Charest: immigration = prospérité

Pour Jean Charest, il importe de résister à la tentation du repli et de la méfiance qu’exploitent, selon lui, ses adversaires.
Photo: Jacques Nadeau Pour Jean Charest, il importe de résister à la tentation du repli et de la méfiance qu’exploitent, selon lui, ses adversaires.

Interpellé par ses militants sur la question de l'identité et de la nation québécoise, Jean Charest dit vouloir s'appuyer sur la main-d'oeuvre étrangère pour mener le Québec sur la voie de la prospérité économique. «Plutôt que de mettre l'accent sur nos différences, on va travailler ensemble pour bâtir le Québec et attirer du monde. [...] Le Québec a besoin de bras, le Québec a besoin de cerveaux, le Québec a besoin de coeurs pour atteindre son plein potentiel économique», a lancé hier le premier ministre Jean Charest dans son discours de clôture du conseil général du Parti libéral du Québec.

À ses quelque 600 militants réunis toute la fin de semaine, à Montréal, le chef libéral a d'abord rappelé que le PLQ demeure un parti pluraliste qui ne considère pas l'identité québécoise comme étant fragile. Il a établi l'adéquation entre croissance démographique et potentiel économique. L'ouverture à l'autre est présentée ici comme une offre d'emploi, et la fierté d'une nation comme la valorisation par le travail.

L'enjeu économique est apparu comme une voie d'évitement au terrain glissant des questions identitaires et des accommodements raisonnables débattus par la commission Bouchard-Taylor et qui sont ressortis samedi en plénière. Plusieurs libéraux issus de l'immigration ont alors critiqué le gouvernement Charest d'avoir mis sur pied une telle commission, y voyant une stimulation à la confusion et à la division.

Hier, Jean Charest a mis en garde la population contre la tentation du repli et de la méfiance qu'exploitent, selon lui, ses adversaires, le Parti québécois et l'Action démocratique. «Ils ont en commun de considérer toujours les Québécois comme des victimes: c'est la faute du fédéral, c'est la faute des "Anglais", c'est la faute de l'étranger, c'est la faute de la mondialisation. Alors, ils proposent de lever des murs pour se réfugier», a expliqué M. Charest.

Quelques minutes plus tard, en conférence de presse, le chef libéral était accompagné du ministre du Développement économique, Raymond Bachand, qui a clairement affirmé qu'«il y a un coût économique à l'intolérance».

Cette volonté de tendre la main aux travailleurs d'outre-frontières n'est toutefois pas nouvelle dans le discours libéral. Déjà en 2004, la ministre de l'Immigration de l'époque, Michelle Courchesne, avait décidé de réviser la grille de sélection des immigrants selon leur capacité de s'intégrer au marché du travail. Il s'agissait d'accueillir moins d'universitaires et plus de techniciens et de manoeuvres. Il était même question d'assurer un arrimage entre les candidats à l'immigration alors qu'ils sont encore dans leur pays et les postes disponibles dans tout le Québec.

Ce changement s'est effectué à la suite de la commission parlementaire qui détermine tous les trois ans les niveaux d'immigration du Québec. Le même exercice s'amorce demain et permettra, entre autres choses, de déterminer le nombre d'immigrants que le Québec souhaite accueillir au cours des prochaines années.

Dans son allocution aux troupes libérales, Jean Charest a d'ailleurs donné l'exemple d'un épicier d'Alma, au Lac-Saint-Jean aux prises avec une pénurie de travailleurs. Selon lui, c'est l'illustration de la nécessité d'exercer un leadership d'ouverture. Il s'engage à lever les obstacles à la reconnaissance des compétences et des acquis de la main-d'oeuvre étrangère pour soulager les régions du Québec.

Plans d'action

Des discussions sont en cours présentement pour parvenir à une entente avec la France afin qu'un médecin, un plombier ou un menuisier français puisse travailler au Québec et vice versa. Un projet de coopération est également sur les rails avec l'Ontario. Il s'agirait de conclure une entente de libre-échange avec le gouvernement ontarien d'ici avril prochain, notamment dans le domaine de l'énergie renouvelable et ainsi faciliter la mobilité de la main-d'oeuvre.

Plus largement, Jean Charest a dit vouloir accélérer la création de richesse au Québec. D'ici quelques semaines, son gouvernement détaillera le plan de rénovation des infrastructures (routes, écoles, viaducs et autres aqueducs) dont le budget de 30 milliards sur une période de cinq ans a déjà été annoncé le printemps dernier.

De plus, il y aura sous peu une mobilisation des «acteurs du secteur manufacturier, pour adopter une stratégie globale». «Il faut prendre le taureau par les cornes», s'est borné à dire le premier ministre qui promet des initiatives concrètes au cours des prochains mois.

Quant à la faible cote de popularité de Jean Charest, ce dernier a ironisé deux fois plutôt qu'une, soulignant que son équipe ne gouvernait pas en fonction des sondages. «Ce n'est pas un long fleuve tranquille, cette affaire-là. Il faut accepter l'adversité. Et ce n'est pas une mauvaise chose», a fait valoir aux journalistes M. Charest.

