Québec ressort son projet de réingénierie de l'État

Québec — Québec revient à la charge avec son projet de 2003 de procéder à la réingénierie de l'État, qui passe notamment aujourd'hui par la privatisation de cinq services gouvernementaux.

Dans le budget 2007-08 déposé hier, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a annoncé que le gouvernement souhaite se recentrer sur ses missions essentielles et, ce faisant, créer des «occasions d'affaires dans toutes les régions du Québec». «Il n'appartient pas à l'État de faire le travail des garagistes ou des concepteurs de panneaux routiers», a-t-elle déclaré dans son discours budgétaire.

Dans les prochains mois, le gouvernement publiera des appels d'offres publics afin de céder le Centre de gestion de l'équipement roulant, le Centre de signalisation, le Réseau national intégré de radiocommunication, le service de fournitures et ameublement du Québec et, finalement, la Reprographie gouvernementale. Le gouvernement estime pouvoir régler le dossier d'ici un an.

Actuellement, ces cinq services représentent des dépenses de 96 millions. Les économies générées par la privatisation devraient atteindre quelque 10 millions, 10 % étant la cible fixée. Au total, 457 employés gouvernementaux seront touchés.

Pour Monique Jérôme-Forget, «il n'y a pas de vaches sacrées»; elle ajoute toutefois qu'elle n'est pas là «pour détruire». D'ailleurs, la ministre a souligné que, depuis 2003, la réingénierie de l'État, ce qu'elle appelle la modernisation, a permis des économies d'un milliard de dollars. Ces sommes ont été redirigées vers les secteurs de la santé et de l'éducation.

Ces économies sont liées aux 3400 postes éliminés par attrition dans la fonction publique. Depuis 2004, le gouvernement ne remplace qu'un employé parti à la retraite sur deux. D'ici trois ans, ce sont 3800 postes supplémentaires que le gouvernement prévoit d'abolir.

Dans cet esprit de révision des façons de faire gouvernementales, la ministre des Finances a également annoncé la mise en vente de trois immeubles appartenant à la Société immobilière du Québec (SIQ). Il s'agit de trois immeubles commerciaux: le 500 René-Lévesque Ouest, à Montréal, la Place Québec et le 25 de la rue Saint-Amable, à Québec. Le gouvernement indique qu'il n'est pas dans la mission de la SIQ de jouer un rôle d'exploitant de lieux commerciaux.

Les gains de la vente de ces immeubles seront versés au Fonds des générations, c'est-à-dire au paiement de la dette. La valeur globale de ces édifices est évaluée à 150 millions.

Lors de son arrivée au pouvoir en 2003, le gouvernement Charest avait entrepris un vaste exercice de révision des activités de l'État. Dans un contexte politique qui lui était nettement défavorable, le gouvernement a finalement accouché d'un plan de réingénierie assez limité. Avec la montée de l'ADQ, le gouvernement voit vraisemblablement la possibilité de reprendre cette voie.

Mathieu Laberge, chercheur associé à l'Institut économique de Montréal, un think tank de droite, a vu dans ces décisions un «bon message» envoyé par le gouvernement. «Il y a là une volonté de faire les choses autrement. Il y a des domaines où on peut tirer profit de la présence du privé», a commenté M. Laberge.

La réingénierie de l'État consiste à revoir l'ensemble des activités menées par le gouvernement afin d'adopter de nouvelles méthodes de gestion plus efficaces et moins coûteuses, estime la ministre.
5 commentaires
  • jean claude pomerleau - Inscrit 25 mai 2007 07 h 52

    On veut votre bien...et on l'aura.

    Peut importe ce qui serait souhaitable de faire comme réforme, le PLQ n'a pas la crédibilité pour prendre des décisions qui vont dans le sens de l'intérêt du Québec. On imagine plus M Charest au service de classe affairiste qu'au service du bien commun. Ils veulent notre bien et ils l'auront. Le problème du PLQ c'est qu'il n'a aucune crédibilité quand il s'agit de défendre le bien publique.

  • Pierre Castonguay - Inscrit 25 mai 2007 08 h 14

    Un désengagement sournois à double tranchant selon les réalistes

    Le gouvernement Charest vise à confier le nettoyage des hôpitaux au privé, pour se faire il a coupé, depuis des années, dans les budgets des effectifs et a causé la fulgurante endémie des infections nosocomiales. Il a privatisé les buanderies d'hôpitaux et maintenant les gens se couchent dans des textiles contaminés pour mourir de plaies de lits infectées. Les services qu'il s'apprête à privatiser sont moins vitaux et seront moins dispendieux sur le coup mais à long terme (le privé visant l'augmentation constante de ses profits) ils deviendront plus couteux. Si les citoyens s'opposent à l'augmentation des tarifs, c'est sur la qualité des services offerts que les firmes privées couperont afin de réduire leurs couts d'opération. C'est une politique de tape à l'oeil qui vise avant tout, de donner à des firmes amies des Libéraux, des contrats sur des services gouvernementaux.

