Les commissaires d'école sont-ils encore utiles ?

Des directeurs d'école prennent au bond la balle lancée par le chef de l'Action démocratique du Québec sur l'abolition des commissions scolaires. La Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE) remet en question la pertinence des commissaires scolaires dans le système actuel, s'attaquant ainsi au côté politique de la structure.

«Nous interrogeons la pertinence de maintenir le niveau politique des commissions scolaires», a affirmé hier Serge Morin, président de la FQDE, qui regroupe 2400 directions d'école. «Si on le maintient, est-ce qu'on veut que ça change? Et si on dit non, est-ce qu'on a des choses à proposer pour remplacer les commissaires?»

La FQDE a lancé ce pavé dans la mare en publiant la semaine dernière un communiqué de presse, toutefois passé inaperçu dans le bouillonnement électoral actuel. Le feuillet, qui accusait les plates-formes politiques en éducation de n'être pas très «inspirantes», ciblait «un seul parti» qui «semble vouloir sortir des sentiers battus par sa proposition de responsabiliser davantage le milieu».

Pointant l'ADQ et l'idée de son chef, Mario Dumont, d'abolir littéralement les commissions scolaires — structures politique et administrative confondues —, la FQDE affirmait dans le document: «Nous trouvons réjouissante l'idée de vouloir distribuer plus de ressources humaines et financières à l'école, de réduire la structure administrative, de miser sur l'autonomie de l'école, d'enrichir les responsabilités du conseil d'établissement et de renforcer le rôle de leader en gestion pédagogique du directeur d'école.»

Interrogé hier, M. Morin précise que sa fédération n'appuie aucun parti mais «se pose des questions». «Entre ce que Mario Dumont dit et ce qui pourrait être quelque chose de fonctionnel, il y a une grande zone qu'il faut au moins regarder», répond-il.

Par le biais de son assemblée générale, qui aura lieu en mai, la FQDE se prononcera clairement sur sa volonté de maintenir le conseil des commissaires, composé d'élus dirigeant les destinées des écoles. Aucun mandat ni vote ne précèdent cette prise de position, qui se veut pour l'heure «une démarche». Conscient de causer une «tempête», le président espère que des idées émaneront de cette assemblée.

«On verra ce que ça donnera comme solutions», avance M. Morin. «Le conseil des commissaires pourrait être remplacé par un conseil d'administration, lui-même composé des délégués des conseils d'établissement. Ça pourrait être une formule mixte: des élus et des présidents de conseil d'établissement. On pourrait aussi décider de tout enlever, pour que le ministère de l'Éducation gère les choses à partir d'agences régionales. Ou si on les maintient, il est possible qu'on veuille éliminer des irritants en modifiant la loi.»

Ce n'est pas d'hier que les directions d'école vivent difficilement la mainmise des commissions scolaires. Entre autres «irritants», M. Morin évoque «le commissaire qui débarque à l'école pour des cas d'élève» ou celui qui flirte de trop près avec un parti politique. «Ce sont des situations problématiques avec lesquelles on ne peut plus continuer à vivre», dénonce le président de la FQDE.

Attaquée sur plusieurs fronts, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) se débat depuis plusieurs semaines pour rembarrer l'idée de l'ADQ de les faire disparaître. Cette fédération, qui a préféré hier ne pas commenter cette sortie de la FQDE, a produit une série de communiqués faisant la recension des appuis récoltés dans la sphère sociale, à la faveur de la campagne électorale.

Il n'a pas été possible non plus de recueillir hier les impressions des deux autres associations de directions d'école, soit l'AQPDE (Association québécoise du personnel de direction d'établissement) et l'AMDES (Association montréalaise des directions d'établissement scolaire).

La FQDE, qui est la seule association scolaire connue à avoir ouvert le jeu aussi clairement sur les commissions scolaires, estime qu'il a fallu du «courage» de la part des directeurs d'école pour oser remettre en question cette structure. «La question de la pertinence des conseils des commissaires plane au Québec depuis au moins dix ans. On ne peut pas toujours juste se poser la question sans y répondre. Il faut prendre une position.»

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7 commentaires
  • Benoît Gagnon - Inscrit 21 mars 2007 05 h 23

    Une réforme dans l`organisation. par Benoît Gagnon

    On peut toujours organiser autrement une structure pour la rendre plus efficace et moins onéreuse.Dans le cas des commissions scolaires le temps est peut- être arrivé de permettre plus de pouvoir aux directeurs d`école. Toutefois cette réforme devrait avoir comme fil conducteur que l`éleve est le centre de toute nouvelle politique.

  • Max Roujeon - Inscrit 21 mars 2007 07 h 56

    Non seulement elles sont inutiles...

