Tout aux baisses d'impôt

Jean Charest a annoncé hier à Montréal qu’à la suite de la présentation du budget fédéral, les baisses d’impôt totaliseront 950 millions si les libéraux sont reportés au pouvoir.
Photo: Jean Charest a annoncé hier à Montréal qu’à la suite de la présentation du budget fédéral, les baisses d’impôt totaliseront 950 millions si les libéraux sont reportés au pouvoir.

La marge de manoeuvre de 700 millions dégagée par la correction du déséquilibre fiscal annoncée lundi par le gouvernement fédéral sera affectée entièrement à la réduction des impôts de la classe moyenne à compter de janvier prochain, a promis hier Jean Charest.

Comme l'a expliqué devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le chef libéral, cette somme s'ajoutera aux 250 millions déjà annoncés lors du budget présenté la veille du déclenchement des élections, le 20 février dernier. Ainsi, les baisses d'impôt totaliseront 950 millions si le Parti libéral du Québec est reporté au pouvoir.

L'engagement a des airs de déjà vu. En 2003, le chef du Parti libéral avait promis de réduire les impôts d'un milliard par année, ce qui n'a pas été réalisé. Les baisses réelles d'impôt totaliseraient 1,4 milliard depuis quatre ans.

À quelques jours du scrutin, le chef libéral change donc de cible. La santé n'est plus dans la mire avec la manne fédérale contenue dans le budget Flaherty. Au cours des quatre dernières années, «on a fait passer la santé, l'éducation et les familles à faible revenu en premier parce qu'on a dû faire des choix avec les moyens financiers que nous avions. C'est maintenant à la classe moyenne qu'il faut penser», a déclaré M. Charest devant plus de 1000 personnes.

Concrètement, cela signifie une baisse d'impôt moyenne de 750 $. Les libéraux avaient préparé hier des exemples pour expliquer leur engagement: une famille avec deux enfants ayant deux revenus totalisant 100 000 $ bénéficiera d'une réduction de 650 $ d'impôt; une famille de deux enfants disposant d'un seul revenu de 75 000 $ aura 900 $ de plus dans son portefeuille; pour une famille de deux enfants avec un seul revenu de 65 000 $, la réduction du fardeau fiscal équivaudra 750 $.

Tous les contribuables québécois dont le revenu annuel est de 30 000 $ ou plus profiteront de cette réduction d'impôt. Pour y parvenir, Jean Charest propose une modification des seuils de revenus de la table d'imposition. Sous un gouvernement libéral, les seuils seraient relevés: de 0 à 37 500 $ (plutôt que 29 290 $) pour le premier taux de 16 %; de 37 500 $ à 75 000 $ (plutôt que 58 595 $) pour le deuxième taux de 20 %; de 75 000 $ ou plus pour le troisième taux de 24 %.

Les 700 millions utilisés pour réduire les impôts proviennent du calcul de la péréquation et ne sont pas destinés à un secteur en particulier; le gouvernement du Québec a donc la liberté de les utiliser comme bon lui semble. Pour l'année 2007-08, le Québec obtient 1,6 milliard en transfert de péréquation. De cette somme, le versement de 923 millions était déjà prévu.

Au-delà des 700 millions, le Québec reçoit quelque 200 millions en nouveaux fonds, mais ceux-ci doivent être alloués à des services gouvernementaux précis (santé, environnement, services sociaux et infrastructures). «J'ai dit à plusieurs reprises au cours de cette campagne que d'éventuelles sommes destinées à corriger le déséquilibre fiscal serviraient à accélérer la mise en oeuvre de nos priorités. [...] Le reste ira aux Québécois», a déclaré M. Charest.

Le chef libéral a toutefois souligné que les transferts en éducation postsecondaire ne sont pas suffisants. «Nous devons continuer à travailler avec nos partenaires du Conseil de la fédération. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour régler le financement de l'enseignement postsecondaire et la formation de la main-d'oeuvre», a-t-il ajouté.

