Laurier-Dorion - Elsie à la cour des miracles

La députée péquiste Elsie Lefebvre a multiplié les rencontres avec ses commettants au cours des deux dernières années.
Photo: Jacques Grenier La députée péquiste Elsie Lefebvre a multiplié les rencontres avec ses commettants au cours des deux dernières années.

Depuis qu'elle a arraché la circonscription de Laurier-Dorion des mains du Parti libéral, il y a deux ans, la députée péquiste de Laurier-Dorion est en sursis. L'élection d'Elsie Lefebvre lors de l'élection partielle dans le coin le plus multiethnique du Canada relevait déjà de l'exploit pour la formation souverainiste. Le rééditer lors d'un scrutin général constituerait un miracle.

Cette circonscription regroupe deux réalités bien distinctes. D'un côté, on trouve le quartier de Parc Extension, autrefois associé à la communauté grecque mais que certains appellent aujourd'hui Little Hindustan, qui compte 17 000 électeurs, en grande majorité nés à l'étranger. De l'autre côté, le quartier Villeray, avec ses quelque 30 000 électeurs, est plus francophone, mais on y retrouve aussi plusieurs néo-Québécois.

Profitant d'un faible taux de participation, particulièrement dans le quartier de transition qu'est Parc Extension, la péquiste Elsie Lefebvre avait réussi à gagner le siège de Laurier-Dorion lors d'une élection partielle en septembre 2004 avec une majorité de 483 voix. Mais l'année précédente, lors des élections générales, c'est avec 53 % des suffrages et une majorité de plus de 6000 voix que Christos Sirros l'avait remporté.

Au cours des deux dernières années, la militante péquiste a endossé ses habits de députée et pris le bâton du pèlerin à titre d'ambassadrice des valeurs péquistes. «Une de mes fiertés, c'est d'avoir ouvert le dialogue [avec les Québécois issus de l'immigration] pour expliquer le projet souverainiste. Pas nécessairement convaincre, mais en faire comprendre la légitimité», explique la députée, que tout le monde appelle simplement «Elsie». Pour désamorcer les peurs, elle rappelle qu'avec une population divisée en deux parties quasi égales, le lendemain du 30 octobre 1995 avait quand même été très paisible. «Pour des gens qui ont vécu une guerre civile, parler de ça, c'est très rassurant.»

Certains électeurs sont charmés par sa candidature, même si le projet souverainiste ne leur sourit pas. «On espère la garder comme députée. Elle a fait beaucoup pour nous. La souveraineté, je ne suis pas d'accord, mais on en discutera ensuite», explique Antonio Garcia, bénévole dans un organisme communautaire de Villeray.

N'empêche, la méfiance est encore présente dans la tête de plusieurs. Dans un petit café algérien où elle est venue serrer des mains il y a quelques jours, plusieurs hommes se sont éclipsés pendant son laïus. «La communauté maghrébine, francophone, se rapprochait du PQ. Mais avec le sondage sur le racisme, ç'a changé. J'entends des gens dire: "ils ne veulent pas nous avoir". Ils espèrent que le Canada ne se transformera pas en deuxième France», confie le propriétaire, M. Amalli.

Bien plus que de souveraineté, Elsie Lefebvre cause surtout des valeurs sociales-démocrates du PQ, par exemple la priorité à l'éducation, la conciliation travail-famille, l'environnement.

Elsie Lefebvre est en campagne depuis deux ans. Elle a arpenté le comté, multipliant les visites dans les groupes communautaires, s'employant à répondre rapidement aux citoyens qui viennent demander de l'aide à son bureau de comté. «Elsie, elle vient nous voir toute l'année, pas juste quand c'est le temps des élections», fait valoir la coordonnatrice du groupe communautaire La Maison de quartier Villeray.

«C'est un comté qui a été négligé, abandonné par les libéraux pendant 20 ans. Ils ont tenu les gens pour acquis. Le taux de chômage est élevé, il manque de logement social, il y a zéro groupe de médecine familiale. Depuis deux ans, j'ai travaillé fort, mais je n'ai pas pu redresser complètement le laisser-aller», plaide la jeune députée, qui refuse d'attribuer sa courte victoire de 2004 à un «accident de parcours». Pour se justifier, elle rappelle que la circonscription fédérale de Papineau est elle aussi passée aux mains des souverainistes, la bloquiste Vivian Barbot ayant détrôné Pierre Pettigrew en 2006.

