La résistance s'amplifie contre les salons de jeu

Le projet de construction dans la couronne nord de Montréal d'un hippodrome privé financé en partie par les profits du nouveau concept de salon de jeu de Loto-Québec rencontre une résistance de plus en plus forte. Deux municipalités ont fait connaître officiellement leur opposition par voie de résolution, un groupe de citoyens fait circuler une pétition et des députés libéraux, dont la ministre responsable de Laval, Michèle Courchesne, se montrent plus critiques que jamais.

Pourtant, il n'y a toujours aucun projet concret connu publiquement. Le propriétaire des hippodromes, Attractions hippiques, une entreprise dirigée par le sénateur Paul J. Massicotte, et Loto-Québec se font discrets sur leur partenariat. Les informations filtrent au compte-gouttes, suscitant des inquiétudes inversement proportionnelles.

Le sénateur Massicotte veut en faire le fleuron de ses hippodromes en renouvelant le genre pour qu'il devienne un lieu festif où les familles viendront s'y divertir, comme il l'affirmait en entrevue au Devoir en décembre dernier. Mais cette vision ne correspond pas aux «objectifs de développement» de la municipalité de Blainville.

Le 16 janvier dernier, les élus de cette ville ont rejeté à l'unanimité l'idée d'implanter un hippodrome auquel Loto-Québec annexerait un salon de jeu avec 1300 ALV. «La venue d'un hippodrome avec salons de jeu (mini-casino) [...] est susceptible d'avoir des répercussions négatives», peut-on lire dans le procès-verbal du conseil municipal.

Le même jour, la Ville de Boisbriand a également exprimé son opposition en adoptant une résolution qui indique que le projet «n'est pas souhaitable ni approprié pour le mieux-être des citoyens». Selon le directeur général de Boisbriand, Michel Lacasse, il fallait mettre un terme aux rumeurs et surtout rassurer les citoyens craintifs de voir s'installer un complexe de jeux qui risque de générer des problèmes sociaux et une recrudescence de la criminalité.

Le rapport des dix-huit directions de santé publique du Québec déposé en février dernier, qui soutient que les courses de chevaux et les ALV sont un mélange explosif pour la population, n'a guère calmé les craintes. À Laval, trois résidantes du quartier Sainte-Dorothée ont démarré un mouvement de contestation. Une pétition circule en vue d'être déposée à l'Assemblée nationale le mois prochain. On y indique les effets néfastes pour la quiétude et la sécurité de la population en plus d'y exprimer une préoccupation environnementale puisque les sites envisagés sont situés dans la zone agricole permanente.

Trois sites seraient ciblés à Laval, dont celui à l'angle des autoroutes 440 et 13, un autre tout juste au sud, à la hauteur du boulevard Saint-Martin et de l'autoroute 13, et un dernier à l'extrémité est de l'île Jésus, à proximité de la sortie du futur pont de l'autoroute 25. On confirmait hier à Laval que des «rencontres exploratoires» ont eu lieu entre le promoteur et les services municipaux. De son côté, le maire Gilles Vaillancourt continuait d'affirmer, lors de la séance du conseil municipal de la semaine dernière, n'avoir rien à dire sur un projet qui est virtuel.

Les pétitionnaires jugent qu'il s'agit là d'une désinvolture contraire à la transparence. Mais voilà, le conseiller municipal de Sainte-Dorothée, Pierre Cléroux, n'est pas prêt à monter aux barricades pour les gens qu'il représente, pas plus qu'il ne défend la pertinence d'un tel projet. «Je ne donne pas mon opinion. Je dis comme mon maire. Il n'y a pas de proposition sur la table», indique M. Cléroux.

La ministre responsable de la région de Laval et députée de Fabre, Michèle Courchesne, est favorable à ce que la population soit consultée. «On ne peut pas s'imaginer qu'un tel équipement vienne s'installer dans un quartier sans tenir compte de l'avis de la population. En 2007, c'est impensable», affirme Mme Courchesne.

À Loto-Québec, on se borne à dire que la société d'État «va suivre la réglementation municipale» à cet égard. Chez Attractions hippiques, c'est le silence.

Mais Michèle Courchesne renchérit en soulignant que des analyses sérieuses et des évaluations d'impacts doivent être menées et les résultats divulgués. Le promoteur et Loto-Québec doivent démontrer le bien-fondé du projet, assure-t-elle. «Compte tenu du fait que la population s'organise et s'exprime, je me sens la responsabilité, non seulement d'être à l'écoute, mais aussi de défendre les intérêts de cette population. Et si elle ne souhaite pas un tel projet, c'est évident que je ferai écho à cela», soutient-elle.

Son collègue Maurice Clermont, député de Mille-Isles, abonde dans ce sens et promet de consulter la population. «À première vue, je suis plutôt défavorable. Ça ne va pas dans une place où il y a des petits salariés. L'est de Laval n'est pas une poubelle! [...] Un moment donné, les machines de loterie, assez c'est assez», lance M. Clermont.

Le projet d'hippodrome et de salons de jeu dans la couronne nord doit voir le jour à la fin de 2008, selon l'échéancier original de Loto-Québec. Deux autres projets similaires sont en voie de réalisation, l'un à Québec dans le quartier populaire de Limoilou et l'autre à Trois-Rivières. À Québec, le nouveau concept appelé Ludoplex a suscité jusqu'ici beaucoup de questionnement. L'ouverture est tout de même prévue en septembre prochain. Loto-Québec ouvrira également un salon de jeu seul à Mont-Tremblant.

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