La patronne de Montréal Mode s'habillait à Paris aux frais des contribuables

Québec - Pantalons Prada, vêtements Sonia Rykiel, sacs, lunettes et souliers Gucci: l'ex-présidente de Montréal Mode, Chantal Lévesque, aurait acheté pour quelque 6000 $ d'articles de luxe lors d'un voyage à Paris et se serait ensuite fait rembourser tout ça en soumettant un compte de dépenses à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La députée libérale Monique Jérôme-Forget a utilisé cet exemple, hier, pour réclamer que le gouvernement québécois mène une enquête sur la débâcle de Montréal Mode, une entreprise de promotion des designers de mode québécois que la Caisse de dépôt a décidé d'abandonner, lundi, après y avoir englouti 30 millions de dollars depuis 1999.

À l'Assemblée nationale, Mme Jérôme-Forget a rappelé que l'administratrice de Montréal Mode avait, dans un compte de dépenses daté du 18 juin 1999, réclamé à la Caisse de dépôt plus de 6000 $ d'«allocations spéciales» pour divers vêtements et accessoires achetés chez Gucci Saint-Honoré et aux Galeries Lafayette, à Paris. Mme Lévesque aurait d'ailleurs autorisé elle-même sa note de frais, d'après Mme Jérôme-Forget.

La députée libérale a fait valoir que les vérificateurs de Montréal Mode, Richter et associés, avaient refusé de signer les états financiers de la compagnie. Mme Jérôme-Forget s'est de plus inquiétée du fait que personne, au gouvernement, n'ait donné suite à deux notes de service de fonctionnaires qui remettaient en question la gestion de Montréal Mode.

Enfin, elle a fait valoir que, dans les jours précédant l'annonce de la dissolution de Montréal Mode, Chantal Lévesque aurait pu racheter, «pour un prix qui n'est pas loin de zéro», l'entreprise de confection de maillots Shan dont elle est la fondatrice. La Caisse avait payé quatre millions pour acheter Shan, en 1999.

«Est-ce que la ministre des Finances ne croit pas qu'à la lumière de ces informations, ça mériterait une enquête? a demandé Mme Jérôme-Forget. [...] Elle est quand même responsable du bas de laine des Québécois, de nos épargnes. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu qu'elle s'interroge et qu'elle dise: oui, je vais faire enquête parce que c'est suffisamment sérieux.»

La ministre des Finances, Pauline Marois, qui a la responsabilité de la Caisse de dépôt et de ses filiales, a cependant refusé de promettre un examen particulier de la gestion de Montréal Mode. «Je ne veux pas faire de commentaire sur quoi que ce soit qui est apporté ici aujourd'hui, a-t-elle déclaré. [...] Je ne peux pas, sur des faits allégués ici, décider que l'on va instaurer un processus d'enquête.»

Selon Mme Marois, l'enquête que mène déjà la vérificatrice générale intérimaire, Doris Paradis, permettra de revoir l'ensemble des rapports faits par les vérificateurs externes des filiales de la Caisse de dépôt. Ses conclusions seront ensuite transmises au président-directeur général de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, qui prendra les mesures nécessaires s'il juge qu'il y a matière à intervenir, a-t-elle fait valoir.

Mais les libéraux ne se satisferont pas d'une simple vérification comptable de Mme Paradis, a indiqué Mme Jérôme-Forget à la Presse canadienne. «Il faut faire une vérification intégrée au niveau de la gestion, et non seulement que la vérificatrice générale confirme les pièces justificatives, a-t-elle expliqué. La présidente de Montréal Mode signait ses propres comptes de dépenses, ce qui n'est pas acceptable, et je soupçonne que le vérificateur Richter ait refusé de signer parce que ça n'avait pas d'allure.»