    Mais elles nuisent au bon fonctionnement de l'éducation et coûtent une FORTUNE!
    Je ne suis pas prêt d'oublier ces 2 exemples concrets du peu de cas qu'elles font des deniers des contribuables et du manque total de respect pour ces derniers:
    Pardonnez le manque de détail, mais la chose est vérifiable et a fait les manchettes tant cela était grossier:
    Un «congrès sur l'éducation à Nice (Côte d'Azur) 400 représentants incluant la «haute gomme» de la commission scolaire, pour toute la durée du congrès, plusieurs jours et centaines de milliers de dollars «flochés».
    Quand on leur demande pourquoi tant de monde?
    Réponse: C'est nécessaire de se tenir à jour et de savoir ce que font les autres pays de la francophonie.
    L'année suivante ce même congrès a lieu à Ottawa.
    Selon la rumeur 1 personne, une «sous fifre» style adjointe administrative déléguée pour faire acte de présence.(???)
    On n'a pas plus besoin de savoir ce que font les autres pays tout à coup?
    Si ce n'est pas se payer notre fiole c'est quoi?
    Je n'ai pas tous les détails mais un bon journaliste peut les déterrer sans problème, et n'être que pire que ce que j'écris là.
    Depuis lors, il y a eu les scandales des notes de frais (communément appelés comptes de dépenses en franglais) des repas arrosés avec du vin à plus de 100$ la bouteille des cellulaires perso payés par la commission et autres grossièretés... alors, quiconque ne veut pas couper la dedans vit de la commission scolaire ou ne vit pas sur cette planète.
    En plus, au lieu de ne rien faire ça veut prétendre servir à quelque chose en mettant les bâtons dans les roues de tout ce qui a de l'allure et a pour résultat que pour 1$ donné aux commissions scolaires, il ne doit pas rester guère plus que 25¢ pour les élèves et l'éducation.
    De toute façon, n'y a-t-il pas un ministère de l'éducation?
    Alors...désolé mais je ne pleurerai pas si c'est aboli, au contraire, la bureaucratie et assez lourde comme ça, coupons, coupons là où ça ne sert à rien.
    Désolé d'avoir l'air drastique mais...il y a des limites à gaspiller l'argent de nos impôts.

  • Jean Bernatchez - Inscrit 21 mars 2007 08 h 00

    Changer la culture plutôt que la structure

    La proposition de Mario Dumont d'abolir les commissions scolaires pour donner plus de pouvoirs aux écoles et confier certaines fonctions aux municipalités relève plus de la démagogie que du gros bon sens. L'adhésion de plusieurs personnes à ce projet est toutefois révélatrice d'un malaise profond. Les gestionnaires scolaires sont les premiers interpellés et devraient faire une sérieuse évaluation de leurs pratiques au plan de la démocratie, avant les élections scolaires de l'automne.

    Chaos annoncé

    Abolir les commissions scolaires équivaudrait à en créer 3000, soit autant que d'écoles. De plus, les municipalités n'auraient pas toutes les ressources et les compétences pour gérer efficacement la chose. Quelques centres urbains s'en sortiraient honorablement (souhaitent-ils ces pouvoirs accrus?) mais il est illusoire de penser que les petites municipalités puissent y parvenir. J'ai été premier fonctionnaire d'une petite municipalité et je peux témoigner des défis au quotidien que relèvent déjà les fonctionnaires municipaux. Il n'est pas exagéré dans les circonstances de parler d'un chaos annoncé, au plan de la gestion, et d'une école à plusieurs vitesses, consacrant une fois de plus la fracture entre les métropoles et les régions.

    Certes, plusieurs systèmes d'éducation fonctionnent sans ce palier intermédiaire. Les pays scandinaves ont fait le choix d'accorder beaucoup d'autonomie aux écoles, qui relèvent des villes, comtés et municipalités. Leurs systèmes scolaires sont des modèles du genre mais il n'y a pas de relation causale évidente entre une structure et une volonté quelconque. Ce n'est pas le système présidentiel ou le parlementarisme britannique qui garantissent la démocratie dans un pays : c'est le caractère démocratique de sa culture politique.

    La démocratie scolaire

    De ce point de vue, les commissions scolaires québécoises souffrent d'un énorme déficit démocratique. Le rapport du Conseil supérieur de l'éducation sur la démocratie scolaire (décembre 2006) en témoigne. Il clame l'urgence d'agir pour renforcer le gouvernement scolaire, ce conseil des commissaires «élus», et ouvre la voie à l'examen d'une solution de rechange. Mon expérience comme président d'un conseil d'établissement scolaire me pousse à un constat plus sévère encore: une dérive technocratique du système scolaire est à l'oeuvre, occultée par quelques structures participatives qui ne servent trop souvent qu'à légitimer l'action des technocrates. À preuve, cette expérience vécue en 2003 dans une commission scolaire rurale qui n'est pas la mienne, expérience que j'ai eu l'occasion de présenter au Conseil supérieur de l'éducation et au Directeur général des élections du Québec.

    J'assiste à une séance d'information sur le rôle du commissaire et les modalités des élections scolaires. Non seulement le responsable de la commission scolaire dit tout pour dissuader les quelques personnes présentes de se présenter (c'est exigeant, pas payant, ça demande une excellente connaissance des lois et règlements, etc.), il conclut son exposé sur le fait qu'il n'a de formulaires que pour le nombre exact de postes à pourvoir. Imaginez le topo: c'est comme faire des élections au Québec en n'autorisant la présence que d'un candidat par comté! On ne peut généraliser à partir d'un seul cas, mais il est néanmoins symptomatique de l'état de la culture politique ambiante au chapitre de la démocratie scolaire au Québec.

