Non au budget Charest

Le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont, s’est entretenu hier avec le jeune Michel Croteau, fils de la députée adéquiste Sylvie Roy.
Photo: Jacques Nadeau Le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont, s’est entretenu hier avec le jeune Michel Croteau, fils de la députée adéquiste Sylvie Roy.

Québec — Il serait surprenant que l'Action démocratique du Québec vote en faveur du nouveau budget qui sera présenté par le gouvernement minoritaire de Jean Charest au cours des six prochaines semaines. C'est ce que le chef de l'opposition Mario Dumont a soutenu hier, campant du coup le Parti québécois dans le rôle de sauveteur du gouvernement. «Généralement, l'opposition officielle, à moins de cas exceptionnel, vote contre le budget. On est l'opposition loyale de sa majesté, et c'est notre première responsabilité de talonner le gouvernement dans tout son travail», a lancé M. Dumont lors d'un point de presse. Bien sûr, le chef adéquiste a insisté pour dire que sa formation politique «prendra une décision en caucus en temps et lieu» lorsque le budget sera déposé.

En après-midi, en marge de l'assermentation des 41 élus adéquistes, l'entourage de M. Dumont a mis en relief le fait qu'au fédéral, les derniers gouvernements minoritaires, ceux de Paul Martin et de Stephen Harper, n'ont jamais été maintenus en vie par le groupe d'opposition officielle mais bien par des tiers partis: le NPD et le Bloc.

«C'est probablement la situation qui va se reproduire ici», a confié hier Gilles Taillon, député de Chauveau et numéro deux adéquiste. «On verra. Tout à coup, M. Charest nous donne tout ce qu'on souhaite dans les discussions budgétaires? S'il procède avec une grande collaboration dans son approche de préparation du budget, on verra... [...] On lui passe un message: on est prêts à collaborer en autant que lui fasse les premiers pas», a ajouté M. Taillon.

Au cabinet du premier ministre, on s'est montré surpris des déclarations adéquistes. «C'est un peu particulier de dire qu'on va voter contre un budget alors qu'on ne sait même pas ce qu'il y a dedans», a déclaré Hugo D'Amours, l'attaché de presse de Jean Charest. M. D'Amours a toutefois tenu à souligner qu'il existe des «lignes de communication» avec l'ADQ, une chose nécessaire «en contexte de gouvernement minoritaire». MM. Dumont et Charest se sont déjà rencontrés la semaine dernière et, de plus, des communications se font «au niveau des leaders, au niveau des chefs de cabinet».

Au Parti québécois, on s'est dit surpris de la déclaration de Mario Dumont compte tenu du fait que les deux partis, le PLQ et l'ADQ, «s'entendent sur plusieurs choses», notamment «la hausse des tarifs de garde et la hausse des frais de scolarité», a déclaré l'attaché de presse de l'aile parlementaire, Éric Gamache. «En disant non aujourd'hui au budget, est-ce que cela signifie que Mario Dumont renonce déjà à la possibilité et à sa responsabilité, dans un gouvernement minoritaire, de proposer des modifications au budget?», a ajouté M. Gamache en l'absence du chef péquiste André Boisclair, actuellement en vacances (à l'instar de l'ancien critique de l'opposition en matière de finances, François Legault). M. Boisclair reprendra le travail — dans l'ancien bureau du député libéral Éric R. Mercier au troisième étage de l'hôtel du Parlement — quelques jours avant l'assermentation des députés du PQ, le 25 avril. M. Dumont emménagera au début de la semaine prochaine dans l'ancien bureau de M. Boisclair, au deuxième étage.

Dans son point de presse du lendemain des élections, le chef péquiste avait réclamé que le nouveau budget du gouvernement minoritaire fasse «écho à la fois à la nouvelle situation financière» du Québec, compte tenu des transferts annoncés par le gouvernement fédéral, et à «la nouvelle situation politique». Il avait réclamé que le gouvernement adopte les «PCGR», les «principes comptables généralement reconnus», qui le forceraient à inclure les résultats des établissements de santé et de services sociaux dans ses périmètres comptables, ce qui conduirait le gouvernement à présenter un déficit.

Dette ou baisse d'impôt?

Adopter les PCGR a aussi été une demande de plusieurs des 41 députés adéquistes à leur entrée au caucus, hier matin, dont Éric Caire, de La Peltrie: «On va s'assurer qu'on a vraiment un budget en équilibre parce qu'on sait que les méthodes comptables ont été assez durement critiquées par le vérificateur général.» Les députés ont aussi paru divisés et tiraillés devant cette question: «Faut-il baisser les impôts ou réduire la dette?» Le leader adéquiste Sébastien Proulx a déclaré ceci: «C'est sûr que les gens veulent plus d'argent dans leurs poches, mais ils ne veulent pas se faire conter de menteries» à propos de l'état de la dette. André Riedl, élu dans Iberville, s'est dit personnellement «en faveur de la réduction de la dette». Le chef Mario Dumont a pour sa part rappelé que depuis sa fondation, l'ADQ s'est surtout inquiétée de la taille de la dette. Le caucus adéquiste devra donc statuer sur ces questions lors du débat sur le budget.

Au reste, le caucus de l'ADQ a décidé hier d'interdire aux élus d'embaucher des membres de leur famille à des postes politiques. Cela pourrait contraindre le député Sylvain Légaré, de Vanier, à congédier sa mère, Gisèle Gagné, qu'il employait depuis un an. Mais pour passer aux actes, M. Légaré a exigé hier après-midi que le parti ou l'Assemblée nationale statue par écrit sur cette question. «Je ne suis pas encore congédiée», a noté Mme Gagné hier après l'assermentation.

Duplessis en exemple

Les adéquistes ont été assermentés hier après-midi dans une atmosphère de fête au Salon rouge, où le drapeau canadien brillait par son absence. Dans son discours, M. Dumont a promis une «opposition ferme et résolue» qui travaillera pour la classe moyenne. À ses dires, depuis le 26 mars, «le pouvoir politique ne peut plus se comporter en souverain aveugle et prendre des décisions contraires à l'intérêt public». Il a dit que le «Québec politique est entré dans le XXIe siècle» tout en se référant de manière «surprenante» — aux yeux de l'ancien président de l'ADQ, le politologue Guy Laforest, présent hier — à Maurice Duplessis ainsi qu'à l'ancien premier ministre conservateur John Diefenbaker. Il s'est dit inspiré par le fait qu'en 1936, le chef de l'Union nationale avait mis au jour le gaspillage de fonds publics du gouvernement Taschereau au Comité des comptes publics. M. Dumont a aussi cité un long passage de John Diefenbaker où ce dernier vantait le travail de l'opposition quand celle-ci combat «l'empiétement injuste, par le cabinet, sur les droits du peuple» et dénonce les «extravagances» du gouvernement.

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