Lagunes de Mercier - Le plan de Québec accueilli avec scepticisme

Les écologistes et les citoyens de Mercier ont accueilli hier avec un intérêt teinté de «scepticisme et de circonspection» le plan gouvernemental québécois visant à enrayer la contamination de leurs eaux souterraines puisque ce plan, dévoilé hier par Le Devoir, ne prévoit ni l'excavation ni le nettoyage prioritaires des anciennes lagunes, ce que recommandait en 1994 le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

La Coalition nationale pour la décontamination de Mercier a quant à elle réclamé hier du gouvernement Charest qu'il dévoile son plan et ses nouvelles justifications techniques, le cas échéant, et qu'il soumette le tout au débat public et à une commission indépendante du BAPE. Le porte-parole de la coalition, Michel Préville, a rappelé que le BAPE avait profondément modifié les projets du ministère et celui de ses experts en 1994 et que rien ne dit que les plans de ses experts actuels ne mériteraient pas de l'être aussi.

Selon Gabriel Grégoire, l'ex-footballeur qui suit le dossier de Mercier depuis plus de 25 ans et qui agit comme porte-parole du groupe «Je bois clair», enrayer l'expansion de la nappe souterraine uniquement par de nouveaux pièges hydrauliques «va à l'encontre de tout ce que les experts ont dit depuis plus de 25 ans et à l'encontre de tout ce qui se fait ailleurs dans le monde». Il reconnaît cependant que pour contrôler la dispersion des contaminants infiltrés dans le roc fracturé en profondeur sur une superficie de 90 000 m2, il faudra sans doute pomper encore longtemps l'eau contaminée et la traiter.

Gabriel Grégoire a ajouté que l'installation de nouveaux pièges hydrauliques, destinés à inverser le cheminement de la contamination souterraine et à réduire les débits à traiter, ne règle qu'une partie du problème. Tout comme Michel Préville, il estime qu'il faut augmenter radicalement le nombre de piézomètres pour mesurer enfin avec précision et régularité l'avancée de la contamination souterraine vers les résidences de Sainte-Martine.

Michel Préville a ajouté qu'il faudrait aussi «s'assurer» que le pompage des eaux souterraines par la société Les Aliments Carrière aux fins de refroidir ses conserves ne contribue pas à attirer la nappe contaminée vers Sainte-Martine. Il a ajouté que le gouvernement doit aussi faire un inventaire des puits de cultivateurs en activité, qui peuvent eux aussi attirer la nappe contaminée vers Sainte-Martine.

Les deux porte-parole estiment par ailleurs que les rejets atmosphériques de l'incinérateur de produits organiques toxiques, installé à côté des anciennes lagunes, font aussi partie du problème. Michel Préville estime que Québec doit «minimalement» mettre en place deux systèmes permanents de surveillance des émissions au lieu d'une ou deux visites, bien annoncées, de la part des équipes de surveillance du ministère. Et, a-t-il conclu, Québec doit rapidement réglementer les rejets atmosphériques de dioxines et de furannes pour cesser d'avoir la réglementation la plus faible dans ce domaine au pays.