Les fosses septiques contribueraient à la pollution des lacs

Les fosses septiques, qui sont censées digérer littéralement la pollution domestique, pourraient être des sources plus importantes que prévu de phosphore dans les lacs, ce qui y stimulerait la prolifération des algues et tout particulièrement des cyanobactéries.

Cette question dérangeante, car les fosses septiques sont la pierre angulaire de la stratégie québécoise de protection des lacs contre les apports en nutriments, a été soulevée publiquement par Nature Québec.

Le groupe environnemental rappelle que les normes sur la gestion des eaux usées des résidences isolées ont été conçues dans un contexte fort différent, alors que les lacs avaient un pouvoir d'absorption beaucoup plus important. Mais, note le groupe environnemental, ces normes ont été d'abord conçues «dans le but de protéger les puits voisins des pathogènes et des nitrates. Même si elles étaient parfaitement respectées, ce qui n'est pas souvent le cas, ces normes s'avéreraient inadéquates pour assurer la protection de l'eau du lac contre cette source de contamination.»

Génératrices de phosphore

Selon Charles-Antoine Drolet, porte-parole de Nature Québec dans ce dossier, il y a de fortes possibilités que les fosses septiques réglementaires soient en réalité de «véritables génératrices de phosphore provenant de la matière organique en décomposition ou des phosphates présents dans les eaux usées, soit sous forme minéralisée (phosphate de fer, de calcium et de magnésium)».

La forme minéralisée peut effectivement se greffer au sol, mais seulement si celui-ci est formé de particules fines. Si le sol est plutôt formé de matériaux grossiers ou si le champ d'épuration est déjà saturé en phosphore après des années d'utilisation, aucune des formes de phosphore ne sera retenue, minéralisée ou organique. Si le champ d'épuration en question n'est pas loin du cours d'eau, sa charge en phosphore pourra alors y aboutir rapidement.

Selon M. Drolet, «l'hypothèse de la contamination issue des champs d'épuration comme principale source de phosphore doit être étudiée attentivement. Si cette hypothèse se confirme, les mesures mises en avant devraient viser à interrompre cet écoulement de phosphore migrant en profondeur vers les lacs». Il faudrait alors revoir le plan de lutte global contre l'eutrophisation des lacs et concevoir de nouveaux outils normatifs pour contrôler le problème, estime Nature Québec, d'autant plus que cette source de phosphore pourrait, à son avis, s'avérer «plus considérable que celles provenant de l'épandage des fertilisants sur les gazons des rives».
3 commentaires
  • Michel Decarie - Abonné 18 juin 2007 06 h 41

    Et aprés?

    Quelles sont les solutions de rechange???? Avant de crier "au loup" ne vaudrait'il pas mieux de faire respecter "INTÉGRALEMENT" les réglements existant en faisant fi par exemple des droits acquis, en donnant aux municipalités les moyens de faire respecter des régles qui seraient uniformes pour tout le Québec.....

  • Claude Boire-Lavigne - Abonné 18 juin 2007 08 h 12

    Fosse septique et puisard

    Il m'apparaît clair que dans bien des cas les fosses septiques ont été, sont et seront un des facteurs importants de la pollution par le phosphore des eaux de nos ruisseaux, rivières et lacs. Il faut que le gouvernement intervienne rapidement et donne des pouvoirs plus élaborés aux municipalités afin que celles-ci puissent appliquer avec toute la "rigueur" nécessaire les lois et règlements. De plus, il faut que les municipalités répondent aux autorités gouvernementales de leurs négligences face à l'application des règlements existants et à venir.

    Enfin, combien y a-t-il de puisards défectueux au Québec? Qui vérifie "sérieusement" l'efficacité de ces puisards? Pendant combien d'années allons-nous encore endurer ce laisser faire actuel?
    Claude Boire-Lavigne

  • Lfa - Abonné 18 juin 2007 21 h 55

    Plus que des outils normatifs... des $$$

    S'il fallait que l'on évalue le rendement épurateur des centaines de milliers de systèmes septiques installés... et que le bilan soit négatif, cela pourrait entraîner des centaines de millions en travaux correctifs.

    Il faudrait entre autre évaluer la charge polluante résiduelle en fertilisants (phosphore, etc.) sortant d'un échantillon représentatif de systèmes d'épuration septiques et faire une analyse des coûts-bénéfices qu'il y aurait à apporter des correctifs dans chaque région concernée.

    Il y aurait aussi probablement des heures discussion intenses (pour ne pas dire de chicanes) dans chaque conseils municipal de petites villes et de nombreux mécontents à venir. Pas surprenant que le sujet soit tabou !