Bouchard à court d'arguments pro-diversité

Gérard Bouchard
Photo: Gérard Bouchard

Québec — Pour «convaincre la population que la diversité ethnique, c'est un enrichissement culturel», il faut des arguments, or ces arguments, «je vous garantis qu'on les cherche!», a confié hier au Devoir le coprésident de la Commission sur les accommodements raisonnables, Gérard Bouchard. M. Bouchard estime que, bien que leur tournée en soit une de consultation, les deux présidents devront «répliquer» à certains discours des participants. Ces discours, M. Bouchard prévoit qu'ils seront défavorables à la diversité: «On va se faire dire, dans toutes les régions dans lesquelles on va s'arrêter [...], que l'immigration et la diversité, ce sont des emmerdements.

Et puis, ces gens-là n'auront pas lu l'article [du sociologue américain Robert] Putnam [présenté hier dans Le Devoir], mais ils vont nous tenir un discours qui va dans le même sens, mais un discours beaucoup plus sommaire et musclé», a-t-il déclaré hier lors d'un entretien téléphonique.

M. Bouchard estime que «nous, les intellectuels, on a mal fait notre travail», depuis une décennie au moins. «On a posé et on a postulé que la diversité était bonne et enrichissante pour le Québec sur le plan culturel. Mais on ne l'a pas démontré avec les études nécessaires. Nous étions certains que personne ne voudrait soutenir la position contraire», admet-il. Pour bien marquer le point, il insiste: «Est-ce qu'on connaît un seul article présentant un argumentaire solide et convaincant démontrant de façon concrète en quoi la diversité ethnique est une source d'enrichissement culturel?» Certes, il y a des études sur l'enrichissement économique du Québec. Mais sur le plan culturel, la chose est quasi impossible à trouver, affirme-t-il.

Il insiste: il croit, lui, à la richesse de la diversité pour le Québec. Et il s'adresse un reproche: «Je n'ai jamais contribué à bâtir cet argumentaire.» Ainsi, dans le grand public — les «gens qui ne sont pas des intellectuels mais qui regardent les nouvelles à TVA ou à TQS, dans le meilleur des cas au téléjournal» —, comment arriveront-ils, Charles Taylor et lui, à «déconstruire» les discours fréquents, qu'il présente ainsi: «C'est bien plus simple quand on est tous pareils. Il est alors plus facile de prendre des décisions car les débats sont plus rapides, les gens partageant les mêmes codes.»

Littérature

Dans l'autre camp, celui des chercheurs qui tentent de mesurer les effets de la diversité, il y a une littérature qui se développe depuis quelques années, à laquelle le sociologue Robert Putnam vient d'apporter une contribution importante avec son article «E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-First Century» (publié dans la revue Scandinavian Political Studies).

Ceux-là croient démontrer que la diversité nuit, par exemple, à la solidarité, au moins dans un premier temps. Avec de bonnes politiques publiques, les choses peuvent être corrigées à moyen et à long terme, estime M. Putnam.

Mais M. Bouchard se montre plutôt critique envers ce dernier. Il note dans un premier temps que plusieurs chercheurs ont démontré que les indicateurs de solidarité ou de «capital social» de Putnam étaient sans doute dépassés. Les composantes de la vie et des liens communautaires se sont transformées. Il faudrait mesurer autre chose pour découvrir un autre capital social. Deuxièmement, Putnam met «peut-être sur le compte de la diversité ce qui doit être imputé aux pathologies de la société américaine». Putnam n'a étudié que les États-Unis. «S'il travaillait sur le cas de Montréal» avec les indicateurs choisis, sans doute que les résultats seraient différents, argue M. Bouchard. Malgré la grande diversité de la métropole, les statistiques sur la santé sont bonnes, la ville est «remarquablement sécuritaire» et la démocratie ne «s'y porte pas trop mal», soutient-il.

Au Canada anglais, fait remarquer M. Bouchard, il y a des auteurs, comme Keith Banting et Will Kymlicka, qui cherchent à répondre, avec force données, aux arguments comme ceux développés par Putnam. (Notamment dans Multiculturalism and the Welfare State: Recognition and Redistribution in Contemporary Democracies, Oxford University Press, 2006.)
25 commentaires
  • Dany Leblanc - Inscrit 16 août 2007 23 h 46

    Ce que j'en pense!

    La diversité peut être un enrichissement mais aussi une nuisance, cela dépend du contexte.

    Les immigrants amènent un savoir-faire et des goûts qui peuvent intéresser plusieurs Québécois. À contrepartie, ils amènent des valeurs et des croyances qui peuvent entrer en confrontation avec celles des Québécois. Et c'est bien normal que ce soit ainsi.

