour l'année 2001-02.

À la Caisse de dépôt, la porte-parole Suzanne Brochu a expliqué que Cadim était associée à des partenaires étrangers. Ces derniers préféraient que les états financiers soient vérifiés par une firme disposant de ramifications internationales. C'est pourquoi on a choisi la firme comptable Samson Bélair Deloitte Touche. Mme Brochu n'a pu ni confirmer ni infirmer s'il y avait des squelettes dans le placard de Cadim.

La filiale immobilière Cadim affiche un actif de trois milliards et son portefeuille immobilier avait une valeur de 5,2 milliards au 31 décembre 2001, soit 17 % du portefeuille immobilier de la Caisse. Cadim détient notamment des participations dans des immeubles situés en Corée du Sud, au Japon, au Brésil et aux États-Unis.

Le vérificateur général du Québec détient seulement un mandat de vérification financière consolidée de la Caisse. Mais il souhaite depuis plus de dix ans obtenir un mandat dit d'optimisation des ressources et pouvoir questionner ses dirigeants sur leurs pratiques de gestion, ce qui sera fait pour Montréal Mode et la construction du siège social. Le vérificateur veut qu'on lui permette de procéder à l'examen de toutes les filiales de la Caisse dont les états financiers sont actuellement confiés à des vérificateurs privés. À cet égard, d'ici quelques mois, le vérificateur présentera aux parlementaires une proposition de projet de loi, a dit Mme Paradis.

La vérification des contrats et des comptes de Montréal Mode et de la construction du siège social prendra plusieurs mois, a-t-elle signalé. «S'il y a des indices suffisamment importants qu'il y a des actes criminels qui ont été commis, comme, par exemple, de la fraude, de la malhonnêteté, on pourrait s'interroger à savoir s'il ne devrait pas y avoir une enquête criminelle», a-t-elle dit. En pareil cas, Mme Paradis transmettrait le dossier au ministère de la Justice.

La vérification entreprise chez Montréal Mode et pour la construction du siège social pourrait conduire Mme Paradis à émettre des recommandations sur la composition du conseil d'administration de la Caisse et la nomination d'un président du conseil. «Pour ce qui est de scinder la position de président du conseil et celle de directeur général, je pense que, de plus en plus, les saines pratiques de gestion recommandent qu'il y ait indépendance entre les deux fonctions et que c'est une pratique de plus en plus courante dans les grandes entreprises», a souligné Mme Paradis.