Bilan du premier mandat par 27 universitaires - Charest exagère sa performance, selon les auteurs de l'analyse

Jean Charest
Photo: Agence Reuters Jean Charest

Sainte-Scholastique — Une enquête de 27 universitaires sur les réalisations du gouvernement Charest, que le chef libéral brandit régulièrement en guise de preuve des qualités de son administration, n'accorde pourtant que la «note de passage» au gouvernement. Aussi, un de ces auteurs est devenu... candidat péquiste. Il s'agit de Guy Lachapelle.

Jean Charest mentionne souvent avec fierté que ces universitaires «ont conclu que [son] gouvernement avait réalisé un très haut pourcentage de ses engagements». C'est ce qu'il a encore déclaré lundi à la Cité de la Santé, à Laval. Or un des chercheurs qui ont dirigé ce livre, le politologue François Pétry, trouve que Jean Charest se contente de peu. En effet, pour la période étudiée (qui se terminait en juin 2006), ce gouvernement n'avait obtenu que la note de passage, soit 60 %: «Je déplore que M. Charest utilise notre enquête comme preuve de ce qu'il avance. Avec notre méthodologie, nous arrivons à un résultat de 30 promesses sur 50 réalisées en tout ou partie. Dire que l'essentiel des promesses a été tenu me semble donc très exagéré. 60 %, c'est la note de passage, sans plus», a indiqué M. Pétry, qui complétera vendredi sa mise à jour des réalisations du mandat de Jean Charest.

Dans un des chapitres du livre dont il est l'auteur, M. Pétry se disait en mesure de prédire «sans risque d'erreur» qu'«à l'issue du mandat», les «deux tiers des engagements électoraux libéraux seront probablement réalisés». Cela ne semblait pas aussi certain lundi, au moment où nous avons parlé à M. Pétry. Et même si ce taux de réalisation des deux tiers était atteint, ce serait «inférieur au taux de 75 % tel qu'il avait été calculé pour le PQ au pouvoir de 1994 à 2003», écrit M. Pétry dans son livre.

Toutefois, a nuancé le politologue hier, les péquistes sont restés deux mandats au pouvoir, ce qui donne évidemment plus de temps pour réaliser des promesses. Cependant, en deux mandats, un parti fait davantage de promesses. «Mais il en recycle aussi beaucoup», souligne M. Pétry.

Le prof devenu candidat

Un des auteurs du livre, Guy Lachapelle, est politologue à l'université Concordia et... candidat péquiste dans Fabre. «Je suis content que M. Charest cite un souverainiste!», a lancé M. Lachapelle hier lorsque joint par Le Devoir. «Il devrait lire le livre au complet, ce n'est pas si élogieux que ça», a-t-il ajouté. M. Lachapelle estime que globalement, le livre donne un «C-» au gouvernement libéral.

Le texte de M. Lachapelle, cosigné avec Bruno Maltais, porte sur la «lune de miel» du gouvernement Charest, qui a été selon lui la plus courte de l'histoire contemporaine du Québec. D'entrée de jeu, MM. Lachapelle et Maltais rappellent la phrase de janvier 2005 du chroniqueur de The Gazette, Don Macpherson, selon qui le gouvernement Charest était le «pire gouvernement de l'histoire du Québec». Mais dans leur texte, ô ironie, les auteurs prévoyaient une remontée de Jean Charest dans les sondages: «Notre hypothèse est qu'il y aura un léger retour de balancier à l'approche de la campagne électorale [...]. Déjà, depuis janvier 2006, les intentions de vote pour le PQ ont chuté au profit du PLQ, mettant les deux partis au coude à coude selon les sondages Léger Marketing et CROP réalisés en juin.»

M. Lachapelle avait-il pour autant prévu la défaite du parti pour lequel il est candidat? Non, puisqu'il notait que cette remontée pourrait bien être une illusion: «Les intentions de vote pour le PQ et la satisfaction à l'égard du gouvernement Landry étaient à la hausse au cours des mois qui ont précédé la défaite péquiste en avril 2003.»

C'est davantage en politicien qu'en politologue que M. Lachapelle nous a répondu hier. Le sondage Léger Marketing-Le Devoir de lundi? «Moi, je ne sens pas ça sur le terrain. Ce n'est pas ce que j'entends. Les gens sont moroses et le taux d'insatisfaction [à l'endroit du gouvernement] demeure élevé. Il n'a réalisé que 40 % de ses engagements.»

Bilan mitigé

Par ailleurs, M. Pétry souligne que les 27 chercheurs sont loin d'avoir tous donné une bonne note au gouvernement en ce qui a trait à ses réalisations. Dans un chapitre de conclusion, il affirme, après avoir appliqué une grille raffinée, que neuf des chapitres sont «positifs» alors que sept sont jugés neutres et six autres négatifs. «Pris globalement, les chapitres de cet ouvrage présentent une évaluation mitigée, ni vraiment positive, ni vraiment négative, des performances de ce gouvernement», écrit-il.

Éric Montpetit, professeur à l'Université de Montréal, conclut que la «réingénierie de l'État [entreprise par le gouvernement Charest] ne peut être considérée légitime» d'un point de vue démocratique. Il souligne qu'en 2003, le programme du parti n'annonçait pas cette «réingénierie». M. Montpetit écrit aussi que «le gouvernement respecte peu de promesses contenues dans son programme». À son sens, «plusieurs des décisions rattachées à cette réingénierie peuvent être comprises comme allant à l'encontre des valeurs du Parti libéral du Québec».

Enfin, dans sa conclusion générale de l'ouvrage, François Pétry écrit que, tout d'abord, «Jean Charest n'a pas vraiment respecté les promesses importantes d'abaisser les impôts, de réinvestir dans la santé et l'éducation et de transformer la fonction publique grâce à la réingénierie de l'État». En revanche, toutefois, «d'autres engagements importants ont été réalisés entièrement ou presque dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'énergie et bien d'autres». Bref, le gouvernement Charest n'a pas été «aussi mauvais» qu'on l'a dit. Mais «les collaborateurs de l'ouvrage jugent [...] que le gouvernement Charest a manqué de sensibilité à l'opinion publique [...]. Il semble donc que nos collaborateurs soient d'accord avec les médias et l'opinion publique pour attribuer, au moins en partie, le faible niveau de popularité du gouvernement Charest à son manque de sensibilité envers l'opinion publique».

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