900 maires en colère

Les maires des petites municipalités fulminent contre le chef du Parti libéral. Ce dernier a annulé à la dernière minute sa présence à un forum sur les municipalités aux prises avec des difficultés économiques, forum auquel ont participé hier trois autres chefs de parti.

L'ouverture du forum avait pourtant été devancée afin de permettre la présence de Jean Charest. Son équipe a informé les organisateurs la veille du forum, mardi soir, que l'événement ne cadrait plus dans l'horaire du chef.

«On reste pantois devant cette décision. On n'a aucune explication. On nous a informés à la dernière minute que M. Charest ne se présentera pas, point à la ligne, alors que tout le forum a été organisé en fonction de ses propres exigences», a déploré le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, qui est également maire de Saint-Prime.

Lors d'un point de presse à Saguenay, Jean Charest a fait valoir qu'il avait délégué la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau. Cette dernière n'a cependant pas pris part au forum et la FQM soutient que cette solution de rechange était exclue, par «déférence» pour les autres chefs qui, eux, ont aménagé leur horaire.

«On aimerait bien faire beaucoup de choses dans une campagne électorale, mais comme le temps n'est pas élastique, il faut faire des choix», a justifié M. Charest, en expliquant qu'il avait aussi pris l'engagement de prononcer un discours devant la Chambre de commerce de Saguenay.

L'absence de M. Charest a mis dans tous ses états le maire de la petite localité de Portneuf-sur-Mer et préfet de la MRC La Haute-Côte-Nord, Jean-Marie Delauney. «Je suis très, très déçu. Refuser de venir nous rencontrer, c'est un déshonneur pour lui», a-t-il affirmé, la voix étranglée par l'émotion.

Son collègue de Saint-Prime, qui préside le regroupement de quelque 900 municipalités, estime que l'absence de Jean Charest est perçue comme une «rebuffade». «C'est comme si l'enjeu de la dévitalisation vécue par au-delà de 200 municipalités au Québec n'était pas important», a tonné M. Généreux.

André Boisclair, Mario Dumont et Françoise David ont tous défilé hier devant les maires de la FQM réunis pour parler des difficultés vécues par les municipalités «dévitalisées».

Ce terme décrit les petites municipalités frappées par des difficultés économiques structurelles. «Les crises forestière, manufacturière, dans l'agriculture, tout cela contribue à faire en sorte que la situation ne s'améliore pas», constate M. Généreux.

Il souhaiterait une plus grande souplesse dans l'application des normes gouvernementales. «C'est impossible pour ces petites populations de faire face à ces obligations dans un contexte de réduction d'emploi, d'exode des jeunes, de vieillissement des population. Au secours!»

Les autres chefs s'engagent

Lors de son discours devant les maires, le chef péquiste André Boisclair n'a pas relevé l'absence de son vis-à-vis libéral.

Il a rappelé son engagement de constituer un fonds de développement régional de 1,8 milliard de dollars «d'argent neuf». Le chef du PQ a aussi promis de créer un «comité interministériel» pour tenter de «résoudre les problèmes» avec lesquels les régions sont aux prises.

Pour sa part, le chef adéquiste s'est présenté en après-midi devant les membres de la FQM pour leur rappeler sa proposition de créer un Fonds d'autonomie régionale, qui serait financé à partir de redevances de 25 % sur l'exploitation des ressources naturelles.

Ainsi, a-t-il fait valoir, les régions et les petites municipalités auront accès à des revenus autonomes «année après année, après année» pour assurer leur développement.

Le Devoir

Avec la Presse canadienne
2 commentaires
  • Mariette Beaudoin - Inscrite 15 mars 2007 12 h 56

    Partir de l'être humain

    Je viens d'une région et j'habite maintenant en ville. Pourquoi suis-je partie, même si je préfère l'air pur et les grands espaces sans compter qu'on peut s'y loger à meilleur compte ? D'abord, parce que les entreprises oeuvrant dans mon domaine n'existent pas dans ma région. Je n'ai pas eu de soutien pour l'entreprenariat : même si j'avais des idées pour bâtir ma propre entreprise et même exporter, mais je n'avais pas un sou. Comment s'acheter une auto si on n'a pas d'emploi ? Il faut dire aussi que le transport par autobus est plus que déficient : il est souvent carrément inexistant. Être sans emploi et sans transport, ça amène à penser que nous sommes en cage. Alors, on déménage en ville avant que la morosité ne s'intalle trop. Des jeunes qui vivent la même situation, il y en a des tonnes. Nous aurions pu être aidés et ainsi acheter des maisons, payer des taxes et s'impliquer dans la communauté. Nous aurions pu y élever nos enfants, car c'est plus facile en région.

    À voir se défiler Jean Charest, je me demande s'il a des solutions. Les comités interministériels, j'y crois plus ou moins : ce n'est pas une mauvaise solution, mais il me semble qu'il serait préférable de faire affaire directement avec les jeunes et les autres citoyens pour qu'ils s'impliquent eux-mêmes. Quant au fonds proposé par Mario Dumont, c'est une bonne idée, mais il ne faudrait pas que ça devienne une dépendance. Quand les gens des régions seront plus nombreux à être à la tête d'industries bien implantées dans leur communauté, il y aura plus de contribuables pour payer des taxes, donc plus de sous pour réinvestir dans les entreprises naissantes.

  • Mira Elvera - Inscrite 15 mars 2007 13 h 32

    Un autre coup sous la ceinture signé Charest

    Quand va-t-on comprendre que Charest est méprisant envers les gens des petites municipalités? La preuve est faite aujourd'hui avec ce refus de rencontrer ces maires. Même en pleine campagne électorale, il lève le nez sur le peuple qui l'a élu entre autre. J'espère que ces gens vont se rappeler de toutes les graves erreurs onéreuses qu'il a commises.