    Si la diversité culturelle et religieuse ressemble à la circulation de la rue Côte-des-Neiges, on n'est pas sortie du bois.

    L'intégration des immigrants est cruciale pour la cohésion de toutes sociétés.

    Premièrement, il faudrait s'assurer que les immigrants passent du côté français au lieu de l'anglais, ce qui n'est pas toujours le cas. Quand on se comprend, c'est déjà pas pire.

    Deuxièmement, il faut que toutes nos institutions soient laïques et que tous s'y soustrait. Arrêtons de subventionner les écoles privées qui donnent un cours confessionnel.

    Troisièmement, il faut enseigner à tous les jeunes les dogmes de chaque grande religion et savoir comment se développer les mythes et légendes. Il faut aussi leur faire développer l'esprit critique en leur donnant un cours d'autodéfense intellectuel.

  • Georges Allaire - Inscrit 17 août 2007 00 h 16

    L'ossuaire québécois

    Le problème québécois le plus fondamental est la mort du Québec. Il n'y a pas d'argument face à ce fait. Quand des gens n'ont plus la force vitale de se renouveler, ils n'ont finalement aucune force d'attraction pour intégrer les gens qui viennent chez eux. La "diversité" manifeste alors le remplacement évident des premiers occupants du sol par les nouveaux occupants. La grogne des premiers ne les empêche pas de "faire trois petits tours et puis s'en vont". Suite à cela, les nouveaux occupants feront ce qu'ils souhaitent faire de LEUR nouvelle patrie. En attendant, ils ne haussent pas la voix, car ce n'est pas prudent de contrarier un moribond et ce n'est pas poli de faire du bruit à la morgue.

    Cette observation est purement analytique. - L'avenir des Québécois a déjà été résolu par les vasectomies, par les ligatures des trompes et par les coups de bistouri ou les succions d'aspirateur envers les Québécois éphémères qui ont été exterminés par leurs parents.

    Dans le contexte de ces "valeurs", les valeurs de vie et de remplacement des nouveaux venus n'ont pas besoin de mots pour occuper l'avenir. Il leur suffit d'exister.

    D'ailleurs nos braillards le savent. Ils se mentent à eux-mêmes en blâmant les autres.

    - Georges Allaire

  • lbalthazar - Abonné 17 août 2007 04 h 05

    Richesse culturelle et diversité

    Il faudrait poser la question aux jeunes de moins de 35 ans qui fréquentent le boulevard Saint-Laurent à Montréal. N'est-il pas évident que la littérature québécoise s'est enrichie des Yin Chen et des Neil Bissondath? Que notre gastronomie est devenue un point de mire grâce à la contribution des immigrés? Pensez au chef de l'orchestre symphonique de Montréal, à de nombreuses vedettes de la radio et de la télévision, à plusieurs intellectuels qui enrichissent aussi notre société.
    Il me semble que la démonstration ne sera pas trop difficile.

    Louis Balthazar

  • Sammy Dalva - Inscrit 17 août 2007 07 h 14

    Mauvais départ

    j'ai probablement mal compris le mandat de cette commission, je croyais qu'au moins la présidence aurait l'esprit ouvert pour la recherche d'un consensus.
    D'une part je note un certain mépris vis à vis la population en disant qu'elle écoute rarement Radio Canada et d'autre part on veut diriger les opinions en rejetant les etudes qui sont incompatibles avec leur ligne de pensée.
    Vraiment dommage.

  • jacques noel - Inscrit 17 août 2007 07 h 19

    Comment ils ont tué Toronto

    Dans les années 50, Toronto était une ville WASP à 90% et blanche à 98%

    Dans les années 70, les WAPS ont été renversés par l'immigration. L'automne prochain, Stats-Can va nous apprendre que les Blancs sont maintenant minoritaires. La minorité visible à Toronto c'est maintenant les Blancs.

    Trouvez-moi un pays au monde où la population autochtone de la métropole a été renversée, ethniquement et racialement, en un demi-siècle? Imaginez Paris où les Français seraient minoritaires et Rome où les Romains seraient minoritaires!

    Qu'est-ce qui c'est passé au Québec depuis 30 ans, depuis la Loi 101? Les Anglos ont fondu de 15 à 7%, pendant ce temps les Allos bondissaient de 4 à 12%. En d'autres termes on a réglé (en partie) la question linguistique (qu'on trainait depuis 2 siècles) pour la remplacer par une question ethnique et raciale qu'on va trainer pendant des générations.

    Nous sommes tous coupables.