Comme la veille, Jean Charest a rappelé que la prochaine étape sera d'encadrer le pouvoir fédéral de dépenser.

La nouvelle promesse libérale a fait vivement réagir les adversaires. Tant André Boisclair que Mario Dumont estiment que les Québécois ne se laisseront pas impressionner.

Le chef péquiste André Boisclair a été informé en plein point de presse de la nouvelle. Il a reproché au chef libéral de se risquer à la même «tactique» qu'en 2003. Mais M. Boisclair croit que «cette fois-ci les Québécois savent qui est Jean Charest et ils ne se feront pas prendre au jeu deux fois». Comme un écho, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a lancé un message semblable. «Je pense que M. Charest avait promis de baisser les impôts la dernière fois. Il ne l'a pas fait. Alors, je ne sais pas où il s'en va non plus ce coup-ci», a-t-il déclaré.

Selon le chef péquiste, le cadre financier libéral dépasse déjà d'un milliard de dollars celui des péquistes et ne permet pas les baisses d'impôt promises hier par Jean Charest. «Ce n'est pas crédible. M. Charest a déjà brisé à peu près tout ce qu'il avait pris de promesses. Il retombe dans ses mêmes faux plis. Il promet n'importe quoi aux gens, sans dire comment il va les financer et sans avouer qu'au Québec, actuellement, le Vérificateur général lui a indiqué qu'il y a 5,3 milliards de déficit», a-t-il dit.

S'il est élu, André Boisclair se servirait de cet argent pour «faire le ménage» dans les finances publiques, retrouver l'équilibre budgétaire, tout en appliquant les «principes comptables généralement admis» (PCGA), qui incluent dans le périmètre comptable les déficits des hôpitaux et des établissements universitaires.

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a qualifié de «geste désespéré» l'annonce faite hier par Jean Charest. M. Dumont a accusé Jean Charest d'avoir utilisé trois fois les sommes supplémentaires versées par Ottawa: une première fois dans le cadre financier qui hausse les dépenses annuelles de l'État de 4,5 milliards au terme de cinq ans, une deuxième fois avec l'effacement de l'impasse financière d'un milliard prévue dans le dernier budget Audet pour l'an prochain et enfin avec cette baisse d'impôt de 700 millions.

Avec cette baisse d'impôt, les promesses libérales s'élèvent à une somme cumulative de 17 milliards en cinq ans, soit 25 % de moins seulement que les engagements de Québec solidaire, a fait observer M. Dumont.

Les électeurs ne croiront pas à cet engagement de Jean Charest, parie le chef adéquiste. «Est-ce que les Québécois vont croire Jean Charest? Les Québécois le voient revenir avec un modèle connu, un refrain connu», a-t-il dit.

À Ottawa, le ministre du Travail Jean-Pierre Blackburn a rappelé que le gouvernement du Québec a toute autorité pour utiliser les 700 millions obtenus. «Quand on lui donne de l'argent, le Québec a les pleins pouvoirs pour décider ce qu'il fait de l'argent. Il peut décider de faire une réduction d'impôt comme faire d'autres programmes sociaux, selon sa guise. Il est autonome dans sa gestion», a-t-il expliqué.

La promesse de réduction d'impôt a complètement éclipsé hier les sujets abordés au cours de cette journée de la campagne de M. Charest. Lors de son allocution, M. Charest a rapidement abordé la question métropolitaine. Tout au plus a-t-il dit que, dès le début d'un éventuel deuxième mandat, un gouvernement libéral veillera à doter Montréal d'«outils» lui permettant d'assurer son avenir. «Nous reconnaissons que la part de l'impôt foncier dans le budget de Montréal freine sa compétitivité», a-t-il affirmé.

Plus tôt dans la journée, Jean Charest a rencontré les membres du conseil général de l'Union des producteurs agricoles (UPA) à Longueuil. En fin de journée, il participait à un rassemblement partisan à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, dans la circonscription de Champlain.

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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti, Antoine Robitaille et Robert Dutrisac

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