Conseil national du PQ - Et la souveraineté?

Au dernier Conseil national du Parti québécois au début de septembre, Bernard Landry annonçait un décompte de 1000 jours pour l'accession à la souveraineté. À l'ouverture du Conseil national suivant, en fin de semaine, un peu plus de 80 jours après cette déclaration, nombre de militants péquistes se demandent où sont les moyens concrets pour atteindre cet objectif. Des propositions d'urgence exigeront du parti et du gouvernement qu'ils en fassent davantage. Le chef du PQ proposera la création d'un rassemblement des souverainistes, question d'amadouer les militants afin qu'ils gardent la flamme et se mobilisent en vue des prochaines élections générales.

Jeudi, le premier ministre Bernard Landry rencontrait en tête à tête dans son bureau l'ex-ministre Paul Bégin et député indépendant de Louis-Hébert. Toujours membre du PQ, Paul Bégin, après avoir hésité, se présentera au Conseil national pour défendre ses idées. Des idées qui dérangent en haut lieu.

À l'Assemblée nationale hier, Paul Bégin a eu l'occasion d'exposer son point de vue en s'exprimant sur le rapport Romanow. Les Canadiens sont en train de se bâtir un pays au détriment des Québécois, a-t-il soutenu. «Nous sommes dans un cul-de-sac politique» et il faut «montrer aux Québécois que notre argent sert à nous étrangler».

Pendant ce temps, le gouvernement Landry ne fait rien pour promouvoir la souveraineté. «Nous ne voulons pas la faire. Nous voulons être un gouvernement provincial, avec des moyens provinciaux», accuse M. Bégin.

Paul Bégin n'est pas le seul à penser que le gouvernement Landry traîne les pieds quand il est question de l'accession à la souveraineté. L'association péquiste de Montréal-Ville-Marie doit présenter une proposition d'urgence pour exiger du gouvernement des actions concrètes.

À ce Conseil national, le comité exécutif du PQ devait présenter aux membres un plan d'action et de mobilisation pour les 1000 jours le séparant de la souveraineté. Mais ce plan d'action n'est pas prêt, a indiqué la première vice-présidente du PQ, Marie Malavoy.

Aujourd'hui, on y présentera toutefois le document d'orientation qui alimentera les discussions des membres d'ici le congrès d'orientation du mois de mars prochain. Le document contient une trentaine de propositions et devra déboucher, en mars, sur une plate-forme électorale approuvée par les militants. La rédaction première a été confiée à l'ex-député bloquiste et politologue Daniel Turp. On sait que le document a connu plusieurs versions, que l'exercice fut laborieux et qu'il n'était toujours pas prêt à deux jours de l'événement.

Bernard Landry a quelques cartes dans son jeu, qu'il abattra aujourd'hui. Le chef péquiste annoncera la mise sur pied d'un rassemblement des souverainistes, calqué sur le modèle proposé par Jacques Parizeau. L'état-major du premier ministre s'affairait à constituer l'équipe de ce rassemblement qui remplace le Conseil de la souveraineté promis en septembre. Dans l'entourage du premier ministre, on n'a pas d'objection à ce que M. Parizeau soit associé à ce rassemblement, mais on ne veut pas qu'il le dirige.

Jacques Parizeau voudrait que le gouvernement du PQ consacre des fonds publics pour l'avancement du projet fondamental du parti, la souveraineté. Bernard Landry refuse de faire appel aux fonds publics pour promouvoir la souveraineté comme le fait le gouvernement fédéral pour mousser l'appartenance à la nation canadienne, ce qu'il juge amoral. Toute cette question reviendra sur le tapis lors du Conseil national.

Présentée par la région de l'Estrie, une proposition préconise que le gouvernement finance un Institut québécois de recherche en politique afin «de promouvoir la justice sociale et de défendre les intérêts du Québec». Il ne serait pas surprenant qu'à cela s'ajoute une proposition d'urgence qui demande au gouvernement d'aller encore plus loin.

Bernard Landry a prévu le coup. Il annoncera aujourd'hui sa solution basée sur l'octroi de déductions fiscales pour des contributions à des fondations d'allégeance souverainiste. On verra si cette solution parviendra à rallier les militants qui croient que le projet de souveraineté doit s'incarner dans l'action gouvernementale.

L'organisation électorale du PQ, qui était dirigée par le ministre responsable de la région de la Capitale nationale et député de Charlevoix, Rosaire Bertrand, est maintenant confiée à un poids lourd du gouvernement, la vice-première ministre, Pauline Marois. M. Bertrand reste dans l'équipe, à laquelle se joignent François Legault et André Boisclair.

Pour certains militants, la présence des Marois, Legault et Boisclair à l'organisation électorale signifie que la souveraineté ne sera pas un des enjeux importants de la prochaine campagne. Du côté de Mme Marois, on souligne que c'est aux militants de définir la plate-forme électorale du parti, ce qu'ils feront lors du congrès d'orientation de mars.