Boisclair présente ses candidats issus de l'immigration

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a eu droit à Montréal, hier, aux encouragements de Monia Magri, de la communauté latino-québécoise.
Photo: Jacques Nadeau Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a eu droit à Montréal, hier, aux encouragements de Monia Magri, de la communauté latino-québécoise.

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a présenté, hier, sa brochette de 12 candidats issus de l'immigration dont les trois quarts sont cantonnés dans des forteresses libérales.

Dans la liste, on retrouve, dans Borduas, Pierre Curzi, qui est né au Québec de parents d'origine italienne, et dans La Prairie, François Rebello, qui est né d'un père d'origine portugaise. Tous les deux sont tellement de culture québécoise que l'on peut douter que l'appellation «issus de l'immigration» leur convienne.

Deux seuls candidats — Pierre Curzi et Marie Malavoy, dans Taillon — sont dans des circonscriptions considérées comme sûres pour le PQ. François Rebello est dans une circonscription qui a déjà été péquiste quand le parti était au pouvoir. La moitié des candidats se présentent dans des circonscriptions où la majorité libérale dépasse les 15 000 voix.

Le Parti québécois soutient qu'il dépasse le Parti libéral du Québec quant au nombre de candidats issus de l'immigration. Au PLQ, on en compte également douze, mais il faut inclure dans la liste le député de D'Arcy-McGee, Lawrence Bergman, de confession juive, a indiqué la porte-parole libérale, Isabelle Melançon.

Au cours d'un point de presse en matinée, André Boisclair a réitéré que c'étaient les membres du PQ qui choisissaient les candidats. «C'est comme ça que la démocratie fonctionne dans notre parti», a-t-il dit. Changer les règles pour permettre au chef de désigner un certain nombre de candidats afin de permettre à plus de personnes issues des communautés culturelles ou encore à plus de femmes de se présenter dans des circonscriptions prenables ne fait pas partie de ses priorités. «Ce serait toute une révolution», estime M. Boisclair.

Encore l'homophobie

Au cours d'un discours prononcé dans le quartier du marché Jean-Talon, André Boisclair, étranglé par l'émotion, s'est arrêté pendant presque une minute alors qu'il venait de parler d'homophobie. «Jamais nous ne voudrons vivre dans une société où le racisme, l'intolérance, la discrimination ou l'homophobie sont... [pause de 48 secondes pendant laquelle les applaudissements ont fusé] des situations qui, chez nous, peuvent être tolérées», a-t-il déclaré devant environ 200 personnes.

«Il ne faut jamais se laisser distraire par des débats faits par des démagogues», a-t-il dit, faisant allusion à Mario Dumont. «La vraie lumière rouge sur le tableau de bord, ce n'est pas le débat sur l'accommodement raisonnable, [...] c'est celui du chômage chez les jeunes des minorités visibles.»

«L'avenir appartient aux sociétés métissées», estime M. Boisclair qui juge que le Québec est un modèle pour l'intégration de ses immigrants. «Nous sommes un peuple brillant qui peut servir de modèle dans le monde», a-t-il dit.

Il y a eu le défit zéro, mais c'est à «l'exclusion zéro» que M. Boisclair rêve. «La marche, elle peut être longue et elle va être difficile parfois. Mais des utopies dans la vie, et le rêve, ce n'est pas fou de temps en temps.» Son engagement en faveur d'un Québec «plus juste et plus solidaire», il est sincère, a-t-il souligné, se targuant d'emprunter une démarche anti-électoraliste. «Il n'y a personne qui pourra nous dire que c'est un grave calcul stratégique et politique qu'on est en train de faire là, que nous marquons des gains sur le plan politique. Mais ça fait du bien parfois de se dire, pendant une campagne électorale, que ce n'est pas ça qu'on cherche, que ce n'est pas des votes qu'on cherche à acheter.»
12 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 5 mars 2007 06 h 42

    Le mythe du vote ethnique au PQ

    Ca fait 40 ans que le PQ est ouvert aux immigrants. A chaque élection les sondeurs nous disent que cette fois ça y est, le PQ va faire une percée dans les communautés culturelles. Arrive l'élection, on ouvre les boites et Pierre Drouilly trouve rien. Pas plus que 5 à 8% de votes ethniques. Veulent rien savoir du PQ. C'est le grand mystère Montréal QUE JAMAIS ON ABORDE. On prend pour acquis qu'ils vont encore voter libéral, pis surtout on n'en parle pas. Sujet tabou.

    Il y a 5,5 millions d'électeurs. Si les trois-quarts vont voter et que 34% votent PQ, le parti de Boisclair devrait avoir 1,4 million de votes.

    Les immigrants font 10% de l'électorat soit 550,000 votes. Si les trois-quarts vont voter et que 8% votent PQ, 44,000 immigrants devraient voter PQ soit 3,1% du vote.

    9,6% des candidats péquistes sont des ethniques alors que seulement 3,1% des votes le sont. Même au PQ on fait dans les accommodements déraisonnables.

