Égalité et efficacité

Le conseil des ministres accueille pour la première fois une personne issue des minorités visibles, Yolande James, nouvelle ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.
Photo: Jacques Nadeau Le conseil des ministres accueille pour la première fois une personne issue des minorités visibles, Yolande James, nouvelle ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Québec — Le premier ministre Jean Charest a frappé un grand coup hier en dévoilant un conseil des ministres qui marquera l'histoire en étant celui qui comporte pour la première fois le même nombre de femmes que d'hommes.

Formé de 18 membres plutôt que 26 comme le précédent conseil des ministres, il est aussi un des plus modestes de l'histoire récente du Québec. En fait, il faut remonter à 1960 pour retrouver un plus petit nombre de ministres à Québec, alors que Jean Lesage en avait désigné 16. Pléthorique, le conseil des ministres de Bernard Landry en 2002 comptait 36 membres, un record.

Ce conseil des ministres innove aussi puisque, pour la première fois, une personne issue des minorités visibles, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, y figure.

C'est un conseil des ministres qui fera également l'histoire parce qu'il est celui du seul gouvernement minoritaire au Québec depuis 1878, a souligné Jean Charest dans son discours qui a suivi l'assermentation des ministres. «Pour le Parti libéral du Québec, la remise en question est inhérente aux devoirs d'État. Donc, ce gouvernement marquera une rupture avec le passé», a-t-il déclaré. En anglais, le premier ministre a même reconnu que, «dans sa sagesse, le peuple du Québec a décidé d'élire un gouvernement minoritaire». Le gouvernement «ne pourra plus décider seul et l'opposition ne pourra plus seulement critiquer», a-t-il dit.

Le premier ministre a promis hier de diriger un «gouvernement différent», qui mettra l'accent sur «un nombre limité de priorités» et aura pour objectif «d'améliorer la qualité de vie et le niveau des Québécois». Faire différemment, c'est aussi «rapprocher nos actions et nos décisions de ce qui touche la vie quotidienne de nos concitoyens», a-t-il dit.

La taille modeste du conseil des ministres s'explique par le fait qu'un gouvernement minoritaire a besoin d'un maximum de cohésion, a-t-on expliqué. En outre, on s'assure aussi qu'un plus grand nombre d'élus parmi les 48 députés libéraux s'acquittent des travaux parlementaires.

Non seulement titulaire du ministère des Finances mais aussi présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget aura la main haute à la fois sur les dépenses de l'État et sur ses revenus. Il faut remonter à Jacques Parizeau, qui assumait les responsabilités du Conseil du trésor, des Finances et du Revenu au sein du gouvernement Lévesque, pour voir un ministre qui a autant de pouvoir au Québec. Dans son discours, Jean Charest a toutefois passé sa commande: «Vous baisserez les impôts de tous les Québécois, en particulier les impôts de la classe moyenne», a-t-il dit. Avant Mme Jérôme-Forget, deux autres femmes avaient été ministre des Finances: Monique Gagnon-Tremblay brièvement à la fin de 1993 et au début de 1994 et Pauline Marois en 1995 puis de 2001 à 2003.

Même s'il ambitionnait d'assumer d'autres responsabilités, Philippe Couillard est forcé de conserver son poste de ministre de la Santé et des Services sociaux. Là encore, la fragilité propre à un gouvernement minoritaire a commandé ce choix, d'autant plus que le candidat libéral qui devait prendre la relève, le Dr Yves Bolduc, a mordu la poussière le 26 mars dans la circonscription de Lac-Saint-Jean. Philippe Couillard aura aussi un rôle central à jouer à titre de président du Comité des priorités du gouvernement. Il remplace à cette tâche Jacques Dupuis.

Très appréciée par l'entourage de M. Charest, Michelle Courchesne prend du galon et devient ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport en remplacement de Jean-Marc Fournier. Mme Courchesne cumulera aussi la fonction de ministre de la Famille, un poste que Carole Théberge, défaite dans Lévis, occupait.

Choix logique et attendu, Jean-Marc Fournier remplace Jacques Dupuis à titre de leader parlementaire, une fonction cruciale pour un gouvernement minoritaire, et obtient un ministère qui fonctionne tout seul, le Revenu.

Jean Charest souhaite que son gouvernement se rapproche des régions, où le Parti libéral a perdu bien des plumes le 26 mars. Dans cette optique, Nathalie Normandeau, qui demeure ministre des Affaires municipales et des Régions, est promue vice-première ministre à la place du Montréalais Jacques Dupuis. Ce dernier prend la tête de deux ministères: Justice et Sécurité publique.

Claude Béchard quitte l'Environnement pour diriger le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, ce qui témoigne de la même volonté du premier ministre de se préoccuper des régions. M. Béchard aura aussi un vaste territoire à couvrir à titre de responsable de trois régions: le Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

C'est Line Beauchamp qui prend le relais de Claude Béchard comme ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Elle sera le troisième ministre à se charger du dossier lancinant de la privatisation partielle du parc du Mont-Orford.

Dans la composition de son conseil des ministres, Jean Charest a laissé sur le carreau deux candidats-vedettes qu'il avait recrutés lors des dernières élections. Simples députés, l'ex-président de Corus Québec, Pierre Arcand, et l'ex-présidente de la Banque de Montréal, Nicole Ménard, ont dû faire contre mauvaise fortune bon coeur. En revanche, l'ex-journaliste de Radio-Canada, Christine Saint-Pierre, prend la relève de Line Beauchamp à la Culture et aux Communications tandis que la communicatrice Marguerite Blais est nommée ministre responsable des Aînés. Il s'agit d'une nouvelle fonction, encore mal définie, dont la création faisait partie des engagements électoraux des libéraux.

