Les plans de réussite, un échec

Québec - La vérificatrice générale intérimaire, Doris Paradis, accorde une bien mauvaise note à un levier important de la réforme des écoles primaires lancée en 2000. Les plans de réussite de ces établissements s'avèrent si vagues et incomplets qu'ils risquent bien de n'avoir que peu d'impact sur le succès scolaire des élèves, l'objectif premier de l'opération.

C'est ce qu'a dévoilé hier Mme Paradis, lors du dépôt à l'Assemblée nationale du second tome de son rapport 2001-02. «J'ai constaté que le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires et les écoles ne s'entendent pas sur le rôle des plans de réussite et sur les indicateurs appropriés pour évaluer les résultats obtenus», a-t-elle affirmé en conférence de presse. Ces plans, dont l'implantation réjouit pourtant la vérificatrice, consistent à analyser la situation des élèves, à fixer des objectifs mesurables et à mettre en place des moyens pour améliorer leur performance et procéder à l'évaluation des résultats. Or des écoles en sont insatisfaites: elles considèrent ces plans comme un moyen de contrôle plutôt que comme un outil pour améliorer la réussite scolaire.

«Toutes les écoles que nous avons visitées ont produit un plan de réussite, précise Doris Paradis dans son rapport. Néanmoins, ce plan est souvent partiel. Les plans comportent fréquemment un portrait sommaire de la situation des écoles et de celle de leurs élèves. Ce portrait en dit peu sur les faiblesses à corriger, n'approfondit pas les causes des problèmes ni ne précise les actions à accomplir en priorité. La plupart des objectifs sont vagues, comme celui d'informer les parents.»

Quelque 30 écoles de 15 régions du Québec ont été visitées par la vérificatrice, tandis que 23 commissions scolaires ont été interrogées. «Plusieurs écoles ne perçoivent pas de rétroaction de leur commission scolaire afin d'améliorer leur plan, explique Mme Paradis. Pourtant, sans amélioration notable de la qualité des plans, il sera difficile d'apprécier le travail accompli et de produire une reddition de comptes adéquate.»

Le renouvellement de la fonction publique s'en va quant à lui à vau-l'eau, selon Doris Paradis. Il y a ainsi un risque réel que l'administration publique ne dispose pas en temps opportun d'un personnel en quantité suffisante pour offrir les services à la population, indique-t-elle, tout en signalant qu'il y a dix ans, le vérificateur général Guy Breton avait soulevé le même problème.

Selon les prévisions du Secrétariat du Conseil du trésor, 44 % de l'effectif régulier de la fonction publique et 63 % du personnel d'encadrement quitteront leur emploi d'ici dix ans. «L'analyse des postes "vulnérables", c'est-à-dire ceux qui, s'ils deviennent vacants, risquent de compromettre la performance de l'organisation, est presque inexistante, illustre Mme Paradis dans son rapport. Des risques quant à la disponibilité de la main-d'oeuvre sont bien présents à l'égard de certains emplois, par exemple les actuaires et les ingénieurs civils, et dans certaines régions.»

Des problèmes de communication minent également le système de santé, observe Doris Paradis. Par exemple, les cliniciens en milieu hospitalier n'ont pas accès rapidement aux données concernant l'état de santé des patients et les résultats des examens, alors que les systèmes d'information des CLSC prennent des années avant d'être implantés.

L'ensemble des systèmes d'information du réseau coûte 230 millions de dollars par année. Les pratiques actuelles «favorisent des investissements qui font double emploi», souligne Mme Paradis. Par exemple, dans une région donnée, on recense quatre systèmes différents pour gérer les activités de pharmacie des établissements.

La vérificatrice générale s'est également penchée sur les états financiers de l'année 2001 des comités de transition des villes aujourd'hui fusionnées, comme Montréal, Québec et Longueuil, qui présentent des irrégularités importantes. Entre autres, les comités n'ont pas signé un contrat en bonne et due forme avec leurs fournisseurs en vue de la réalisation de certains projets de plusieurs milliers de dollars; à plusieurs reprises, cela se faisait sans appels d'offres. «On a constaté un manque de rigueur dans l'octroi des contrats, dans la fermeture des livres, dans l'assujettissement à la taxe de vente [800 000 $ de taxes impayées pour les 10 comités vérifiés]», a précisé Doris Paradis.