Le viaduc était en mauvais état

Pierre Marc Johnson
Photo: Jacques Nadeau Pierre Marc Johnson

Le viaduc de la Concorde n'était vraiment pas en bon état quand il s'est effondré, le 30 septembre dernier. Entre fissures et corrosion, l'ingénieur de la commission Johnson qui a ausculté les restes de la structure a relevé à plusieurs endroits les traces évidentes d'une grave détérioration.

La troisième journée d'audiences publiques de la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde (CEVC) a marqué l'entrée en scène des nombreux experts qui se succéderont à la barre au cours des prochaines semaines. Le premier de ceux-ci, Éric Ouellet, ingénieur spécialiste des structures de béton que la commission a engagé au lendemain du drame, a déclaré hier qu'un oeil le moindrement averti aurait pu voir que quelque chose n'allait pas sur la structure du viaduc.

Sur les photos prises par M. Ouellet au cours des jours qui ont suivi l'accident (sa tâche consistait en quelque sorte à disséquer les restes de la structure et à faire des observations mais non pas à procéder à des analyses), on peut voir de nombreuses marques blanchâtres et des fissures. Selon M. Ouellet, elles étaient visibles avant l'effondrement. Il a fait remarquer que le viaduc avait dû être réparé après sa construction puisqu'il y a observé du béton plus récent.

L'intérieur de la structure n'était pas en meilleur état que l'extérieur. En faisant du carottage un peu partout dans la structure et en découpant les porte-à-faux restés debout, Éric Ouellet a aussi relevé des marques internes de dégradation et de corrosion.

L'ingénieur a par ailleurs montré aux commissaires que la partie supérieure d'un étrier de la structure pointait vers le bas plutôt que de suivre une ligne droite. Cela pourrait signaler un défaut de construction par rapport aux plans originaux.

En après-midi, le directeur des structures au ministère des Transports du Québec (MTQ), Guy Richard, a expliqué que des ponts du type de celui de la Concorde ne sont plus construits au Québec de nos jours. «On s'est rendu compte que c'est difficile à réparer, a mentionné M. Richard. Il y a toujours un joint au-dessus de la chaise, et ce joint finit toujours par couler. Quand ça arrive, il ne nous donne pas un coup de téléphone... Alors, avec l'eau et le sel [qui s'infiltrent], ça s'endommage et c'est difficilement réparable. C'est une des raisons pour lesquelles on ne fait plus de ponts comme ça.»

L'autre grand problème relevé par M. Richard, c'est que les ponts «qui ont des problèmes donnent normalement des signes [avant-coureurs], des symptômes extérieurs. Or ce genre de pont n'en donne pas.» Le haut fonctionnaire a ajouté qu'il aurait été ardu pour les ingénieurs du ministère de présumer du risque que le viaduc posait. «On n'avait jamais expérimenté ce genre de rupture avant», a-t-il dit, précisant que la littérature dans le domaine ne faisait pas du tout mention d'un tel risque.

Tant M. Richard que M. Ouellet ont indiqué hier que c'est probablement le porte-à-faux et non la chaise de la structure du viaduc qui s'est rompu.

La commission fait relâche jusqu'à mardi. Elle reprendra à Montréal après trois jours d'audiences à Laval.

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