Pour contrer une certaine morosité dans les rangs libéraux, Jean Charest a toutefois annoncé vendredi le retour de John Parisella et de Michel Bissonnette à titre de conseillers ad hoc à l'exécutif et à l'organisation du parti. M. Charest a souligné que «la politique, c'est un sport d'équipe» et a refusé de dire si l'automne qui s'amorce sera crucial pour sa survie politique.

Devant le conseil général, le chef libéral a été chaudement et longuement ovationné. Une fois sur l'estrade, après avoir réussi à imposer le calme, celui qui apparaît dans les sondages comme le mal-aimé des francophones, a lancé à la blague: «Ah!, continuez donc!». Lors du congrès de mars prochain, le leadership de M. Charest sera soumis au vote des membres.

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23 commentaires
  • Stéphan Gauvin - Inscrit 17 septembre 2007 06 h 43

    Quand on a pas d'idée on dit n'importe quoi.

    M. Charest pour ne pas se faire dire qu'il copie les idées des autres partis, à décidé de parler de quelque chose de contraire à ce que nous voulons Québecois. Les idées de l'ADQ et PQ réponds à ce que nous voulons. Mais il faut être complètement aveugler par les sondages pour en arriver à cette conclusion de M. Charest. Les jeunes quittent les régions, et on va envoyer des immigrés pour compenser au lieu de trouver des solutions pour aider les jeunes à rester en région.

  • François Lalonde - Inscrit 17 septembre 2007 06 h 45

    7% de chômage au Québec, est-ce le minimum qu'on peut atteindre ?

    Le Québec a besoin de bras, le Québec a besoin de cerveaux... Que faites-vous des 7% de chômeurs ? Sont-ils tous incapables de répondre aux exigences des employeurs ?

    Et de l'autre côté, est-ce que tous les immigrants répondent aux exigences des employeurs ? Les chiffres du ministère nous disent que le tiers des gens à l'aide sociale sont des néo-québécois...

  • Robert Mayrand - Inscrit 17 septembre 2007 06 h 53

    Immigration=prospérité

    Les états américains et les provinces canadiennes les plus prospères sont ceux et celles qui ont été ouverts à l'immigration au cours des 50 dernières années. L'Unesco soutient que les pays les plus riches dans 50 ans seront ceux qui, aujourd'hui, sont les plus ouverts à l'immigration. Le gand défi du Québec est d'enlever les obstacles qui empêchent les personnes immigrantes de travailler. Quand ces obstacles seront levés, les travailleurs immigrants vont contribuer à la vitalité économique du Québec. Évidemment, si on ne leur permet que de livrer de la pizza, de croupir sur l'assistance enploi et de travailler au noir, leur contribution à la prospérité ne sera pas très grande.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 17 septembre 2007 07 h 21

    À l'action, ça presse!

    Il est écrit plus haut : «Des discussions sont en cours présentement pour parvenir à une entente avec la France afin qu'un médecin, un plombier ou un menuisier français puisse travailler au au Québec et vice versa».

    Pourquoi est-ce que le Québec n'a pas pensé à ça bien avant ?
    Faudrait pas seulement en discuter mais le faire. Est-ce que nos corporations professionnelles très protectrices de leurs membres vont collaborer ? Sinon, que notre gouvernement passe une loi en ce sens.

  • Franck Martin - Inscrit 17 septembre 2007 07 h 31

    Les ouvriers québécois doivent aller en Alberta pour trouver du travail !

    Charest et le PLQ prennent vraiment les Québécois pour des débiles. Alors qu'en ce moment la principale préoccupation des Québécois est de faire le point sur l'identité québécoise et notre devenir collectif, Charest, à bout de souffle, tente de noyer le poisson avec un discourt totalement obsolète sur la création de richesse par l'immigration. Les trente glorieuses sont finies depuis longtemps et Statistiques Canada a bien démontré, dans un rapport récent, que le niveau d'immigration actuel coûtait une réelle fortune aux contribuables pour des résultats désastreux tant au niveau économique que social.

    Il n'y a pas suffisamment de jobs pour les immigrés. De plus, le déferlement de haine suite à l'affaire d'Hérouxville et aux caricatures de Mahomet a bien montré le mépris qu'ont de nombreux groupes d'immigrés pour nos valeurs et nos lois.

    L'exemple stupide de l'épicier d'Alma est bien la preuve qu'on tente de justifier une politique d'immigration aux conséquences graves avec de petites anecdotes abrutissantes. Si les régions manquent de main d'oeuvre c'est parce que les jeunes partent pour les grands centres à cause du manque d'emploi. Et on veut nous faire croire que l'immigration sera la solution à l'abandon des régions par les Gouvernements libéraux successifs. Les ouvriers québécois doivent aller en Alberta pour trouver du travail.

    Si j'ai eu un jour de la sympathie pour Jean Charest, maintenant je n'en ai plus du tout c'est certain !