Commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde - Un viaduc à inspecter au «pc»... mais pas tout de suite

Le surveillant routier Jules Bonin et son supérieur, Jean-Pierre Chabot.
Photo: Jacques Nadeau Le surveillant routier Jules Bonin et son supérieur, Jean-Pierre Chabot.

Le surveillant routier qui s'est rendu sous le viaduc de la Concorde moins d'une heure avant son effondrement a été suffisamment préoccupé par ce qu'il a vu pour demander une inspection de la structure «au PC». Il n'a toutefois rien noté qui eût pu justifier la fermeture de l'autoroute 19.

La signification exacte de l'expression consacrée «au plus crisse» a occupé une place de choix pendant la deuxième journée des audiences publiques de la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde (CEVC), hier à Laval. Les mots sont sortis de la bouche de Jules Bonin, surveillant routier à l'emploi du ministère des Transports et dernier représentant officiel à avoir vu le viaduc de la Concorde debout.

Le 30 septembre dernier, M. Bonin a donc répondu à un appel vers 11h25 signalant la présence de morceaux de béton sur la chaussée de l'autoroute 19, du côté sud-est du viaduc. Arrivé sur les lieux une dizaine de minutes plus tard, le surveillant routier a trouvé sur l'accotement un gros morceau de béton et une vingtaine de petits éclats de la grosseur d'une balle de golf.

Mis ensemble, ces morceaux n'auraient toutefois pas atteint la taille d'une valise, a mentionné M. Bonin. Mardi, un des premiers témoins de la commission a témoigné avoir appelé au 911 pour signaler la chute d'un morceau d'une longueur d'au moins un mètre.

M. Bonin a ramassé ces morceaux et observé dans la structure du viaduc un trou correspondant sensiblement à la taille du plus gros morceau de béton. Notant qu'il y avait là «un p'tit quelque chose» d'anormal, il a pris une photo, inspecté rapidement le viaduc et rédigé un «rapport d'anomalie». Dans ce rapport, le surveillant indique que des «morceaux de béton sont tombés du viaduc dans l'accotement. À faire inspecter au PC». Il n'a pas cru bon informer son supérieur de ses observations.

Selon ce qu'a indiqué M. Bonin à la commission, «au PC» signifiait pour lui qu'il fallait procéder à une inspection «prioritaire» mais pas «urgente». En clair, cette inspection pouvait attendre jusqu'au lundi matin (l'effondrement est survenu samedi). «Je n'ai jamais pensé que le viaduc pouvait tomber», a-t-il répété une bonne dizaine de fois devant les questions insistantes des avocats qui cherchaient à comprendre pourquoi M. Bonin n'avait pas fermé l'autoroute 19 par précaution. Si la tâche principale d'un surveillant est de veiller à la fluidité de la circulation, il a l'autorité nécessaire pour demander la fermeture d'une autoroute.

En après-midi hier, son supérieur Jean-Pierre Chabot est venu confirmer que Jules Bonin avait suivi la procédure prévue, toujours en vigueur aujourd'hui. «Je suis convaincu que si M. Bonin avait craint que le viaduc tombe, il aurait immédiatement appelé le centre de communication» et l'autoroute 19 aurait été fermée à la circulation, a mentionné M. Chabot, contremaître en routes et structures. La fermeture d'une autoroute aussi importante peut quand même prendre une bonne vingtaine de minutes, a-t-on précisé.

M. Chabot a aussi indiqué à la commission qu'il était normal que son surveillant n'ait pas prévenu son supérieur de l'incident relevé. «On n'appelle pas pour un objet ramassé au bord de la route. [...] Il ne m'a pas appelé parce qu'il croyait qu'il n'y avait pas de danger.» M. Chabot n'a été mis au courant des problèmes du viaduc qu'après l'effondrement. C'est M. Bonin qui l'a prévenu: il venait de recevoir un appel lui indiquant que d'autres débris tombaient du viaduc. Le temps de revenir sur les lieux, cinq personnes étaient mortes.

Les ingénieurs restent

Par ailleurs, l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) a finalement décidé de continuer à participer à la CEVC, malgré le refus du président Johnson et du commissaire Armand Couture de quitter leur fonction, comme le demandait le syndicat des ingénieurs.

En conférence de presse hier midi, le président de l'APIGQ, Michel Gagnon, a expliqué que les ingénieurs ne voulaient pas retarder une commission qui coûtera cher. Mais ils demeurent convaincus que MM. Johnson et Couture n'ont pas l'impartialité requise pour bien juger de la situation et qu'il s'agit d'une commission «fantoche». L'APIGQ craint ainsi d'être injustement montrée du doigt au terme du processus.

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