    NB: Je croyais que la mère de Curzi était québécoise et le père de Rebello indien?

  • Jean-Pierre Boutin - Abonné 5 mars 2007 07 h 49

    Intervention manifeste de maturité de la part de André Boisclair

    André Boisclair fait preuve de jugement, de maturité et de sincérité. Je souscris entièrement à sa vision de la société québecoise et je l'applaudis. Je suis à découvrir un programme très intéressant et une équipe pour le mettre en oeuvre.
    Une grand-maman qui espère un Québec dirigé par une équipe enfin inspirante pour les citoyens du Québec!

  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 5 mars 2007 07 h 52

    Le PQ et les minorités? Quelle plaisanterie!

    Il semblerait que pour éviter la catastrophe, André Boisclair mise à présent sur "la posture de la victime", toujours payante dans l'opinion publique québécoise. D'ailleurs si je me souviens bien, c'est en partie comme ça qu'il a gagné la course à la chefferie, à la différence près qu'il n'était pas alors victime de l'homophobie, mais de la coke... autre film, mêmes simagrées.

    Évidemment, pour surfer sur cette dynamique un peu usée (le succès d'un "remake" est toujours aléatoire), il faut d'une part se montrer un peu plus subtil sur la forme (d'ou l'étrange concertation pour nous enfoncer dans le crâne qu'on lui veut des misères à cause de son orientation sexuelle, à ce pauvre André), et d'autre part viser les tripes de l'électorat sur le fond, parce quand on a la larme à l'oeil, on ne réfléchit plus (d'ou le "parallèle" opportun avec la discrimination ethnique). Tout cela pendant que le jeune leader la joue noble et stoïque.

    La réalité, c'est que le PQ n'a plus grand-chose à apporter à la vie politique québécoise, du moins tant qu'il s'accrochera obstinément à une stratégie référendaire vouée à l'échec, et effectivement c'est injuste de mettre ça sur le seul dos de son chef actuel. Mais ça ne justifie pas le "chantage émotif" qu'on nous sert depuis quelques jours, ni cet appel de dernière minute à la piétaille immigrante, qu'on oubliera commodément une fois la crise résorbée.

    Rappelons à cet égard le pitoyable bilan péquiste en matière d'intégration des minorités ethniques, qu'il s'agisse de de représentation parlementaire (tous les péquistes "ethniques" sont systématiquement envoyés à l'abattoir), administrative (mois de 1% de "colored" dans la fonction publique québécoise), ou professionnelle (voir la complaisance du PQ envers le corporatisme des ordres professionnels qui font barrage aux immigrants diplômés, un problème auquel le gouvernement Harper, lui, a pourtant décidé de s'attaquer - constatant l'inaction des juridiction provinciales). On juge d'une action politique à ses résultats, et non à ses intentions si généreuses soient elles.

    Une fois les pendules remises à l'heure, quand Mr. Boisclair se sera raffraîchi la mémoire et en aura fini avec ses larmes de crocodile, on pourra peut-être parler à nouveau de choses sérieuses. Les Québécois issus de l'immigration, eux aussi, "ils se souviennent", et ils ont des yeux pour voir. Le "parler vrai" d'un Mario Dumont, ou (hélas) le clientélisme effronté d'un Jean Charest, seront toujours plus efficaces que les beaux discours qui ne mangent pas de pain, parce qu'ils n'ont jamais été suivis de gestes efficaces.

  • jacques noel - Inscrit 5 mars 2007 08 h 03

    Petite correction

    C'est 33,000 votes ethniques plutot que 44,000 soit 2,3% du vote péquiste.

    Après 40 ans d'ouverture aux minorités, à peine 33,000 immigrants vont voter PQ!!! Pourquoi après 4 longues décennies d'ouverture, pourquoi en présentant 12 candidats ethniques, le PQ ne fait pas mieux que 33,000 votes???Comme disait Claude Jasmin: est-ce qu'on pue?

    On s'interroge sur le mystère Québec (un phénomène de radio essentiellement). On s'étonne que les gens changent d'idée avec les années et changent aussi leur vote. Mais personne ne se demande pourquoi 97% des Anglos et 92% des Allos refusent systématiquement de voter pour le PQ?

  • Sylvain Simard - Inscrit 5 mars 2007 11 h 16

    Le PLQ et les minorités: vive l'ignorance!

    Le PLQ récolte la majorité des appuis non-francophones par ce que ces derniers sont des fédéralistes à cause de leur ignorance du projet souverainiste. Il y a toujours une fausse idée dans ces milieux que la volonté souverainiste est motivée surtout par un rejet du Canada. Menottés par leur attachement profond au Canada, ils sont incapables d'adhérer au projet de société que le PQ propose. Mais il y a toujours de l'espoir, car la loi 101 va encourager la communication et la compréhension entre les francophones et les non-francophones. Le résultat est qu'un jour, les Québécois, qu'ils soient francophones ou non, décideront enfin de prendre leur avenir commun en main en se donnant tous les moyens qui sont dus aux peuples souverains.