Les verts veulent attirer les écolos des autres partis

Scott McKay, chef du Parti vert du Québec
Photo: Jacques Grenier Scott McKay, chef du Parti vert du Québec

Les électeurs ont parlé et le Parti vert du Québec (PVQ) jubile. Fort d'une avance de 10 000 voix sur Québec solidaire (QS) pour un total de 3,89 % des suffrages exprimés, la formation écolo a tenu hier, au lendemain du scrutin, à réaffirmer son utilité et sa crédibilité sur la scène politique provinciale. Les verts ont également fermé une fois de plus la porte à une éventuelle fusion avec le parti de Françoise David et Amir Khadir, qu'ils accusent au passage de malhonnêteté intellectuelle dans la lecture des résultats faite hier par QS.

«C'est malhonnête de prétendre que les candidats verts ont coupé l'herbe sous le pied des candidats de QS dans quelques circonscriptions, a commenté en entrevue au Devoir le chef des verts, Scott McKay. L'électorat du PVQ est différent de celui de Québec solidaire. Nous occupons deux terrains électoraux distincts. J'en veux pour preuve les 17 circonscriptions où le PVQ n'a pas réussi à présenter des candidats et où, malgré cela, les représentants de QS n'ont pas récolté plus de suffrages qu'ailleurs.»

En tête dans la marge, les verts songent désormais à faire de l'oeil aux sympathisants écolos de toutes les allégeances politiques, y compris de QS, qui seraient tentés par l'aventure du PVQ, une formation politique à «l'identité forte qui fait partie d'une grande famille démocratique à travers le monde», a-t-il ajouté. «Nos portes sont ouvertes aux gens de bonne volonté qui veulent faire du développement durable une priorité. Mais ces gens vont devoir accepter de laisser au vestiaire leur étiquette gauche-droite ou souverainiste-fédéraliste.»

Des voix et des sous

Qualifiés de «victoire historique», les résultats obtenus par les verts au terme de la campagne devraient à l'avenir donner plus de moyens à ce parti. En effet, les 155 000 électeurs, soit 10 fois plus qu'en 2003, qui ont accordé leur appui au PVQ assurent désormais à la formation un budget de fonctionnement de 110 000 $ par année, contre 20 000 $ l'an dernier. Par ailleurs, comme le parti a obtenu plus de 1 % des suffrages, 50 % de ses dépenses vont lui être remboursées.

Grâce à ce pactole, M. McKay compte poursuivre la construction de son parti et stimuler davantage la progression du vote vert dans les prochaines années. Il souhaite aussi poursuivre ses pressions sur Québec pour une réforme du mode de scrutin en faveur de la proportionnelle, un système favorisant les tiers partis.

«Cette année, nous avons réussi à présenter 108 candidats, a-t-il dit. À la prochaine échéance électorale, nous en aurons 125, avec en plus la présence de bases électorales fortes dans la plupart des comtés.»

Dans l'euphorie, M. McKay a toutefois reconnu hier un échec important de cette campagne: sa défaite dans la circonscription de Bourget, où le chef des verts, le candidat pourtant le plus visible durant la course à la députation, n'a récolté que 8 % des suffrages, pour arriver en quatrième position. «Mon attachement émotif à Bourget [un coin de Montréal où il a grandi et où il vit toujours] n'a pas été payant, a-t-il résumé. Cette année, j'ai écouté mon coeur. La prochaine fois, je vais plutôt suivre ma tête en me présentant dans un comté où mes chances de victoire seront meilleures.»

Baume sur la douleur, son homologue fédérale, Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada (PVC), a salué hier la «percée extraordinaire» des verts au Québec, un signe que les électeurs «en ont assez des vieux partis qui offrent les mêmes vieilles idées», a-t-elle dit. Mme May s'est également réjouie des deuxièmes places occupées par des verts dans trois circonscriptions: Westmount-Saint-Louis, Notre-Dame-de-Grâce et d'Arcy-McGee.