Ministre déchu en 2005, Sam Hamad refait surface à titre de ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Cet ancien président de la Chambre de commerce de Québec aura pour tâche d'augmenter le nombre de personnes qui quitteront l'aide sociale, a précisé M. Charest. C'est toutefois Philippe Couillard qui est nommé responsable de la région de la Capitale-Nationale.

Trois ministres conservent intégralement leurs anciennes fonctions, soit la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, et le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. Dans son cas, Jean Charest lui confie un portefeuille de plus, celui des Affaires autochtones. Reconnu pour ses bonnes manières et son fair-play à l'Assemblée nationale, M. Pelletier devient aussi leader parlementaire adjoint.

La responsabilité du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation passe à Laurent Lessard. Le doyen chez les libéraux, Yvon Vallières, qui occupait cette fonction, souhaitait assumer une moins lourde charge: il présidera le caucus libéral.

David Whissel remplace Laurent Lessard au Travail tandis que Julie Boulet, de ministre déléguée aux Transports, devient ministre de plein titre. À l'aise dans son rôle de préfet de discipline, Norman MacMillan conserve son poste de whip en chef.

En tout, cinq ministres ont perdu leur limousine pour redevenir de simples députés: il s'agit de Lawrence Bergman (Revenu), d'Henri-François Gautrin (Services gouvernementaux), de Geoffrey Kelly (Affaires autochtones), d'Yvon Marcoux (Justice) et de Lise Thériault (Immigration).
8 commentaires
  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 19 avril 2007 06 h 06

    Cinquante pour cent de femmes...

    ...et une ministre de couleur tout de même. Sauf erreur, c'est quand-même une première au Québec, et ça vaut la peine de le signaler je pense. Mais ce n'est peut-être pas 'aussi' important?

  • Roland Berger - Inscrit 19 avril 2007 07 h 14

    Virage à droite accentuée

    Le nouveau cabinet libéral fait belle image. On verra pour la réalité. En 2003, Charest a tenté un virage à droite qu'il a masqué d'un bel euphémisme, la « réingénierie» de la gouvernance. Les réactions du peuple, et encore davantage celles des centrales syndicales a ramené la direction vers le centre. La présence d'un parti d'opposition franchement conservateur ouvre toutes grandes les portes à une accentuation du virage entrepris par Charest. Qui aurait cru ?
    Roland Berger
    London, Ontario

  • jacques noel - Inscrit 19 avril 2007 07 h 52

    Power Femelles

    Sur les 16 femmes libérales élues, 9 se retrouvent au cabinet (56%)
    Sur les 32 hommes libéraux élus, 9 se retrouvent au cabinet (28%).
    Les femmes sont tellement fortes qu'elles valent deux hommes!

  • Claude Stordeur - Inscrit 19 avril 2007 09 h 11

    L'habit ne fait pas le moine

    A vouloir trop jouer avec les symboles on fini par noyer le poisson de la bonne gouvernance dans le maquillage du cabinet en mi-figue mi-raisin.
    C'est sans doute le manque de femme d'expérience qui a guidé le choix de limité le gouvernement à 18 travailleurs de fond.
    On vas laisser la chance au coureur et au casse gueule du gouvernement minoritaire. Il y a malheureusement à parier que Dumont,l'étoile montante au firmament de la classe moyenne riche sera comment miner le terrain de jeu de ces courageux ministres qui iront sans doute plus souvent à l'abattoir qu à la ronde.
    Le vrais changement se fera si à la prochaine élection les québécois votent en masse pour cette bête politique qui veut le bien de son parti a tout prix. J'ai comme l'impression que le Canada et sa belle province auront pour un certain temps des gouvernements minoritaires ce qui permet d'atténuer les envies de commandite des parti au pouvoir.

  • Jean Poirier - Inscrit 19 avril 2007 09 h 24

    Réduire: néfaste

    Ayant siégé à titre de député pendant onze ans à Toronto, je crois être en mesure d'apprécier la perception, l'efficacité et l'impact réel de réduire le nombre de ministres à un nombre irréaliste à un conseil. Il est totalement ridicule et inéfficace d'en réduire le nombre comme le premier ministre du Québec vient de faire. J'ai vu l'impact sur la santé de mes collègues ministres quand, pour "bien paraître" et faire "politiquement correct", le Premier ministre du temps, David Peterson, avait réduit radicalement le nombre de ministres, donnant trois ou quatre porte-feuilles à certains individus. Ces gens étaient crevés et m'ont admis qu'il leur était impossible de suivre et de gérer efficacement tous ces dossiers. Vingt ans plus tard, Jean Charest commet la même erreur. Pour réaliser quelles vraies économies? Bien peu, à comparer au coût de dossiers mal ou presque pas gérés. Mais, il faut croire que la population aime savoir qu'il va y avoir quelques limousines en moins et que les "oubliés devront marcher, car ça va leur faire du bien". Combien de fois je l'ai entendu celle-là. Quelles fausses économies ! Entre temps, le gouvernement du Québec va baisser les impôts de plusieurs centaines de millions de dollars. Tandis que des assistés sociaux se font avoir, comme Le Devoir nous a démontré hier. Et que la bactérie C. difficile continue de tuer des patients, faute de fonds, donc de personnel, pour bien désinfecter les hôpitaux. Lieux où nous sommes supposés guérir plutôt qu'attraper des bactéries mortelles. Et que des municipalités déversent toujours en 2007 leurs eaux usées directement dans les cours d'eau. Etc.
    Épeler fréquemment et lentement le mot CONsommateur m'aide beaucoup à mieux comprendre pourquoi la société n'impose toujours pas de quota à la bêtise humaine.