    Malheureusement en fin de compte, les couts finissent toujours par regagner du terrain et annuler les économies initiales pour moins de qualité produite. Les lucides appellent cela : le progrès et des solutions nouvelles. Les solidaires appellent cela une catastrophe. Les réalistes eux (à la fois lucides et solidaires) appellent cela une occasion de mettre les freins afin de ne pas céder à une privatisation sans intelligence pour plaire aux bailleurs de fonds des Libéraux.

    Dans toute rationalisation, il faut que la solution apportée à une problématique ne soit pas plus problématique que le problème lui-même. et ça, le gouvernement Charest, ne semble pas vouloir le comprendre dans son désir de faire à tout prix plaisir à ses amis.

    Pierre Castonguay

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 25 mai 2007 11 h 41

    Problèmes de gestion ataviques

    Les problèmes de gestion de tous les jours n'ont rien à voir avec la propriété ultime des moyens de production, qu'ils soient étatisés ou privatisés, il s'agit d'un problème de technostructure. L'incurie peut sévir autant dans les deux sphères. L'ennui, c'est que la visée du profit n'entraîne pas plus d'efficience pour le Bien commun. La privatisation n'est donc pas une panacée universelle. Parlons plutôt des vraies choses, de réingénérie du capitalisme, d'accord ? Cela dit, il n'en faut pas moins empêcher que les citoyens ne se retrouvent pris en otage par les services publics sous le contrôle de syndicats mal encadrés par les lois ou la dynamique sociale. C'est donc dire que la problématique des vaches sacrées s'applique autant au privé qu'à l'État. L'État doit servir les intérêts de la majorité, pas ceux d'une classe possédante ou régnante, qu'elle se retrouve dans le privé ou dans le public.

  • Fernand Trudel - Inscrit 25 mai 2007 12 h 35

    Un pas de fait dans la bonne direction

    L'omniprésence de l'état est néfaste à l'innovation et à la création. Même si ce sont des gestes timides, il n'en demeure pas moins que la volonté ferme de ce gouvernemewnt est de se d.éengager de tâhes non essentielles.

    Je ne pleurerai pas de voir l'entreprise privée faire les pancartes du ministère des transports aet à moindre coût. Est ce la fonction de faire des pancartes que l'on juge assez essentielle pour ne pas s'en départir. Il n'y a que les pelleteux de nuages pouir penser ca...

    La privatisation du centre de gestion du roulant est un avant-goût de ce qui va se passer dans les commissions de transport en commun des grandes villes aux prises avec des populations prises en otage par des syndicats agressifs et revendicateurs.

    Il est temps que l'État laisse du lest pour que le Québec puisse faire face à la mondialisation.

    Oui, ces gestes du gouvernement sont un bon pas dans la bonne direction et de façon lucide.

  • Richard Dupuis - Inscrit 26 mai 2007 04 h 35

    En réaction à M. Pierre Castonguay

    À la lecture du commentaire de M. Pierre Castonguay, On oserait croire que tous les problèmes actuels du gouvernement sont dûs au fait d'avoir confié des tâches à l'entreprise privée.

    Dans le cas du nettoyage des hôpitaux, dont les bulletins de nouvelles ont abondamment parlé, ce ne sont pas des représentants d'entreprises privées qui ont défilé devant les caméras pour dire que le temps alloué était insuffisant pour faire les tâches de façon convenable, mais bien des dirigeants de syndicats d'employés du secteur public. Aussi, de tous les écueils qu'ont eu à subir le gouvernement concernant les problèmes de salubrité dans les hôpitaux, les textiles n'ont jamais été au centre des problèmes. C'est facile de lancer des accusations à gauche et à droite, mais encore faut-il que les reproches soient fondés pour qu'ils puissent être "réalistes".

    Quant aux bailleurs de fonds des libéraux, ils sont soumis à la loi sur le financement des partis politiques, comme ceux des péquistes et des adéquistes, alors je crois que cette affirmation de monsieur Castonguay n'est qu'un autre coup d'épée dans l'eau.

    Finalement, monsieur Castonguay affirme que "Dans toute rationalisation, il faut que la solution apportée à une problématique ne soit pas plus problématique que le problème lui-même." Nous savons tous que les gouvernements qui se succèdent à Québec depuis un bon bout de temps sont passés maîtres dans la gestion des problèmes. Par contre, aucun de ceux-ci, y compris celui de Jean Charest, n'a de réelle solution pour régler les problèmes. Aussi, les réalistes semblent oublier, intentionnellement ou non, que les salaires versés aux employés syndiqués n'ont souvent aucune commune mesure avec ceux versés par l'entreprise privée - les divers conflits à la STM nous le démontre plutôt bien - pour des tâches identiques. De plus, les coûts d'application de toutes ces conventions collectives, qui sont à toutes fins pratiques inapplicables, soutirent énormément d'argent aux contribuables.

    Finalement, si la fourniture de services par l'entreprise privée n'est pas une solution à considérer, j'apprécierais bien que monsieur Castonguay nous offre une autre solution pour que le gouvernement puisse économiser notre argent tout en assurant des services de qualité.