Loi sur le lobbying - Les lobbyistes sont vexés

La démarche du gouvernement du Québec pour encadrer les activités de lobbying ressemble à une chasse aux sorcières. Et le projet de loi qui en découle repose sur la méfiance et le doute.

C'est ce qui ressort des nombreuses critiques lancées hier lors d'un débat sur le lobbying organisé par le Conseil du patronat du Québec. Les lobbyistes-conseil les responsables des relations gouvernementales en entreprise, les relationnistes et autres avocats présents étaient unanimes à décrier les effets pervers que risque d'entraîner le projet de loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbying.

Pour Daniel Matte, vice-président et associé chez Hill & Knowlton / Ducharme Perron, le gouvernement du Parti québécois "a réagi sous le coup de la panique" en condamnant d'avance le lobbying. M. Matte, qui a été chef de cabinet de l'ancien ministre Guy Chevrette alors qu'il était aux Affaires municipales, a cité des extraits du mémoire présenté par le ministre de la Justice, Paul Bégin, à ses collègues du cabinet, question de démontrer l'esprit dans lequel baigne le gouvernement.

"Le caractère privé du lobbyisme, parce qu'il favorise les occasions de conflits d'intérêts, de trafic d'influence ou d'autres formes d'abus, contribue grandement à discréditer aux yeux des justiciables l'intégrité de principe des élus et des administrateurs publics", peut-on lire dans le document.

Selon l'ancien premier ministre Daniel Johnson, aujourd'hui avocat chez McCarthy Tétrault, le projet gouvernemental devrait présumer de la bonne foi des lobbyistes, ce qui ne transparaît pas. "Le gouvernement n'est-il pas en train de se tromper de cible? L'objectif devrait être de s'assurer de l'intégrité de l'appareil public plutôt que des lobbyistes", a affirmé M. Johnson.

Raymond Hudon, professeur de science politique à l'Université Laval, s'est dit déçu que le projet ne reconnaisse que timidement la légitimité de la pratique. "Ce projet stigmatise des gens en présumant qu'ils exercent des activités douteuses", a commenté M. Hudon.

En septembre prochain, l'Université Laval ouvre un nouveau programme d'études supérieures en affaires publiques et représentation des intérêts. Le professeur Hudon refuse d'accoler le terme "lobbying" à ce programme.

Plusieurs participants ont dénoncé l'esprit de délation que pourrait susciter ce projet, mais surtout l'inégalité des chances. "Oui à la transparence, mais pour tout le monde. [...] Pourquoi les syndicats sont exclus? Peut-être parce qu'ils ont fait un bon lobbying", a suggéré Daniel Matte.

À la fin du débat, ce dernier a lancé un appel pour que les lobbyistes se lèvent et fassent entendre leur point de vue. Les auditions publiques en commission parlementaire commenceront le 28 mai.