Un faux adéquiste défroqué

Son adversaire libéral illustre très bien la génération des enfants de la loi 101. D'origine grecque, Gerry Sklavounos a grandi dans Parc Extension, fait ses études primaires en français à l'école Barclay et, plus tard, complété son droit à l'université McGill. Il maîtrise le français et l'anglais, adoptant tantôt l'un, tantôt l'autre, selon le profil des gens à qui il s'adresse.

Il en est à ses premiers pas en politique active. Jusqu'à janvier dernier, il possédait encore une carte de l'Action démocratique du Québec. «Je l'avais prise par solidarité avec mon ami qui a été vice-président de l'ADQ», se défend M. Sklavounos, déplorant le peu d'empressement du parti de Mario Dumont à annuler sa carte, comme il l'avait demandé au début de l'année.

Sans surprise, il s'attend à ce que ce scrutin porte sur «la place du Québec à l'intérieur du Canada ou non» et rappelle que le PQ divise les Québécois en prônant la souveraineté.

S'il est élu, il s'engage à promouvoir l'amélioration des services de francisation pour les nouveaux arrivants. «Souvent, ce sont les hommes qui vont suivre les cours parce qu'il manque de soutien aux mamans. Après quelques années, le mari parle un excellent français, un excellent anglais, alors que la conjointe, la maman, est beaucoup moins intégrée à la société», constate le candidat de 32 ans.

Lorsqu'on lui fait remarquer que l'administration libérale a réduit les services de francisation au début de son mandat, il réplique: «S'il faut couper au niveau administratif, il faut que les services soient protégés.»

Difficile de mesurer la vigueur de ses appuis. Lors du passage du Devoir, M. Sklavounos avait prévu de faire la tournée des commerces de la rue Saint-Hubert. Or il n'y a rencontré essentiellement que des commerçants résidant à l'extérieur du comté.

Dans Laurier-Dorion, la bataille se jouera principalement entre la péquiste et le libéral. Québec solidaire pourrait néanmoins brouiller un peu les cartes. La péquiste invite d'ailleurs les «progressistes» à éviter le piège de la division. «Ils ont eu plusieurs chances de faire adopter un mode de scrutin proportionnel, ils ont laissé tomber l'idée», réplique la candidate de Québec solidaire, Ruba Ghazal, conseillère en environnement dans le secteur privé.
2 commentaires
  • Fernand Bélair - Abonné 15 mars 2007 09 h 44

    Elle a toute mon admiration!

    Je souhaite la meilleure des chances à cette députée péquiste! Elle n'aura pas hésité à déployer tous les efforts pour mieux comprendre et pour établir le pont entre les différentes composantes de la population de son comté, différentes provenances et différentes couches économiques; ce faisant, elle a valorisé le rôle fondamental du député qui doit chercher à toujours mieux répondre aux besoins de ses concitoyens. Il nous en faudrait davantage comme elle, surtout pour établir, grâce à des projets mobilisants, un pont entre les différentes générations, alors qu'on assiste actuellement à un cloisonnement grandissant entre celles-ci, ce qui pourra nous conduire à un fractionnement risqué. Il nous faut plus de générosité. Bonne chance, Eltsie!
    Fernand Bélair, Québec

  • jacques noel - Inscrit 15 mars 2007 11 h 00

    33,000 immigrants péquistes

    Le Québec compte maintenant plus de 900,000 d'immigrants, soit 12% de sa population. C'est plus que les USA (11,5%), plus que 38 États américains, deux fois plus que la France, trois fois plus que la Hollande.

    Environ 550,000 ont le droit de vote. Si on suppose que les 3/4 iront voter et qu'un gros maximum de 8% voteront PQ, le PQ devrait obtenir environ 33,000 votes des immigrants. En 40 ans d'efforts, de colloques, d'ouvertures au point de s'être fait harakiri sur le plan ethnique ("est québécois qui vit au Québec", tant pis pour Céline et Mario aux États, tant pis pour Luc en Suisse), voilà tout ce qu'aura donné ces efforts. Moins de 1000 conversions par année.