Un ministre de la souveraineté?

Québec — Le premier ministre Bernard Landry s'est montré, hier, ouvert à l'idée de créer un poste de ministre de la Souveraineté au sein de son cabinet, comme le recommande un nouveau document du Parti québécois.

Refusant toujours que l'argent public soit utilisé pour faire de la propagande en faveur de la souveraineté, comme le fait le gouvernement fédéral pour l'unité canadienne, M. Landry a rappelé que le gouvernement de Robert Bourassa avait engagé des fonds publics pour la Commission Bélanger-Campeau et qu'un de ses ministres en était responsable. «Il y avait M. [Gil] Rémillard au sein du gouvernement Bourassa. Il s'occupait de ça à fond, et on n'a pas protesté. Et personne ne protestera si on décide d'avoir une attitude analogue», a-t-il dit lors de la conférence de presse qui clôturait le conseil national du PQ.

M, Landry a fait une distinction entre la propagande, financée à même les fonds publics, qui servirait «à rentrer dans la gorge du monde des idées auxquelles ils sont totalement opposés» — c'est le cas de la souveraineté pour les fédéralistes québécois — et des études sur la souveraineté ou une commission chargée d'approfondir cette question. La Commission Bélanger-Campeau concluait que s'imposait une réforme en profondeur de la fédération canadienne ou encore la souveraineté. «La réforme en profondeur n'a pas eu lieu. Donc, je me sens autorisé à marcher sur les traces de Robert Bourassa» pour réaliser la souveraineté, a raisonné le premier ministre.

Ce nouveau ministre de la Souveraineté pourrait préparer un budget de l'An 1 d'un Québec souverain comme le PQ l'avait tenté en 1973. La conjoncture a bien changé depuis 1995: un Québec souverain afficherait aujourd'hui des surplus importants. Le Québec est «une puissance économique majeure et solide» et les «angoisses économiques», qui étaient peut-être justifiées lors du référendum de 1995, ne sont plus de mise, a avancé le premier ministre.

Samedi, au conseil national, le Comité exécutif du PQ a dévoilé le document d'orientation en vue du congrès de mars 2003. Il contient 45 propositions, dont certaines apparaissent audacieuses et qui sont soumises aux membres pour l'élaboration de la plate-forme électorale au congrès d'orientation.

Ceux qui prévoyaient une «effusion de sang» lors de ce conseil national menant à une possible contestation du leadership de M. Landry sont restés sur leur faim. Les militants ont reçu avec satisfaction le document d'orientation. Pour la plupart, ils ont aussi bien accueilli la formation du Conseil de la souveraineté promise lors du conseil national de Gatineau en septembre. L'ex-président du Conseil du trésor, Jacques Léonard, a accepté d'y participer, tout comme l'ex-premier ministre Jacques Parizeau.

Bernard Landry a confirmé que Québec accorderait le statut d'organisme de bienfaisance au Conseil de la souveraineté. Les individus qui y contribueront auront droit à des déductions fiscales, comme c'est le cas pour le Conseil pour l'unité canadienne. Devant ses militants, le chef péquiste a indiqué qu'il demanderait au premier ministre Jean Chrétien que le fisc canadien accorde ce privilège fiscal au Conseil de la souveraineté. En cas de refus, Québec privera de leurs déductions fiscales québécoises les donateurs au Conseil pour l'unité canadienne. Un donnant donnant accueilli par une ovation nourrie de la part des militants péquistes. Le PQ versera 250 000 $, une somme puisée à même le Fonds de la souveraineté, pour la création du Conseil de la souveraineté et le Bloc québécois s'apprête à faire de même.

Pour l'ex-ministre Paul Bégin, qui était présent samedi au conseil national en tant que simple militant, ce Conseil de la souveraineté est un «piège». C'est au PQ de faire la promotion de la souveraineté et au gouvernement péquiste d'utiliser tous les moyens légitimes pour conduire le Québec à la souveraineté, estime-t-il, soulignant que le Conseil de la souveraineté, bien qu'utile à certains égards, vient avec sept mois de retard. M. Bégin a d'ailleurs rejeté l'invitation que lui a faite M. Landry de se joindre à ce conseil.

Au moins neuf députés du PQ partagent le point de vue de M. Bégin. À la veille du conseil national, M. Landry a rencontré ce groupe de députés dont le député de Saint-Jean, Roger Paquin. Le président de l'association péquiste de Montréal-Ville-Marie, Luc Thériault, qui n'a pas présenté, comme il le projetait, une proposition d'urgence pour demander au gouvernement d'engager des fonds publics dans le combat pour la souveraineté, s'est rallié à M. Landry, considérant que ce dernier montrait une plus grande ouverture sur cette question.

Dans le document d'orientation, le PQ prône l'abolition des frais de scolarité à l'université, sans que la vice-présidente du parti, Marie Malavoy, ne soit en mesure de préciser le coût de cette gratuité. On préconise la tenue d'un référendum au Québec pour entériner les traités internationaux comme la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), le financement intégral des partis politiques par l'État et l'adoption d'une loi sur la citoyenneté nationale.