Relations de travail - Lapierre craint l'ADQ

Avec la montée de l'Action démocratique dans les intentions de vote, de nombreuses critiques et inquiétudes sont apparues, notamment dans le monde syndical. Les cols bleus de Montréal n'échappent pas à ce vent de crainte, d'autant plus que Mario Dumont a rappelé cette semaine que la fusion municipale devait entraîner un «rééquilibrage de nos lois du travail».

Les cols bleus de Montréal souhaitent un règlement de leur dossier avant la possible accession au pouvoir de l'Action démocratique du Québec. Celle-ci, avec son désir de mater les syndicats, provoquera «une crise sociale au Québec», estime le chef syndical Jean Lapierre.

Dans le contexte des négociations avec la Ville de Montréal, les cols bleus ne voient pas d'un très bon oeil que les discussions traînent en longueur, soit, en fait, jusqu'aux prochaines élections, qui pourraient entraîner un changement à la tête du gouvernement du Québec.

«Le monde syndical et les groupes populaires vont écoper. Les seuls qui vont sortir gagnants, c'est les multinationales. C'est clair que si Mario Dumont arrive au pouvoir, il va y avoir une crise sociale au Québec. On retourne au temps de Duplessis», a fait valoir M. Lapierre en entrevue au Devoir.

Pour le président des cols bleus de Montréal, l'élection de Mario Dumont comme premier ministre serait un virage à droite qui pourrait malmener les acquis syndicaux. Le discours adéquiste, qui réclame plus de liberté de choix et d'action, s'oppose ainsi au modèle québécois, qui a surtout fait la promotion de l'égalité, dit-il.

«Si c'est un gouvernement adéquiste, donc antisyndical notoire et propatronal, c'est sûr qu'on n'aura pas un allié qui va tenter de trouver un règlement intéressant», estime le chef syndical.

La loi 170 prévoit un règlement imposé s'il devait y avoir incapacité de s'entendre entre les deux parties. Mais la perspective du décret par un arbitre d'une première convention collective qui marquera ce nouveau Montréal pour les années à venir n'enchante guère le syndicat. D'ailleurs, les cols bleus et tous les autres syndicats de Montréal évaluent que cette voie favorisera la municipalité.

Cependant, Jean Lapierre prévient le maire Gérald Tremblay du revers d'une telle victoire. «À l'arbitrage, il va être trop tard pour la collaboration des cols bleus. Le maire va être pris à faire trois années de mandat d'enfer. Si on se fait imposer une convention de travail, c'est clair que les relations de travail vont être pourries, quel que soit le règlement. Et si les relations sont pourries, il n'y aura pas d'économies», dit M. Lapierre, qui a démontré, au fil de son implication syndicale, qu'il doit être pris au sérieux.

À ses détracteurs, il a d'ailleurs lancé en assemblée générale, il y a une dizaine de jours, ces propos: «On nous prend pour des ti-counes, ils nous sous-estiment, ils nous méprisent, ils nous prennent de haut. J'ai adoré ça, pendant les 19 ans où j'ai été président, être pris pour un niaiseux. S'ils nous prennent pour des niaiseux, on va agir en niaiseux.»

Le nouveau syndicat des cols bleus, qui regroupe quelque 6000 travailleurs depuis la fusion municipale, est donc pressé que les négociations aboutissent. D'ailleurs, en assemblée générale, les syndiqués ont voté un recours aux moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève générale illimitée. Des moyens de pression qualifiés de doux par le syndicat ont immédiatement été mis en oeuvre (refus systématique de remplacer les contremaîtres). Un crescendo d'autres moyens de pression se fera sentir d'ici les Fêtes avec une véritable intensification au début de l'année prochaine, a expliqué M. Lapierre.

Le jeu des négociations se joue également sur un autre plan: celui du blason à redorer. Les cols bleus traînent une réputation de gros bras, surtout depuis l'épisode au cours duquel ils avaient défoncé les portes de l'hôtel de ville, ce qui avait valu six mois de prison à M. Lapierre. «On apprécie quand la population a une idée plus juste de qui on est et comment on pense. Circonstanciellement, le type de négociation qu'on va avoir va sûrement redorer notre image», affirme le leader syndical.

Il estime par ailleurs que le gouvernement aurait tout intérêt à regarder de près l'attitude de l'équipe Tremblay, dont le serment d'allégeance à Montréal, ville fusionnée, faiblirait sous les pressions des banlieues. «La Ville semble démontrer par son attitude qu'elle ne souhaite pas l'harmonisation des conventions collectives, comme si on se laissait une porte ouverte pour la défusion. Ça peut être un signal pour le gouvernement actuel», a conclu Jean Lapierre.