    Au lieu de changer les structures, il faudrait donc changer la culture. Les élections scolaires de 2007 sont celles de la dernière chance pour le gouvernement scolaire tel qu'on le connaît. Vivement un encadrement plus étroit des élections scolaires, comme le recommande le Conseil supérieur de l'éducation, et une réappropriation citoyenne de ce lieu propice à l'exercice d'une véritable démocratie de proximité.

  • Dany Pelchat - Inscrit 21 mars 2007 08 h 33

    L'ADQ ou le nouveau parti Rhinocéros

    Lorsqu'on regarde attentivement le programme de l'ADQ et qu'on prend le temps de l'analyser et de le COMPRENDRE, on se rend vite compte que ce programme et son cadre financier, bâclé sur le coin d'une table, par quelques personnes, au lendemain du budget fédéral, ressemblent étrangement aux programmes que le parti Rhinocéros avaient présentés lors d'élections précédentes.

    Je prends juste un exemple, l'abolition des commissions scolaires. Cette promesse de l'ADQ se compare étrangement à celle du parti Rhinocéros qui proposait d'asphalter le fleuve Saint-Laurent entre Québec et Lévis pour faciliter le transport entre les deux rives.

    En effet, l'ADQ suggère de transférer les responsabilités des commissions scolaires vers les municipalités. Penser que les municipalités (surtout les petites) voudront prendre en charge les écoles, le transport scolaire, l'embauche des enseignants relève de la pure utopie pour plusieurs raisons.

    Une en particulier, les conseils municipaux n'ont pas les compétences nécessaires et n'ont pas les ressources humaines et financières pour gérer le système scolaire.

    Les petites municipalités ont déjà assez de misère à gérer leurs budgets d'opération qu'ils ne sont pas en mesure de prendre en charge de nouvelles responsabilités. Où trouveront-elles l'argent pour acheter des autobus scolaires et entretenir les écoles ? Qui, dans les municipalités, prendra la responsabilité d'organiser le transport scolaire (horaires et itinéraires), entretenir les autobus scolaires (assurance, immatriculation, essence, réparations, embauche des chauffeurs et autres) ?

    Alors, Québécoises et Québécois, ne commettez pas la même erreur que celle que vous avez commise en 2003. En 2003, quand vous avez voté pour Jean Charest, vous pensiez voter pour du «changement» et qu'avez-vous eu ? Des mensonges et rien que des mensonges.

    Avec l'ADQ ce sera la même chose.

    N'oubliez jamais la philosophie et les origines de Mario Dumont. N'oubliez jamais qu'il a été le chef de l'aile jeunesse du Parti LIBÉRAL ! Et surtout, n'oubliez jamais le dicton qui dit qu'il faut «diviser pour régner». C'est ce que l'ADQ tente de faire en enlevant des votes au Parti québécois. Et finalement, n'oubliez jamais qu'un vote pour l'ADQ ou pour le Parti Libéral c'est un vote pour le NÉANT constitutionnel.

    Si vous désirez avoir le contrôle total de TOUT VOTRE argent et que vous voulez empêcher le gouvernement fédéral de s'immiscer dans les champs de compétence du Québec alors, le 26 mars, n'oubliez pas que LA SEULE VRAIE AUTONOMIE pour le Québec, c'est la SOUVERAINETÉ.

    Par conséquent, j'ose espérer que les Québécoises et les Québécois handicapées ou non, de toutes origines, couleurs, religions et orientations sexuelles voteront en conséquence et sauront assumer leur choix.

    Dany Pelchat
    Lévis

  • Linda Hart - Inscrite 21 mars 2007 12 h 35

    M Bernatchez, un virage culturel doit parfois être imposé

    Je ne suis pas une admiratrice de M. Dumont, mais pour être honnête, il me faut reconnaître qu'il a parfois le chic pour identifier les problématiques. La question des commissions scolaires en est une et bien que je considère comme vous qu'il nous faut opérer un virage culturel, je pense aussi qu'un virage culturel dans un monde aussi crotté que celui des commissions scolaires est un peu utopique. Ce virage devrait être précédé d'un ménage structurel qui est essentiel à la restauration d'une saine démocratie de proximité. Je ne considère pas l'abolition des commissions scolaires, mais l'abolition des privilèges de roitelets que certains considèrent comme allant de soi et la diminution de certains pouvoirs qui devraient être confiés aux écoles. La structure des commissions scolaires pourrait être allégée, au profit d'une plus grande autonomie des écoles. Les commissaires ont eu toutes les chances d'apprendre à se comporter comme de bons citoyens ce qu'ils n'ont pas fait. Il est normal qu'ils en paient le prix et nous savons tous qu'une conduite citoyenne et une culture démocratique ne peuvent que leur être imposées et que ce n'est qu'à ce prix qu'il deviendra possible de parler d'un changement culturel durable et de la restauration d'une saine démocratie de proximité.